Trancher (La vie des objets. Ch. 207)


Jeudi 27 novembre 2025, 15h30, Boulevard Helvétique, Genève. Le preneur de vues a d’abord pensé « saisir » la rampe en acier, un objet qui l’intéresse parce que vraiment attaché à un lieu et à des circonstances. Mais l’objet retenu est la photo elle-même. Son nom, qu’affiche Photoshop, est « Les Tranchées », le nom de famille le plus général chez les photos. Et sa vie est d’être un stéréotype : un « cliché » et une « association stable d’éléments (symboles, etc.) formant une unité », dit Le Robert.

Edward Weston


Mardi 14 octobre 2025, 18h40, Maison européenne de la photographie, Paris, 4e. Edward Weston, Poivron, 1930, tirage gélatino-argentique d’époque. Ce poivron « numéro 30 » a été, pour Weston lui-même, une œuvre phare. Voici un extrait de ce qu’il en dit, page 32 de la monographie Edward Weston Photographer, The Flame of Recognition, Aperture, New York, 1965 :
August 3rd. Sonya keeps tempting me with new peppers! Two more have been added to my collection. While experimenting with one of these, which was so small I used my 21 cm Zeiss to fill the 8 x 10 size, I tried putting it in a tin funnel for background. It was a bright idea, a perfect relief for the pepper and adding reflected light to important contours. I still had the pepper which caused me a week’s work. I had decided I could go no further with it, yet something kept me from taking it to the kitchen, the end of all good peppers. I placed it in the funnel, focused with the Zeiss, and, knowing just the viewpoint, recognized a perfect light, made an exposure of six minutes, with but a few moments preliminary work—the real preliminary was done in hours passed. I have a great negative—by far the best.
Voir Vallotton : https://jlggb.net/blog9/2025/11/15/poivrons-rouges/

Ficelle blanche



Mardi 4 mars 2025, 16h30, Uchiko, Ehime. On souhaitait découvrir le théâtre ancien (Uchiko-za), l’un des seuls au Japon à connaître une activité du kabuki et d’autres styles classiques et populaires japonais. Il est en travaux et pour cela il s’exprime par un joli personnage bleu aux propos rouges. Mais c’est d’abord sa gestuelle de ficelle blanche qui nous retient.

Pancarte d’autorisation


20 février 2025, 16h30, musée d’ Ashiya. Le petit musée municipal est vivant, il est occupé en ce moment par une foule de jolis travaux artistiques d’écoliers, qu’il est interdit de photographier. La petite salle consacrée à l’archéologie du lieu s’ouvre par cette pancarte. La qualité reconnue aux Japonais, de politesse et de discipline, s’accompagne d’une grande liberté d’entrer et sortir, par exemple d’une bibliothèque, comme par la rareté des vols. Le contrôle existe, mais il n’est pas directement visible. On peut penser qu’il est dans les nombreuses têtes, plus que dans les nombreuses caméras de surveillance. Il en résulte aussi un surnombre d’écriteaux, de signaux, de recommandations, de règlements, et donc une omniprésence de supports et de suspensions. L’autorisation est devenue ici incitation.

Carrefour retrouvé


Vendredi 14 février 2025, 14h, quartier au nord de la voie ferrée, Ogaki. Le centre universitaire IAMAS, qu’on a connu dans ce quartier à partir de 1997, alors qu’il signifiait International Academy for Media Arts and Sciences, avait invité notre ami Luc Courchesne, en 2001, à produire une œuvre ici. Son installation, The Visitor : living by numbers, a consisté en une demi-sphère ouverte vers le haut, dans laquelle le spectateur pouvait introduire sa tête pour y regarder une projection panoramique. En prononçant un nombre de un à douze, il déclenchait la projection d’un trajet sur les chemins d’un paysage plat, avec, à chaque carrefour, le choix de la direction par le même procédé. On pense reconnaître l’un de ces carrefours.

In Between


Samedi 26 octobre 2024, 17h, Maison de la culture du Japon, Paris. Toshiki Okada, dramaturge et romancier japonais dont on a vu, depuis une dizaine d’années, trois pièces à part, intéressantes, expérimentales et esthétiques, propose The Window of Spaceship ‘In-Between’. On va observer le comportement de six interprètes et leurs paroles en japonais, alors même qu’ils sont une extraterrestre, un androïde, ou qu’ils vivent au Japon sans que le japonais soit leur langue maternelle. C’est là ce qui se manifeste, la vérité de la puissance de la parole, renforcée par la traduction en surtitrage.
Note 1 : de gauche à droite, Leon Kou Yonekawa, Mari Ando, Robert Zetzsche, Qiucheng Xu, Ness Roque, Tina Rosner.
Note 2 : photographier n’était peut-être pas autorisé.
2021 : https://jlggb.net/blog7/eraser-mountain/
2013 : http://jlggb.net/blog3/?p=6940

Éric Baudelaire



Jeudi 24 octobre 2024, 18h15, Centre Pompidou, 4e étage. En attendant le récit/Tales of Narrativelessness, 2024, conversation entre trois intelligences artificielles jouée en temps réel. Il s’agit par exemple d’entendre débattre de l’art. « Tirant parti du hasard, de l’inattendu et de l’absurde », les opinions sont paradoxalement éclairantes et humoristiques. Elles mettent aussi en évidence les propos foncièrement stéréotypés que génèrent les bases de données en ligne. La « place publique mise en scène par trois bancs » se veut sans doute d’une autre époque ou bien une intervention dans la polémique à l’égard de la Ville de Paris qui a produit cette version du banc Davioud (1860) « défigurée » car unilatéral. L’imagination intelligente du visiteur est ainsi sollicitée. Les sièges pourraient être ceux d’une salle d’attente d’aéroport, ou les Fermob venus des jardins parisiens et adoptés par une intelligentsia plutôt riche.
Note 1 : Annonce de la conversation « Les énigmes du cube blanc ». 03 – White Cube Conundrums – Mistral vs Anthropic vs OpenAl. 24 oct 2024 – 18:15. Lucky, Pozzo, Drunken Dramaturge.
Note 2 : Comparaison avec Chris Burden, Holmby Hills Folly, 2012, quatre bancs en acier et quatre lampadaires en fonte, Bâle, 2014,  https://jlggb.net/blog4/?p=1432