
Vendredi 7 novembre 2025, 16h, Paris. Venus de Finlande il y a quelques jours, ce sucrier et ce crémier*, apparaissent pour dire qu’ils sont des supplémenteurs. Ce mot désigne une série, une collection, entreprise il y a au moins huit ans (voir : https://jlggb.net/blog6/2018/12/19/une-collection/). L’histoire et l’esthétique de ces couples d’objets ne s’arrêtent pas à leurs matières et à leurs formes, et pas non plus à leur usage d’ajouter du sucre et du lait, première approche relativiste et critique. Ils recèlent potentiellement une foule de données, métadonnées : leur fabrication, leur commerce, leur arrivée dans la collection, etc. En droit, en économie, en théologie, les supplémenteurs sont ceux qui reconnaissent d’autres sources possibles que l’ordinaire des raisons ou de la doctrine. On se retrouve avec le supplément rousseauiste — ce qui supplée —, ou encore avec le concept tordu de Derrida : « le supplément est toujours le supplément d’un supplément. On veut remonter du supplément à la source : on doit reconnaître qu’il y a du supplément à la source ».
* Production Arabia, Finlande, série Faenza, 1973-1979, design Peter Winquist.
Catégorie : Collection
La rentrée (La vie des objets. Ch. 199)

Samedi 20 septembre 2025, 18h, Paris, 11e. « Oh, des châtaignes ! ». Sa mère : « C’est des marrons ! ». Le « marronnier » est à la fois le signal de leur apparition et la répétition d’une distinction : des espèces fort différentes, un arbre répandu dans les forêts, un arbre pour orner les villes, un fruit et une graine, etc. Ce sont bel et bien des années d’écolier, des rentrées, des leçons de choses qui se collectent ici, place de la Nation.
Il y a quarante ans


Vendredi 19 septembre 2025, midi, Paris. Le 19 septembre 1985, à 12:33, nous arrivons à l’autel du Soleil, au terme d’une marche de deux heures et demie, depuis l’autel de la Terre. Ce trajet a été enregistré à raison d’une photo par minute avec un objectif de 28 mm, parallèlement à des photos de détails « pittoresques » choisis à droite ou à gauche avec un objectif de 50 mm. Il y aura l’après-midi le trajet jusqu’à l’autel du Ciel, puis, le 21 septembre, le trajet de l’autel du Ciel à l’autel de la Lune, et, le 23 septembre, le trajet de l’autel de la Lune à l’autel de la Terre. La somme de ces marches sera de douze heures, pour mille photos, qui donneront le vidéodisque Pékin pour mémoire.
Boulevard Jean Charcot (Atlas du gobelet)
Lundi 11 août 2025, 10h30, Boulevard Jean Charcot, Tresserve, Savoie. À l’ombre de la colline, les parkings du bord du lac sont aujourd’hui très chauds. Jean-Baptiste Charcot fut propriétaire d’une villa double, chalet et italienne, à Aix-les-Bains. Il est dit qu’il avait une « phobie des pays chauds », visités avec son père, ce qui le conduisit à explorer l’Arctique.
Le parking du minigolf (Atlas du gobelet)
Ligne de plus grande pente
Thiers et la porcelaine chinoise
Dimanche 20 juillet, 15h40, Musée du Louvre. Au début de l’exposition « Une passion chinoise — La collection de Monsieur Thiers » on peut lire : « Au long de sa carrière, Thiers suscite autant l’admiration que la détestation. Ambitieux, savant, bourreau de travail, d’une intelligence hors norme selon ses partisans, il est pour ses ennemis corrompu, immoral, arrogant et prétentieux. Thiers n’a de cesse de rechercher la notabilité et la reconnaissance de la bonne société. L’art et la culture seront un moyen d’y parvenir. La Chine, elle, est à la périphérie de cette entreprise, elle est sa passion discrète, probablement l’un de ses rares intérêts sincères. » Intérêt sincère ? On peut rapprocher deux objets exposés : son buste et son regard tourné vers l’horizon ; l’estampe chinoise de propagande, montrant la fiction d’un succès de l’empire dans la répression de la révolte des Taipings (1851-1864). Une phrase encore, celle qui dit : « Thiers était un spécialiste reconnu de porcelaine chinoise et sa collection faisait référence en son temps (elle fut en partie détruite pendant la Commune). »
Vérifié



Samedi 12 juillet 2025, 23h45, Aix-les-Bains. Dans les photos de la famille Nantois-Terrier, l’une d’elles a fait l’aller et retour vers le prisonnier Claude Terrier, à Vienne, en Autriche. Elle montre un moment des vendanges de 1942 à Chindrieux, François Nantois, ses filles Claudine et Rose, sa petite fille Nicole. Mais un autre cliché donne la scène en miroir, à l’envers. L’épreuve « GEPRÜFT » est très abîmée. Trois ans dans le Stalag XVII A. Mais, elle a été reconnue véridique.
Voir : https://jlggb.net/blog9/2024/05/09/concretiser-la-vie-des-objets-ch-159/
Pour la consultation
Jeudi 26 juin 2025, 16h, Centre Pompidou. L’exposition Wolfgang Tillmans, « Rien ne nous y préparait − Tout nous y préparait », se déploie dans tout un étage qui était occupé il y a peu de temps encore par la Bibliothèque publique d’information. Si nombre de photographies, parfois très grandes, sont accrochées aux murs, le fonctionnement de l’espace reste de l’ordre du déplacement et de la consultation, de la lecture, d’un relatif isolement assorti d’une coexistence vivifiante. Ainsi, l’« autoformation » est conservée pour des vidéos rassemblées par l’artiste, qui coexistent avec les vues étrangement parlantes des lecteurs, à l’endroit même où ils se sont trouvés. La moquette usée contribue à l’ambiance conservée, tandis que la moquette arrachée est encore plus lisible et annonce un avenir à ce jour hypothétique.
Des fleuristes et des touristes


Dimanche 22 juin 2025, 10h30. Eugène Atget, Marchandes de fleurs, place de la Bastille (à l’angle de la rue de la Roquette et de la rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris), 1898, photographie, tirage sur papier albuminé, réf. ph1224, musée Carnavalet, Paris. Un autre tirage est dans les collections de la Bibliothèque nationale. Cette photo peut être rattachée à la série « Les petits métiers de Paris », si ce n’est que les fleuristes ne sont pas vraiment ambulantes. On a connu cet endroit pour avoir logé non loin, il y a 50 ans. Un cadrage semblable, 127 années plus tard, souligne deux choses : la permanence de ce qui est bâti, le changement des personnes et des véhicules. Le café Rey — qui a récemment changé de nom, en s’ornant de fleurs artificielles Made in China, semblait éternel. Il a donc été précédé par un magasin de couleurs, de vernis et de colles, emblème à l’entrée du Faubourg Saint-Antoine, quartier de l’ébénisterie. Note : c’est en 1912 que Justin Rey, marchand de vins, achète le local des cousins Eugène et Armand Naveau qui, en 1894, avaient repris la Maison Pépin dont l’histoire était marquée par les soulèvements de 1830, 1848 et 1851.













