Au Procope, le 12 mai 1983


Dimanche 30 novembre 2025, 12h, Paris. Cette photo, prise au retardeur, l’appareil étant posé sur une table, où l’on se montre ensemble, avec Émile et Étienne, est restée en mémoire. Elle est ravivée maintenant, dans une version très nette, par le passage de son négatif dans le dispositif macroscopique adéquat. Une idée circulait déjà : les lieux de Rousseau, en faire physiquement l’inventaire chronologique. Ainsi, pour le 18 décembre 1752, Le Procope, 13 rue de l’Ancienne Comédie, Paris, 6e.

Trancher (La vie des objets. Ch. 207)


Jeudi 27 novembre 2025, 15h30, Boulevard Helvétique, Genève. Le preneur de vues a d’abord pensé « saisir » la rampe en acier, un objet qui l’intéresse parce que vraiment attaché à un lieu et à des circonstances. Mais l’objet retenu est la photo elle-même. Son nom, qu’affiche Photoshop, est « Les Tranchées », le nom de famille le plus général chez les photos. Et sa vie est d’être un stéréotype : un « cliché » et une « association stable d’éléments (symboles, etc.) formant une unité », dit Le Robert.

Melvin Edwards


Dimanche 2 novembre 2025, 15h30, Palais de Tokyo, Paris. En complément de l’exposition « Echo Delay Reverb : art américain, pensées francophones », l’exposition de Melvin Edwards montre ses sculptures d’acier. Agricole, 2016, « s’intéresse aux liens entre les outils du monde rural et l’histoire de l’esclavage. » La figure du soc et du versoir de la charrue éveille chez moi une image d’enfance concrète, à la fois de jeu et de travail.

Figure politique


Mardi 14 octobre 2025, 15h30, Place des Antilles, Paris, 20e. Le peintre me demande pourquoi je fais cette photo. Il dit que les « usagers » se plaignent vivement auprès de lui de cette circulation restreinte. Il applique le plan. Ils doivent s’adresser à la Maire. Je dis que j’admire le travail. Il me remercie. Une voiture s’arrête derrière moi, c’est la police municipale. L’agent baisse sa vitre et m’interpelle. Vous faites quoi ? Une photo. Vous ne devez pas rester au milieu de la chaussée. Je fais mon métier. Nous aussi. Alors vous me protégez.

Pour mémoire


Samedi 11 octobre 2025, 12h, Paris. Pour recevoir des archives, la cave est rangée une fois encore. On s’occupait depuis quelque temps de Pékin pour mémoire, avec l’intensité du quarante ans après. Comme par hasard, un sous-verre carré est ressorti : la calligraphie de Zhang Jun, « Terre, Soleil, Ciel, Lune », emblème du projet. Pour être photographiée, elle se trouve appuyée au mur. Et voilà qu’au-dessus d’elle, accrochée depuis des années, c’est la grande affiche créée par Christian Boltanski, son « monumen » à la chapelle de la Salpêtrière, pour le Festival d’automne à Paris de 1986. En acceptant Pékin pour mémoire pour le Théâtre de Chaillot, le directeur du festival nous avait dit que précisément, cette année là, d’autres propositions abordaient la mémoire. Le texte de notre catalogue dit : « Pour cette ville qui se bouleverse irrémédiablement, peut-être est-il bon que vous voyez un peu cela, nos archives, qui auraient pu rester privées. » Pour mémoire : à titre de simple rappel, afin que cela soit retenu.

La rentrée (La vie des objets. Ch. 199)


Samedi 20 septembre 2025, 18h, Paris, 11e. « Oh, des châtaignes ! ». Sa mère : « C’est des marrons ! ». Le « marronnier » est à la fois le signal de leur apparition et la répétition d’une distinction : des espèces fort différentes, un arbre répandu dans les forêts, un arbre pour orner les villes, un fruit et une graine, etc. Ce sont bel et bien des années d’écolier, des rentrées, des leçons de choses qui se collectent ici, place de la Nation.

Il y a quarante ans



Vendredi 19 septembre 2025, midi, Paris. Le 19 septembre 1985, à 12:33, nous arrivons à l’autel du Soleil, au terme d’une marche de deux heures et demie, depuis l’autel de la Terre. Ce trajet a été enregistré à raison d’une photo par minute avec un objectif de 28 mm, parallèlement à des photos de détails « pittoresques » choisis à droite ou à gauche avec un objectif de 50 mm. Il y aura l’après-midi le trajet jusqu’à l’autel du Ciel, puis, le 21 septembre, le trajet de l’autel du Ciel à l’autel de la Lune, et, le 23 septembre, le trajet de l’autel de la Lune à l’autel de la Terre. La somme de ces marches sera de douze heures, pour mille photos, qui donneront le vidéodisque Pékin pour mémoire.