Poivrons rouges


Samedi 15 novembre 2025, 12h30, Lausanne. Félix Vallotton, Poivrons rouges, 1915, huile sur toile, dans l’exposition « Vallotton Forever », Musée cantonal des Beaux-Arts. Le poivron d’Edward Weston, 1930, photographie en noir et blanc, partage avec ceux de Vallotton une sensualité organique. Mais le rouge va ici jusqu’au sang de la guerre. Voir : https://jlggb.net/blog9/2025/10/14/edward-weston/

Fabriquer (La vie des objets. Ch. 206)


Mercredi 12 novembre 2025, 14h30, Paris. En achetant l’escabeau qui va nous permettre de ranger des boîtes d’archives sur le haut des étagères, on a le sentiment du travail bien fait. Notre petit modèle porte une grande étiquette en noir, rouge et jaune, en allemand, anglais et français, avec les mentions Haiger-Flammersbach, Hesse, Allemagne et www.hailo.de : « À partir de 1947, Hailo a révolutionné le marché avec l’échelle domestique en aluminium. » Toujours sur Internet, on trouve, marqué par le même disque rouge : « Hailo, l’escabeau français, environ trois millions sont sortis de l’usine de La Chapelle-Viviers, Vienne, depuis 2012. » Sur l’emballage, on finit par découvrir, écrit verticalement dans la marge, en caractères de 1 mm : Made in Ukraine.

Les supplémenteurs


Vendredi 7 novembre 2025, 16h, Paris. Venus de Finlande il y a quelques jours, ce sucrier et ce crémier*, apparaissent pour dire qu’ils sont des supplémenteurs. Ce mot désigne une série, une collection, entreprise il y a au moins huit ans (voir : https://jlggb.net/blog6/2018/12/19/une-collection/). L’histoire et l’esthétique de ces couples d’objets ne s’arrêtent pas à leurs matières et à leurs formes, et pas non plus à leur usage d’ajouter du sucre et du lait, première approche relativiste et critique. Ils recèlent potentiellement une foule de données, métadonnées : leur fabrication, leur commerce, leur arrivée dans la collection, etc. En droit, en économie, en théologie, les supplémenteurs sont ceux qui reconnaissent d’autres sources possibles que l’ordinaire des raisons ou de la doctrine. On se retrouve avec le supplément rousseauiste — ce qui supplée —, ou encore avec le concept tordu de Derrida : « le supplément est toujours le supplément d’un supplément. On veut remonter du supplément à la source : on doit reconnaître qu’il y a du supplément à la source ». On entend aussi : le menteur supplée.
* Production Arabia, Finlande, série Faenza, 1973-1979, design Peter Winquist.

Ornement


Dimanche 2 novembre 2025, 17h, avenue du Président Wilson, Paris, 16e. Sortant du musée, on est attentif aux dispositions de couleurs. Les feuilles d’automne — jaune, orange, rouge —, les arbres d’ornement (peut-être Cotinus obovatus), font apparaître le bleuté des façades haussmanniennes.

Melvin Edwards


Dimanche 2 novembre 2025, 15h30, Palais de Tokyo, Paris. En complément de l’exposition « Echo Delay Reverb : art américain, pensées francophones », l’exposition de Melvin Edwards montre ses sculptures d’acier. Agricole, 2016, « s’intéresse aux liens entre les outils du monde rural et l’histoire de l’esclavage. » La figure du soc et du versoir de la charrue éveille chez moi une image d’enfance concrète, à la fois de jeu et de travail.

À sa table de travail


Samedi 25 octobre, 17h30, Musée Picasso, Paris. Untitled, 1980. Acrylique et encre sur planche d’illustration. Exposition « Philip Guston. L’ironie de l’histoire », avec, au sous-sol, ses derniers travaux, sur papier :
« En 1979, Philip Guston est victime d’une crise cardiaque qui lui impose de reconsidérer sa méthode de travail. C’en est fini pour lui des formats imposants par lesquels il entretenait le lien de sa peinture avec les fresques murales de sa jeunesse. Assis à sa table de travail, il entreprend une série d’œuvres sur papier dans lesquelles il récapitule les formes et les sujets de son art. Au temps où sa peinture était encore abstraite, il avait rêvé d’atteindre à la liberté, à la légèreté des peintures chinoises de la dynastie Song (960-1279) réalisées par des artistes qui, après avoir répété à l’infini le même geste, pouvaient créer une forme, pour laquelle l’esprit conscient semblait ne plus jouer aucun rôle. Dans cette série d’œuvres ultimes, produites l’année de sa mort, Guston atteint un état de grâce technique et iconographique. Les objets qu’il avait copiés sans fin pour entériner son passage à la figuration naissent sous son pinceau comme s’ils étaient dépeints par le premier homme, libre de tout modèle préconçu, émancipé de toute idée de l’art. » (Dossier de presse)

Deux aspirateurs noirs


Vendredi 24 octobre 2025, 17h30, galerie Chantal Crousel, Paris, 3e. Rirkrit Tiravanija a connu son nom attaché à la notion d’« esthétique relationnelle ». Sa proposition tient probablement ici dans le blanchiment radical d’un vaste appartement, y compris de la moquette, car se trouvent à l’entrée deux aspirateurs robots circulaires noirs, qui attendent d’entrer en action.

Pinceau au clavier



Vendredi 24 octobre 2025, 17h, galerie Chantal Crousel, Paris, 3e. Avec cette pièce 10 de Abril 2025, Tokio (Blue Vall), 2025, tempera et feuille d’or sur toile, comme plus largement avec la série de peintures Partituras, Gabriel Orozco conduit, depuis longtemps, des improvisations au piano qu’il fait transcrire en partitions pour les traduire ensuite en dessins schématiques. On voit dans ses tableaux combien musique et dessin sont des actes physiques, combien le digital (numérique) relève du « musculaire et manuel » (Roland Barthes).