Figure politique


Mardi 14 octobre 2025, 15h30, Place des Antilles, Paris, 20e. Le peintre me demande pourquoi je fais cette photo. Il dit que les « usagers » se plaignent vivement auprès de lui de cette circulation restreinte. Il applique le plan. Ils doivent s’adresser à la Maire. Je dis que j’admire le travail. Il me remercie. Une voiture s’arrête derrière moi, c’est la police municipale. L’agent baisse sa vitre et m’interpelle. Vous faites quoi ? Une photo. Vous ne devez pas rester au milieu de la chaussée. Je fais mon métier. Nous aussi. Alors vous me protégez.

Rue du Caire (Atlas du Gobelet)




Dimanche 20 juillet 2025, 14h50, rue du Caire, Paris 2e. On n’évite pas « c’était autrefois une entrée vers la cour des Miracles », ou encore « l’entrée de Bonaparte au Caire, le 23 juillet 1798 ». Rue des forges, rue des Corderies, la longue histoire des ateliers du Sentier. Maintenant c’est tout autre chose, des boutiques de bouche et de mode. Mais tout de même, à l’écart, il apparaît qu’un sans-abri venu d’Afrique a posé là son gobelet.

Des fleuristes et des touristes



Dimanche 22 juin 2025, 10h30. Eugène Atget, Marchandes de fleurs, place de la Bastille (à l’angle de la rue de la Roquette et de la rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris), 1898, photographie, tirage sur papier albuminé, réf. ph1224, musée Carnavalet, Paris. Un autre tirage est dans les collections de la Bibliothèque nationale. Cette photo peut être rattachée à la série « Les petits métiers de Paris », si ce n’est que les fleuristes ne sont pas vraiment ambulantes. On a connu cet endroit pour avoir logé non loin, il y a 50 ans. Un cadrage semblable, 127 années plus tard, souligne deux choses : la permanence de ce qui est bâti, le changement des personnes et des véhicules. Le café Rey — qui a récemment changé de nom, en s’ornant de fleurs artificielles Made in China, semblait éternel. Il a donc été précédé par un magasin de couleurs, de vernis et de colles, emblème à l’entrée du Faubourg Saint-Antoine, quartier de l’ébénisterie. Note : c’est en 1912 que Justin Rey, marchand de vins, achète le local des cousins Eugène et Armand Naveau qui, en 1894, avaient repris la Maison Pépin dont l’histoire était marquée par les soulèvements de 1830, 1848 et 1851.

White Cube


Mercredi 28 mai 2025, 19h, rue Chemin vert, Paris. Le Track 119 est un restaurant avec musique et peinture. Étienne expose plusieurs peintures dont Fantômes, 2025. Si le lieu s’écarte de l’enfermement du white cube des galeries, le tableau rapporte un pan de street art porté par un cube blanc. Le graffiti parle de la rue, de l’ouverture, du déplacement, et avant tout de l’exercice corporel de son apparition.

Le modèle du thé


Samedi 8 mars 2025, 15h, Kyoto. Dans une rue voisine du Kyoto Art Center, ce distributeur semble le même que celui que j’ai filmé en octobre 2000 pour un montage d’images interactives dans l’installation Le Modèle du thé de l’exposition « L’Exercice du moment ». C’était l’un des tableaux structurés selon les gestes de la cérémonie du thé, dont certains joués par deux membres du groupe Dumb Type, destinés à montrer qu’une même succession d’interactions peut appartenir à des opérations forts distinctes.

Les galvanisés


Vendredi 6 septembre 2024, 16h30, boulevard Voltaire, Paris, 11e. On a vu que 44 000 barrières de rue ont été acquises pour les Jeux olympiques. Il se trouve que leur qualificatif s’est trouvé répété sans cesse dans les commentaires des épreuves : « le public est galvanisé ». On entend dire que demain, sur le boulevard, les manifestants pourraient être galvanisés. Au demeurant, pour cette annonce, métaphore politique qui se prête à la fiction, la vue est ici galvanisée à l’IA, pour la vider de tous les passants et de tous les véhicules.

Fournier Street


Jeudi 29 août 2024, 9h, Fournier Street, East End, Londres. Il y a dix ans, on avait déjà remarqué — et photographié –, ces portes symétriques : https://jlggb.net/blog4/?p=1896. On voulait voir le quartier de Spitalfields et de Brick Lane. On avait retenu ce nom français. Internet abonde en informations, y compris pour raconter comment les maisons géorgiennes de cette rue ont été achetées et rénovées depuis une quarantaine d’années, peut-être comme ce que l’on a connu à Paris dans le faubourg Saint-Antoine, mais avec plus d’authenticité. Des artistes y ont installé leurs ateliers, à commencer par Gilbert & George. « Spitalfields’ historic association with the silk industry was established by French Protestant refugees who settled in this area after the Revocation of the Edict of Nantes in 1685. The Huguenots brought with them little, apart from their skills ». Fournier est le nom de l’un d’eux, riche, qui participa à la construction de la rue, dans les années 1720. Au-dessus, les deux étages ont de vastes fenêtres pour les ateliers. Avec le déclin de l’industrie de la soie au 19e siècle, le quartier devient celui d’une grande communauté juive. Au bout de la rue, la Neuve Eglise de 1743 est transformée en Synagogue en 1898, puis en Grande Mosquée dans les années 1970. La plaque de rue porte sa transcription en bengali.

Vernaculaire


Mercredi 28 août 2024, 11h, Clerkenwell Road, Londres. Où l’on vérifie qu’aller en marchant donne à voir vraiment. Tout au moins ce qui est remarquable. Dressés dans le tournant en pente de la rue, le jaune ordonné d’une devanture, l’enveloppe courbée, souple et verticale, d’un immeuble de brique, modeste, élégant, moderne d’avant et toujours moderne.