Le monument à Jean Moulin

Mardi 18 novembre 2025, 21h, square Jean Moulin, Aix-les-Bains. En 1948, un monument est créé avec les noms des résistants morts. En 1966, la ville choisit le sculpteur Marcel Mayer pour qu’il le transforme en un monument célébrant « Jean Moulin et ses frères de combat ». Après avoir été d’abord refusé par la Commission centrale des monuments commémoratifs, il est finalement édifié en 1969. Il a une singularité surprenante : il figure, comme écrasé par le héros, les ennemis et leurs crimes.

L’âge du papier


Samedi 15 novembre 2025, 15h, Lausanne. Félix Vallotton, L’Âge du papier, 1898, dessin pour Le Cri de Paris, dans l’exposition « Vallotton Forever », Musée cantonal des Beaux-Arts. Au premier plan, « J’accuse…! » d’Émile Zola, et dans la perspective, ses multiples échos dans la presse. Félix Vallotton est de ceux qui, formés et attachés à la peinture, se sont produits avec la publication active de gravures, dessins et textes. Ainsi, les mots qu’il trace attestent la primauté de l’instrument d’information à cet âge de l’histoire. Un siècle plus tard, en sera-t-il de même ?

Fabriquer (La vie des objets. Ch. 206)


Mercredi 12 novembre 2025, 14h30, Paris. En achetant l’escabeau qui va nous permettre de ranger des boîtes d’archives sur le haut des étagères, on a le sentiment du travail bien fait. Notre petit modèle porte une grande étiquette en noir, rouge et jaune, en allemand, anglais et français, avec les mentions Haiger-Flammersbach, Hesse, Allemagne et www.hailo.de : « À partir de 1947, Hailo a révolutionné le marché avec l’échelle domestique en aluminium. » Toujours sur Internet, on trouve, marqué par le même disque rouge : « Hailo, l’escabeau français, environ trois millions sont sortis de l’usine de La Chapelle-Viviers, Vienne, depuis 2012. » Sur l’emballage, on finit par découvrir, écrit verticalement dans la marge, en caractères de 1 mm : Made in Ukraine.

Photographier (La vie des objets. Ch. 205)


Jeudi 16 octobre 2025, 17h, Paris. Le livre, monographique, Edward Weston Photographer, The Flame of Recognition, Aperture, New York, 1965 a été acheté au moment de sa parution, à la librairie La Hune, et il est toujours resté accessible. À l’occasion de son soixantième anniversaire, il paraît dans sa sixième édition, mais avec une couverture souple. En tournant les pages — extraits du journal de Weston et choix de ses photographies — les sujets sont : usine, nuages, portraits, nus, coquillage, paysage, légumes, tronc d’arbre, champignon, dunes, graffiti, cabane, poteaux télégraphiques, chaussures abandonnées, water-closet, voiture brûlée, glace en train de fondre, grange, pierre tombale, couple homme et femme, père et sa fille, pélican mort, nu avec masque à gaz, quatre personnes aux fenêtres de la maison, rochers, mer et vague. Le coquillage de la couverture n’est pas un objet ordinaire et ses photographies ont donné lieu à bien des interprétations, sur sa beauté naturelle ou ses effets symboliques. Pour autant, c »est par lui qu’une leçon a été acquise, qui pourrait s’écrire rétrospectivement ainsi : par la photographie, tout peut faire l’objet d’une belle chose.

Détails de deux peintures voisines



Vendredi 5 septembre 2025, 15h30, Musée Granet, Aix en Provence. Détail de Jacques Louis David (Paris, 1748 – Bruxelles, 1825), Première idée pour le vieil Horace du « Serment des Horaces » (1784), huile sur toile, 1775, 61 x 50 cm. Détail de Jean Auguste Dominique Ingres (Montauban, 1780- Paris, 1867), Jupiter et Thétis, 1811, huile sur toile, 327 × 260 cm. Ingres fut l’élève de David, dont il déplace le réalisme vers le « beau ».

C’est aussi ça, la guerre


Dimanche 24 août 2025, 16h, Musée de l’Oise, Beauvais. Félix Vallotton est l’un des artistes qui a directement approché la guerre. Mais pas seulement avec sa célèbre série de gravures sur bois C’est la guerre ! (1915-1916). Il a été de ceux qui, avec la « mission de peintre aux armées », est allé au front pour peindre. Son tableau Verdun (1917) est le plus marquant, par sa relative abstraction futuriste. Soldats sénégalais au camp de Mailly (1917), huile acquise par le musée, est aussi « anti guerre », mais sa figuration calme, inscrite directement dans la manière de Vallotton, apporte une critique caustique qui persiste aujourd’hui.

Archéologie (La vie des objets. Ch. 197)


Vendredi 22 août 2025, 18h30, rue de Buci, Paris, 5e. Une petite faim d’aujourd’hui invite au rapprochement : comme sur ce sablé, des traits parallèles et croisés figurent, conservés par la poterie, parmi les plus anciens de l’histoire humaine. La grotte des Blombos, Afrique du Sud, possède un bloc d’ocre gravé de ces formes géométriques daté de 75 000 ans, de l’Homo sapiens. Quant à l’Homo erectus, on lui attribue, à Java, des coquillages gravés de tels motifs, datés de 500 000 ans. Une remarque qui relativise : le « sablé nature » est sans doute repris ici, avec une certaine maladresse volontaire, dans l’intention d’apparaître comme « traditionnel », car « Les viennoiseries chez Thevenin c’est toujours du sans-fautes. »

Thiers et la porcelaine chinoise

Dimanche 20 juillet, 15h40, Musée du Louvre. Au début de l’exposition « Une passion chinoise — La collection de Monsieur Thiers » on peut lire : « Au long de sa carrière, Thiers suscite autant l’admiration que la détestation. Ambitieux, savant, bourreau de travail, d’une intelligence hors norme selon ses partisans, il est pour ses ennemis corrompu, immoral, arrogant et prétentieux. Thiers n’a de cesse de rechercher la notabilité et la reconnaissance de la bonne société. L’art et la culture seront un moyen d’y parvenir. La Chine, elle, est à la périphérie de cette entreprise, elle est sa passion discrète, probablement l’un de ses rares intérêts sincères. » Intérêt sincère ? On peut rapprocher deux objets exposés : son buste et son regard tourné vers l’horizon ; l’estampe chinoise de propagande, montrant la fiction d’un succès de l’empire dans la répression de la révolte des Taipings (1851-1864). Une phrase encore, celle qui dit : « Thiers était un spécialiste reconnu de porcelaine chinoise et sa collection faisait référence en son temps (elle fut en partie détruite pendant la Commune). »

Rue du Caire (Atlas du Gobelet)




Dimanche 20 juillet 2025, 14h50, rue du Caire, Paris 2e. On n’évite pas « c’était autrefois une entrée vers la cour des Miracles », ou encore « l’entrée de Bonaparte au Caire, le 23 juillet 1798 ». Rue des forges, rue des Corderies, la longue histoire des ateliers du Sentier. Maintenant c’est tout autre chose, des boutiques de bouche et de mode. Mais tout de même, à l’écart, il apparaît qu’un sans-abri venu d’Afrique a posé là son gobelet.