
Vendredi 24 octobre 2025, 17h30, galerie Chantal Crousel, Paris, 3e. Rirkrit Tiravanija a connu son nom attaché à la notion d’« esthétique relationnelle ». Sa proposition tient probablement ici dans le blanchiment radical d’un vaste appartement, y compris de la moquette, car se trouvent à l’entrée deux aspirateurs robots circulaires noirs, qui attendent d’entrer en action.
Catégorie : Relation
Figure politique

Mardi 14 octobre 2025, 15h30, Place des Antilles, Paris, 20e. Le peintre me demande pourquoi je fais cette photo. Il dit que les « usagers » se plaignent vivement auprès de lui de cette circulation restreinte. Il applique le plan. Ils doivent s’adresser à la Maire. Je dis que j’admire le travail. Il me remercie. Une voiture s’arrête derrière moi, c’est la police municipale. L’agent baisse sa vitre et m’interpelle. Vous faites quoi ? Une photo. Vous ne devez pas rester au milieu de la chaussée. Je fais mon métier. Nous aussi. Alors vous me protégez.
Nature morte aux pommes


Jeudi 4 septembre 2025, 15h, Musée Granet, Aix en Provence. Dans l’exposition « Cézanne au Jas de Bouffan », Nature morte aux pommes, 1895-1898, huile sur toile, The Museum of Modern Art, New York. Ce tableau nous suggère une hypothèse : Cézanne conduit une instauration en apportant, en disposant, en déplaçant les pommes, la vaisselle, les nappes et les rideaux, tout en répétant dans le plan de la toile la présence de ces objets, de leurs relations, dans son langage de traits de pinceaux et de couleurs. Un tel processus se confirme par le fait qu’il peut s’arrêter, le tableau est « inachevé ». Concrètement ici, le motif de la pomme rencontre son semblable dans la tenture et renonce à se répéter. On l’a vu, une fois encore, à propos du film Le Gai Savoir de Godard à Marseille, il y a quelques jours : un nouveau moyen manifeste sa mise en œuvre efficace, et, en même temps, il engage sa distanciation, sa critique.
Ligne de plus grande pente
Rien ne nous y préparait − Tout nous y préparait

Jeudi 26 juin 2025, 17h, Centre Pompidou. L’exposition Wolfgang Tillmans, « Rien ne nous y préparait − Tout nous y préparait », dans l’immense espace de la BPI, est d’une superbe complexité. Elle s’offre comme une évidence, à explorer avec les autres, à consulter. On la cherchait, elle est bien là, sur les tables tout au bout : notre étudiante ! deuxième photo du livre de Wolfgang Tillmans, Portraits, Walter König, Köln, 2001.
Lignes de plus grande pente

Mardi 27 mai 2025, 20h24, 181 boulevard Voltaire, Paris 11e. Entreprise il y a peut-être cinquante ans, l’expérience d’une collecte de lignes de plus grande pente sur les trottoirs peut se résumer ainsi : ce que la photo enregistre est la trace d’un jeu de forces qui construit une image, dans la durée, dans un certain espace. C’est une loi générale, la photographie ne peut se résumer à un instant, à un clin d’œil, mais procède d’un moment. Les lignes de plus grande pente font l’éloge du moment.
Points de fuite (2)

Mardi 13 mai 2025, midi, Promenade du bord du Lac, boulevard Jean Charcot, Tresserve, Savoie. On revient sur un lieu et sur une expérience. Parce qu’un paysage lacustre offre l’exception d’une parfaite droite horizontale, on fait deux prises de vues à ajouter, l’une pour le pan de montagne, l’autre pour la surface du lac. Le même dispositif optique, la même perspective, donne deux plans distincts : vertical et horizontal, un plan frontal et un plan fuyant, une sensation de profondeur.
Voir :
https://jlggb.net/blog9/2024/10/05/points-de-fuite-1/
https://jlggb.net/blog9/2025/07/09/points-de-fuite-3/
Utiliser (La vie des objets. Ch. 189)

Vendredi 25 avril 2025, 23h, Paris. Lors du vernissage, à la Galerie municipale Jean Collet de Vitry, de l’exposition « Les Lavandières », un objet provoque la question : pourquoi est-il là ? On a reconnu un siège de douche vu dans un hôpital. Si elle s’ouvre sur l’image des lavoirs, l’exposition aborde les douches car le bâtiment était autrefois un bains-douches municipal. L’artiste Nina Azoulay, en montrant des vêtements récupérés, incite à s’asseoir pour les percevoir comme personnages. Ce n’est donc pas un ready-made, même si la parenté est bien présente. Un deuxième usage apparaît avec la photo. Elle est placée dans Google Lens qui va afficher beaucoup de tels strapontins hygiéniques, mais pas celui-là. L’intelligence vivante supplée alors à l’IA. Ce modèle est de la marque AKW-Medicare®, « Série 2000 siège rembourré avec dossier et accoudoirs », mais ses coussins sont absents. C’est peut-être la raison de sa disponibilité pour l’art.
Transporter (La vie des objets. Ch. 188)

Mardi 15 avril 2025, 14h, exposition « Matisse et Marguerite », Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Regarder avec insistance cette toile comme un objet. Lire son cartel : « Henri Matisse, Marguerite, Collioure, hiver 1906-1907 ou printemps 1907, Huile sur toile, Musée national Picasso – Paris, Donation Picasso, 1978, Collection personnelle Pablo Picasso. Imitant la maladresse d’une écriture enfantine qui cherche à rester droite sans y parvenir, Matisse a inscrit ‘Marguerite’ au-dessus de ce portrait de sa fille. Un épais cerne noir dessine la figure et encadre l’ensemble de la composition. La concision radicale du tableau fit l’objet de sarcasmes de la part des contemporains de Matisse, qui moquèrent son apparence élémentaire et candide. La toile fascina Picasso, qui l’échangea avec l’artiste contre une nature morte cubiste et la conserva jusqu’à la fin de sa vie. » Renseigner encore l’objet : œuvre exposée (d’ordinaire) au Musée Picasso, premier étage, salle 3, 65,1 x 54 x 2 cm. Le qualifier : transport affectif.


