
Vendredi 22 août 2025, 18h30, rue de Buci, Paris, 5e. Une petite faim d’aujourd’hui invite au rapprochement : comme sur ce sablé, des traits parallèles et croisés figurent, conservés par la poterie, parmi les plus anciens de l’histoire humaine. La grotte des Blombos, Afrique du Sud, possède un bloc d’ocre gravé de ces formes géométriques daté de 75 000 ans, de l’Homo sapiens. Quant à l’Homo erectus, on lui attribue, à Java, des coquillages gravés de tels motifs, datés de 500 000 ans. Une remarque qui relativise : le « sablé nature » est sans doute repris ici, avec une certaine maladresse volontaire, dans l’intention d’apparaître comme « traditionnel », car « Les viennoiseries chez Thevenin c’est toujours du sans-fautes. »
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Présence (La vie des objets. Ch. 196)

Mardi 19 août 2025, 11h, Paris. Cette pierre est ici depuis qu’elle a été rapportée de « Jarsy, Bauges, 24 juillet 2018 ». Ceci est écrit sur sa base plane, qui en fait un bibelot souvenir de bureau. Ces mots sont justes mais détournent l’objet des qualités de singularité et d’indépendance par lesquelles il a acquis une présence de prédilection.
S’abstraire (La vie des objets. Ch. 195)
Mardi 5 août 2025, 10h50, piscine, 14, Avenue Daniel Rops, Aix-les-Bains. L’objet s’est décollé, il est tombé, ou bien il a été arraché. Un événement, on le repère parce qu’il a un avant et un après. Mais c’est plus riche que ça. Il a lieu dans un certain contexte, pour autant, le philosophe le dit, il n’est pas calculable à partir des éléments de ce contexte lui-même. Celui-ci a composé avec le pouvoir adhésif d’un mastic, avec la variation de certaines valeurs. Mais encore ? La qualité d’un événement ne peut disparaître dans une chaîne causale car il arbore de l’inconnu — ici en pleine lumière. Si l’on dit que l’objet s’est détaché, qu’il s’est séparé, qu’il s’est abstrait, on lui reconnaît un pouvoir : l’abstraction.
Jouer (La vie des objets. Ch. 194)
Dimanche 3 août 2025, 14h, Aix-les-Bains. On les voit d’abord comme des animaux. Ce sont des légumes, ou plutôt des fruits ou même des baies. Des aubergines dites chinoises, des solanum melongena version ping tung. Avec une banane, un melon, un sapin, une violette, on a déjà répondu à la question : un être vivant peut-il être un objet ? Fruits et légumes sont l’objet d’agriculture, de commerce, de cuisine. Ces aubergines font l’objet d’un étonnement. En devenant objets — en étant coupées —, elles conservent leurs capacités à mimer le vivant — et sont aidées à se déguiser. Jouer est par excellence la façon dont l’objet est aussi sujet.
Rassembler (La vie des objets. Ch. 193)
Goûter (La vie des objets. Ch. 192)
S’écouler (La vie des objets. Ch. 191)

Jeudi 26 juin 2025, 18h, Centre Pompidou. L’exposition « Enormément Bizarre. La collection Jean Chatelus », est une accumulation d’œuvres souvent repoussantes, parmi lesquelles on doit faire le tri, s’intéresser à ce qui ne paye pas de mine. Je retiens, car c’est un artiste qui me plaît, Dieter Roth, Am Rhein (Aux bords du Rhin), 1968, chocolat, métal, 33 x 35 x 3 cm. Cette pièce appelle la phrase de son auteur : « Les objets peuvent ou doivent disparaître, et c’est bon pour eux et pour nous. » Attaché au processus de fabrication et aux matériaux, il se réclamait de l’art concret, mais en soulignant le passage du temps.
Reproduire (La vie des objets. Ch. 190)

Samedi 26 avril 2025, 15h, Bourse de commerce, Paris. Exposition « Corps et âmes », Irving Penn, The Hand of Miles Davis, New York, 1986, Épreuve gélatino-argentique / Gelatin silver print, Pinault Collection. Une photographie, avec son « aura » d’« originale » apporte avec elle les reflets de son objet.
Utiliser (La vie des objets. Ch. 189)

Vendredi 25 avril 2025, 23h, Paris. Lors du vernissage, à la Galerie municipale Jean Collet de Vitry, de l’exposition « Les Lavandières », un objet provoque la question : pourquoi est-il là ? On a reconnu un siège de douche vu dans un hôpital. Si elle s’ouvre sur l’image des lavoirs, l’exposition aborde les douches car le bâtiment était autrefois un bains-douches municipal. L’artiste Nina Azoulay, en montrant des vêtements récupérés, incite à s’asseoir pour les percevoir comme personnages. Ce n’est donc pas un ready-made, même si la parenté est bien présente. Un deuxième usage apparaît avec la photo. Elle est placée dans Google Lens qui va afficher beaucoup de tels strapontins hygiéniques, mais pas celui-là. L’intelligence vivante supplée alors à l’IA. Ce modèle est de la marque AKW-Medicare®, « Série 2000 siège rembourré avec dossier et accoudoirs », mais ses coussins sont absents. C’est peut-être la raison de sa disponibilité pour l’art.
Transporter (La vie des objets. Ch. 188)

Mardi 15 avril 2025, 14h, exposition « Matisse et Marguerite », Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Regarder avec insistance cette toile comme un objet. Lire son cartel : « Henri Matisse, Marguerite, Collioure, hiver 1906-1907 ou printemps 1907, Huile sur toile, Musée national Picasso – Paris, Donation Picasso, 1978, Collection personnelle Pablo Picasso. Imitant la maladresse d’une écriture enfantine qui cherche à rester droite sans y parvenir, Matisse a inscrit ‘Marguerite’ au-dessus de ce portrait de sa fille. Un épais cerne noir dessine la figure et encadre l’ensemble de la composition. La concision radicale du tableau fit l’objet de sarcasmes de la part des contemporains de Matisse, qui moquèrent son apparence élémentaire et candide. La toile fascina Picasso, qui l’échangea avec l’artiste contre une nature morte cubiste et la conserva jusqu’à la fin de sa vie. » Renseigner encore l’objet : œuvre exposée (d’ordinaire) au Musée Picasso, premier étage, salle 3, 65,1 x 54 x 2 cm. Le qualifier : transport affectif.




