Pancarte d’autorisation


20 février 2025, 16h30, musée d’ Ashiya. Le petit musée municipal est vivant, il est occupé en ce moment par une foule de jolis travaux artistiques d’écoliers, qu’il est interdit de photographier. La petite salle consacrée à l’archéologie du lieu s’ouvre par cette pancarte. La qualité reconnue aux Japonais, de politesse et de discipline, s’accompagne d’une grande liberté d’entrer et sortir, par exemple d’une bibliothèque, comme par la rareté des vols. Le contrôle existe, mais il n’est pas directement visible. On peut penser qu’il est dans les nombreuses têtes, plus que dans les nombreuses caméras de surveillance. Il en résulte aussi un surnombre d’écriteaux, de signaux, de recommandations, de règlements, et donc une omniprésence de supports et de suspensions. L’autorisation est devenue ici incitation.

La pinède retrouvée



Jeudi 20 février 2024, 14h30 — 17h, Ashiya, côte de la mer intérieure, entre Kobe et Osaka. Liliane cherche le lieu d’une performance du groupe Gutaï [具体] en 1956, dont elle a une photo. Passage obligé entre le nord-est du Japon et le sud-ouest, la bande entre la mer et la montagne est occupée par des autoroutes et des voies ferrées. Pourtant, ce long et étroit parc descendant, planté depuis très longtemps de pins est accueillant et élégant. Il aurait échappé aux bombes américaines de 1945. On vérifie que pinède d’Ashiya était d’abord et reste aujourd’hui un parc de loisirs, un terrain de jeux, et que c’est précisément pour cela qu’il fut un lieu de performance artistique.

Tsuruko Yamazaki


Jeudi 20 février 2025, 13h, Musée des beaux-arts de la préfecture de Hyogo, Kobe. Tsuruko Yamazaki (1925-2019), Sans titre, laque sur toile, 1958. Elle a eu, à partir de 1947 à Ashiya, Jirō Yoshihara (1905-1972) comme professeur. Elle va participer avec lui à la fondation et à l’activité du groupe Gutai (1954-1968). Cette peinture s’inscrit dans l’esprit d’« inattendu » qu’elle met en œuvre alors.

Béton caressé


Jeudi 20 février 2025, 12h40, Hyogo Prefectural Museum of Art, Kobe. Les surfaces de béton ponctuées de la trame des creux de tirants de banches sont la signature de Tadao Ando. Plus encore que par les lumières qui ont fait sa renommée, on est attiré par la douceur au toucher de son béton lisse et délicat. Cette sensation est dans le souvenir de l’hôtel musée Benesse House de l’île de Naoshima, du 21_21 Design Sight de Tokyo, du Vitra de Bâle, du Palazzo Grassi et de la Pointe de la Douane à Venise, de la Bourse de Commerce à Paris. Il y a trente ans, les dommages énormes du grand tremblement de terre de Kobe ont détruit de très nombreux immeubles dont les premières réalisations de Tadao Ando. Il fit alors don du prix Pritzker, qu’il avait obtenu cette année-là, pour une reconstruction de meilleure qualité. Ici, l’immense musée de Kobe, construit en 2002 devant la mer, témoigne aussi de son attention.

Un quai de la gare de Matsusaka


Mardi 18 février 2025, 16h08, gare de Matsusaka, Mie. Au moment de repartir vers le nord, on découvre que le quai surplombe un canal habité de fougères. Liliane réclame une photo à poster sur Instagram. Note : des prises de vues précipitées et encombrées d’obstacles ont été ajoutées et rallongées avec Firefly d’Adobe, ce qui est un artifice efficace et honnête car le propre d’une voie est de fournir les informations de sa continuité.

Voir de près un pavillon


Mardi 18 février, 12h45, Jingu, Ise, Mie. Le sanctuaire intérieur Naiku est immuable depuis l’an 690 car reconstruit à l’identique tous les vingt ans. Aperçu par dessus les clôtures, il n’est pas visible. Non loin, le pavillon Nishine-no-mikura, où est conservé le riz des offrandes, en donne l’aspect : « une proportion architecturale archaïque permettant un modèle ancestral qui se veut commémoratif d’un temps immémorial » [Vocabulaire de la spatialité japonaise, Philippe Bonnin ed., CNRS Éditions, 2014, p. 419]. Si la matière est éphémère, la forme connaît une reconstruction cyclique qui appuie la répétition du rituel. Ainsi, cette forme permanente est nommée « clarté divine ».

Figure de la princesse


Mardi 18 février 2025, 11h40, rue Oharaimachi, Ise, Mie. Les grands parcs des sanctuaires, calmes, sereins malgré le nombre de visiteurs, sont précédés par longue rue commerçante, très animée, avec des boutiques de souvenirs et d’alimentation. L’endroit est pour nous fort intéressant culturellement. Dans une galerie, l’exposition d’une artiste de figurines de papier s’annonce par la présence douce et éclatante d’une figure de la princesse Yamatohime-no-mikoto, dont il est dit qu’elle aurait établi ici le sanctuaire dédié à Amaterasu Omikami, la déesse du soleil.