Nature morte aux pommes



Jeudi 4 septembre 2025, 15h, Musée Granet, Aix en Provence. Dans l’exposition « Cézanne au Jas de Bouffan », Nature morte aux pommes, 1895-1898, huile sur toile, The Museum of Modern Art, New York. Ce tableau nous suggère une hypothèse : Cézanne conduit une instauration en apportant, en disposant, en déplaçant les pommes, la vaisselle, les nappes et les rideaux, tout en répétant dans le plan de la toile la présence de ces objets, de leurs relations, dans son langage de traits de pinceaux et de couleurs. Un tel processus se confirme par le fait qu’il peut s’arrêter, le tableau est « inachevé ». Concrètement ici, le motif de la pomme rencontre son semblable dans la tenture et renonce à se répéter. On l’a vu, une fois encore, à propos du film Le Gai Savoir de Godard à Marseille, il y a quelques jours : un nouveau moyen manifeste sa mise en œuvre efficace, et, en même temps, il engage sa distanciation, sa critique.

C’est aussi ça, la guerre


Dimanche 24 août 2025, 16h, Musée de l’Oise, Beauvais. Félix Vallotton est l’un des artistes qui a directement approché la guerre. Mais pas seulement avec sa célèbre série de gravures sur bois C’est la guerre ! (1915-1916). Il a été de ceux qui, avec la « mission de peintre aux armées », est allé au front pour peindre. Son tableau Verdun (1917) est le plus marquant, par sa relative abstraction futuriste. Soldats sénégalais au camp de Mailly (1917), huile acquise par le musée, est aussi « anti guerre », mais sa figuration calme, inscrite directement dans la manière de Vallotton, apporte une critique caustique qui persiste aujourd’hui.

Jean-Étienne Liotard

Mercredi 30 juillet 2025, 17h30, Musée d’art et d’histoire, Genève.
Jean-Étienne Liotard (Genève, 1702 – Genève, 1789), Liotard riant, vers 1770, huile sur toile, dimensions avec le cadre : 113 x 95 cm, Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève, achat, 1893. Son père, Antoine Liotard, négociant à Montélimar, s’est exilé après la révocation de l’édit de Nantes. Il exerce à Genève, Paris, Rome, Florence, Constantinople (c’est là qu’il adopte son costume), à Vienne, Londres, Amsterdam. On a vu La Belle Chocolatière à Dresde. Au Louvre, on a souvent regardé ses nombreux portraits au pastel. Son portrait de Madame d’Épinay l’a associé pour nous à Rousseau. Et on repasse les voir à Genève.

Vue retrouvée


Lundi 14 juillet 2025, 17h, Aix-les-Bains. On y est retourné trois fois depuis le mois de mars. Plusieurs raisons se sont rassemblées. Le point de vue, on disait un peu plus au sud et un peu plus haut, est plus juste quand on est à Pugny, non loin au sud du centre du village. Pourquoi le peintre Carolus-Duran, célébré à l’époque pour ses portraits de bourgeois et de célébrités mondaines, a été amené à peindre cette vue. En 1900, la villégiature à Aix-les-Bains vient de s’étendre vers le mont Revard, par la construction du train à crémaillère. Ce train présente trois arrêts intermédiaires dont un à Pugny, qui a été déterminé par la présence, dans la campagne boisée, de l’hôtel climatérium des Corbières. Carolus-Duran fréquente le beau monde d’Aix-les-Bains, il a fait le portrait de celle qu’on nomme ici Marie de Solms, Marie-Lætitia Bonaparte-Wyse. Il a résidé au climatérium. En montant sur le trajet de la crémaillère, on voit plusieurs vergers. Les pommiers de la peinture pouvaient être là. La vue ne peut pas se confirmer car des chemins bordés d’arbre ont été creusés pour conduire à de nouvelles maisons. On en vient aussi à supposer que, en dépit ou à cause du naturalisme, le peintre a naturellement arrangé son paysage. On le fait aussi un peu avec la nouvelle photo.

Note : https://jlggb.net/blog9/2025/03/23/on-voit-le-lac/

Un premier article : http://jlggb.net/blog4/?p=2000

White Cube


Mercredi 28 mai 2025, 19h, rue Chemin vert, Paris. Le Track 119 est un restaurant avec musique et peinture. Étienne expose plusieurs peintures dont Fantômes, 2025. Si le lieu s’écarte de l’enfermement du white cube des galeries, le tableau rapporte un pan de street art porté par un cube blanc. Le graffiti parle de la rue, de l’ouverture, du déplacement, et avant tout de l’exercice corporel de son apparition.

La Famille Soler


Dimanche 25 mai, 16h, Musée Picasso, Paris. Dans l’exposition « L’art “dégénéré” : Le procès de l’art moderne sous le nazisme », Pablo Picasso, La Famille Soler, 1903, huile sur toile, Musé des Beaux-Arts La Boverie, Liège. Confisqué en 1937 au musée de Cologne, ce tableau fait partie de ceux qui entrent dans l’« utilisation » lucrative des œuvres saisies, développée par Goebbels. Il est mis en vente en juin 1939 à la galerie Fischer de Lucerne et acheté par la Ville de Liège. Tableau fascinant, qui nous est aujourd’hui donné à déchiffrer. De ses nombreux déterminants, en voici trois : un portrait de famille commandé par le père, peintre et tailleur à Barcelone, à un Picasso sans-le-sou ; un tableau peint à partir de photographies de studio ; un premier déjeuner sur l’herbe. Et deux interrogations : qu’en est-il de la « neutralité » suisse à la veille de la guerre ? Comment le musée de Liège a-t-il pu le garder dans ses collections ? Les précisions historiques et les réponses à ces questions ne peuvent tenir en quelques mots, deux faits cependant : le galeriste Fischer sera, jusqu’en 1945, le destinataire du plus grand nombre de peintures pillées par le régime hitlérien ; les initiateurs des achats pour Liège ont affirmé leur motivation antinazie, ce qui leur a valu d’être arrêtés et condamnés par les occupants allemands de la Belgique.

On voit le lac



Dimanche 23 mars 2025, 14h, Pugny-Chetenod, Savoie. Une promenade au-dessus d’Aix-les-Bains nous fait apparaître une vue qui rappelle une peinture. Étant déjà publiée en 2014, Carolus-Duran (1837-1917), Les pommiers en Savoie, vue sur le lac du Bourget, huile sur toile, 1900, dépôt du musée d’Orsay, on peut chercher le point de vue du peintre. Difficile, mais le résultat est satisfaisant. Sans doute un peu plus au sud et peut-être un peu plus haut. La prochaine fois on trouvera le champ de pommiers.
Voir la suite, 14 juillet : https://jlggb.net/blog9/2025/07/14/vue-retrouvee/

Tsuruko Yamazaki


Jeudi 20 février 2025, 13h, Musée des beaux-arts de la préfecture de Hyogo, Kobe. Tsuruko Yamazaki (1925-2019), Sans titre, laque sur toile, 1958. Elle a eu, à partir de 1947 à Ashiya, Jirō Yoshihara (1905-1972) comme professeur. Elle va participer avec lui à la fondation et à l’activité du groupe Gutai (1954-1968). Cette peinture s’inscrit dans l’esprit d’« inattendu » qu’elle met en œuvre alors.