Les supplémenteurs


Vendredi 7 novembre 2025, 16h, Paris. Venus de Finlande il y a quelques jours, ce sucrier et ce crémier*, apparaissent pour dire qu’ils sont des supplémenteurs. Ce mot désigne une série, une collection, entreprise il y a au moins huit ans (voir : https://jlggb.net/blog6/2018/12/19/une-collection/). L’histoire et l’esthétique de ces couples d’objets ne s’arrêtent pas à leurs matières et à leurs formes, et pas non plus à leur usage d’ajouter du sucre et du lait, première approche relativiste et critique. Ils recèlent potentiellement une foule de données, métadonnées : leur fabrication, leur commerce, leur arrivée dans la collection, etc. En droit, en économie, en théologie, les supplémenteurs sont ceux qui reconnaissent d’autres sources possibles que l’ordinaire des raisons ou de la doctrine. On se retrouve avec le supplément rousseauiste — ce qui supplée —, ou encore avec le concept tordu de Derrida : « le supplément est toujours le supplément d’un supplément. On veut remonter du supplément à la source : on doit reconnaître qu’il y a du supplément à la source ». On entend aussi : le menteur supplée.
* Production Arabia, Finlande, série Faenza, 1973-1979, design Peter Winquist.

Fixer (La vie des objets. Ch. 203)


Dimanche 5 octobre 2025, 11h30, Paris. Je vois qu’on s’attache à moi, qu’on m’apprécie pour ce que je sais faire, pour mes qualités : léger, transparent, des traits intelligents ; une certaine douceur, mais aussi une efficacité, une logique. Mon ourlet creux est là pour que je m’assemble avec mes semblables, mais il offre aussi un volume très lisible. On peut se fixer une dose et la prendre en main.

Se pointer (La vie des objets. Ch. 187)



Lundi 14 avril 2025, 18h30, Paris et lundi 23 décembre 2024, 15h30, supermarché MaxValu, Ogaki. La (très) grande surface d’alimentation est parcourue in extenso. Pour y faire les courses dans les temps qui viennent, il faut en prendre connaissance, la déchiffrer. En marge du champ visuel, un objet accroche avec, tout de suite, l’affirmation « Super Normal ». Confirmation : il est juste là à sa place sur un rayon de la bibliothèque, dans l’ouvrage de Fukasawa et Morrison, Super Normal, 2008, le numéro 30 (sur 210), pages 69-71, est Table salt shaker. Avec cette notice : « 30 Table salt shaker. In days gone by, the general store on the street corner was called a tobacco shop, and salt was always sold there along with cigarettes. This table salt shaker is one that seems to hark back to that time. Since then, salt has been revamped, with a new bottle making the scene. But when you get down to it, this stable conical shape is still an icon for table salt. Many shakers, whether by coincidence or not, have the same kind of shape. What they share is that, while having a functional shape, they also have a gentleness, a softness about them. »

Ressembler (La vie des objets. Ch. 186)


Dimanche 6 avril 2025, midi, Paris. Un bol à riz de porcelaine, avec un haut pied cylindrique creux, de style ancien semble-t-il, s’est fait admirer dans la cafétéria d47, à Shibuya. Lui, qui lui ressemble, a été rapporté de Kyoto, acheté le 7 février, 3000 yens, à la boutique Angers du magasin d’alimentation chic Yaoichi. Il porte la marque Claska, nom repris pour sa galerie en 2003 par un studio créatif, d’un hôtel « moderne et branché » du quartier de Meguro à Tokyo, aujourd’hui fermé « pour cause de vétusté ». Il se présente plutôt comme un « bol à nouilles ». Il est fabriqué à Hasami, Kyushu. Dimensions : 15 x 9 cm.

Le soba choko d’ici


Dimanche 9 mars 2025, 15h30, Shigaraki, préfecture de Shiga. Reconstruit récemment, impressionnant, nommé 大小屋, « Grande cabane », c’est peut-être le plus grand des magasins de poteries de Shigaraki. Il présente des milliers de pièces. Mais c’est le restaurant qui lui est associé, un bâtiment de style campagnard, flambant neuf, très élégant avec son bois travaillé et ses vitrages, qui donne à voir et à manipuler des soba choko. C’est qu’il est nommé 十割蕎麦 東雲, Shinonome, « Nouilles 100 % sarrasin », vérifiées très bonnes. Ils sont exemplaires du style local, minimaliste, aux couleurs et textures de terre, mais hélas, le chef nous le dit, ils ne sont pas à vendre.

Aspects d’un style




Mardi 4 mars 2025, 14h40, Honhaga Residence, 1889, Uchiko, Ehime. La rue principale présente d’anciennes demeures de riches marchands. Le style des arts décoratifs de la période Meiji s’exhibe ici : aux murs de terre jaune et aux figures géométriques de plâtre, succèdent le bois de riches croisillons rouge sombre et les vagues sculptées.

Le détail d’un diplôme


Jeudi 13 février 2025, 15h30, Université d’art et design de Nagoya. L’exposition de fin d’année, avec les propositions des diplômes, est sur le point d’ouvrir. Dans l’installation d’une étudiante, une créature qui apparaît dans la suspension de vêtements usés selon un point de vue particulier, il y a au sol le diagramme de cette perspective.