Fabriquer (La vie des objets. Ch. 206)


Mercredi 12 novembre 2025, 14h30, Paris. En achetant l’escabeau qui va nous permettre de ranger des boîtes d’archives sur le haut des étagères, on a le sentiment du travail bien fait. Notre petit modèle porte une grande étiquette en noir, rouge et jaune, en allemand, anglais et français, avec les mentions Haiger-Flammersbach, Hesse, Allemagne et www.hailo.de : « À partir de 1947, Hailo a révolutionné le marché avec l’échelle domestique en aluminium. » Toujours sur Internet, on trouve, marqué par le même disque rouge : « Hailo, l’escabeau français, environ trois millions sont sortis de l’usine de La Chapelle-Viviers, Vienne, depuis 2012. » Sur l’emballage, on finit par découvrir, écrit verticalement dans la marge, en caractères de 1 mm : Made in Ukraine.

Les bitumiers


Vendredi 20 juin 2025, 20h, Paris. La nouvelle, c’est l’accès en ligne à l’intégralité des photographies d’Eugène Atget conservées en France, sous forme numérique indexée. Les bitumiers (Les gars de la rue), 1899 : l’occasion de publier une photo prise le 25 novembre 2010, rue Roubo, Faubourg Saint-Antoine, Paris, pour les ressemblances qui disent une survivance.

Transporter (La vie des objets. Ch. 188)


Mardi 15 avril 2025, 14h, exposition « Matisse et Marguerite », Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Regarder avec insistance cette toile comme un objet. Lire son cartel : « Henri Matisse, Marguerite, Collioure, hiver 1906-1907 ou printemps 1907, Huile sur toile, Musée national Picasso – Paris, Donation Picasso, 1978, Collection personnelle Pablo Picasso. Imitant la maladresse d’une écriture enfantine qui cherche à rester droite sans y parvenir, Matisse a inscrit ‘Marguerite’ au-dessus de ce portrait de sa fille. Un épais cerne noir dessine la figure et encadre l’ensemble de la composition. La concision radicale du tableau fit l’objet de sarcasmes de la part des contemporains de Matisse, qui moquèrent son apparence élémentaire et candide. La toile fascina Picasso, qui l’échangea avec l’artiste contre une nature morte cubiste et la conserva jusqu’à la fin de sa vie. » Renseigner encore l’objet : œuvre exposée (d’ordinaire) au Musée Picasso, premier étage, salle 3, 65,1 x 54 x 2 cm. Le qualifier : transport affectif.

L’hôtel AZ



Mardi 4 mars 2025, 9h, Uchiko, Ehime. Le seul de la ville à être un immeuble de cinq étages en béton, l’hôtel AZ n’est pas pour les touristes, plutôt pour les employés en déplacement. Une certaine austérité, un cadre fonctionnel et rassurant. Par exemple ici au rez-de-chaussée, la salle à manger, la laverie.

Imprimer une poterie


Samedi 22 février 2025, 14h, Seto, Aichi. Le musée Seto Gura est un peu plus qu’un musée. Il a des ateliers, des objets qui témoignent de ce qu’était le bâtiment et la ville (un train), une maison de thé, un magasin. Il a des collections intéressantes, pour démontrer l’ancienneté de la céramique ici, première au Japon (1000 ans ?), les étapes historiques vers une diversité des procédés et une industrialisation. Cette machine (des années 50/60) a pour moi une double familiarité : la machine à coudre et la sérigraphie, de ces mêmes dates.

Un bol acquis à Tokoname



Samedi 15 février 2025, 12h45, Tokoname, Aichi. Sur le remarquable Chemin de la poterie, une rencontre attachante. Un atelier et ses abords présentent un grand nombre de récipients, essentiellement des bols. Ils expriment une manière particulière, une rudesse aux formes gestuelles nettes et élégantes, une matière rouge, émaillée ou non, mouchetée, flammée de bruns et de gris. Leur auteur est Yuichi Hirano, 平野祐一, né en 1941, quatrième génération d’une famille de potiers de Tokoname. Il nous fait entrer dans sa maison et nous donne un catalogue. Il y dit que trois choses lui plaisent dans la production de céramique : « vendre une pièce me permet d’échanger avec de nombreuses personnes ; chercher et extraire moi-même de l’argile pour que ‘rien’ (無) se transforme en ‘quelque chose’ (有) ; savoir que les poteries de mes clients conservent une touche unique du fil du temps. » Très plaisant, le bol à thé, chawan, émaillé, repéré dehors, est bien plus abordable que ceux des étagères.