C’est aussi ça, la guerre


Dimanche 24 août 2025, 16h, Musée de l’Oise, Beauvais. Félix Vallotton est l’un des artistes qui a directement approché la guerre. Mais pas seulement avec sa célèbre série de gravures sur bois C’est la guerre ! (1915-1916). Il a été de ceux qui, avec la « mission de peintre aux armées », est allé au front pour peindre. Son tableau Verdun (1917) est le plus marquant, par sa relative abstraction futuriste. Soldats sénégalais au camp de Mailly (1917), huile acquise par le musée, est aussi « anti guerre », mais sa figuration calme, inscrite directement dans la manière de Vallotton, apporte une critique caustique qui persiste aujourd’hui.

Jean-Étienne Liotard

Mercredi 30 juillet 2025, 17h30, Musée d’art et d’histoire, Genève.
Jean-Étienne Liotard (Genève, 1702 – Genève, 1789), Liotard riant, vers 1770, huile sur toile, dimensions avec le cadre : 113 x 95 cm, Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève, achat, 1893. Son père, Antoine Liotard, négociant à Montélimar, s’est exilé après la révocation de l’édit de Nantes. Il exerce à Genève, Paris, Rome, Florence, Constantinople (c’est là qu’il adopte son costume), à Vienne, Londres, Amsterdam. On a vu La Belle Chocolatière à Dresde. Au Louvre, on a souvent regardé ses nombreux portraits au pastel. Son portrait de Madame d’Épinay l’a associé pour nous à Rousseau. Et on repasse les voir à Genève.

Réminiscences de Ye Xin

Samedi 19 juillet 2025, 20h, Paris. Ye Xin (Xin YE) a exposé en septembre 2024 à la galerie Espace F360, Paris 5e, un nouvel ensemble d’encres sur papier, de format 35 x 35, nommé Réminiscences. J’ai découvert que le tableau initial, qui donnait le texte 混沌翻滾的墨團之上,閃現出精準的線,葉欣的畫是一個哀婉與反諷交疊的去處:一種悖謬的記憶。那裡,忘卻的意願反襯著復甦的刺痛,片刻歡欣的生氣同悲劇的陰影融成一體, traduisait mes mots d’un catalogue de 1991 : « Masses d’encres tourmentées, éclat de lignes d’une incroyable justesse, la peinture de Ye Xin est un lieu d’imbrications pathétiques et ironiques : c’est une mémoire paradoxale où la volonté d’oublier sert de fond à l’acuité des réminiscences, où la vivacité des moments de bonheur épouse les ombres du drame. » Ye Xin m’a dit que sa découverte du sens de réminiscence l’avait conduit aux huit autres tableaux, composés à partir de fragments de la phrase. Récemment, il m’a offert le premier et celui nommé Mes tableaux, où s’écrit 當年的畫可曾真如那 “哀婉與反諷交疊的去處”, « lieu d’imbrications pathétiques et ironiques ».

Vue retrouvée


Lundi 14 juillet 2025, 17h, Aix-les-Bains. On y est retourné trois fois depuis le mois de mars. Plusieurs raisons se sont rassemblées. Le point de vue, on disait un peu plus au sud et un peu plus haut, est plus juste quand on est à Pugny, non loin au sud du centre du village. Pourquoi le peintre Carolus-Duran, célébré à l’époque pour ses portraits de bourgeois et de célébrités mondaines, a été amené à peindre cette vue. En 1900, la villégiature à Aix-les-Bains vient de s’étendre vers le mont Revard, par la construction du train à crémaillère. Ce train présente trois arrêts intermédiaires dont un à Pugny, qui a été déterminé par la présence, dans la campagne boisée, de l’hôtel climatérium des Corbières. Carolus-Duran fréquente le beau monde d’Aix-les-Bains, il a fait le portrait de celle qu’on nomme ici Marie de Solms, Marie-Lætitia Bonaparte-Wyse. Il a résidé au climatérium. En montant sur le trajet de la crémaillère, on voit plusieurs vergers. Les pommiers de la peinture pouvaient être là. La vue ne peut pas se confirmer car des chemins bordés d’arbre ont été creusés pour conduire à de nouvelles maisons. On en vient aussi à supposer que, en dépit ou à cause du naturalisme, le peintre a naturellement arrangé son paysage. On le fait aussi un peu avec la nouvelle photo.

Note : https://jlggb.net/blog9/2025/03/23/on-voit-le-lac/

Un premier article : http://jlggb.net/blog4/?p=2000

S’écouler (La vie des objets. Ch. 191)


Jeudi 26 juin 2025, 18h, Centre Pompidou. L’exposition « Enormément Bizarre. La collection Jean Chatelus », est une accumulation d’œuvres souvent repoussantes, parmi lesquelles on doit faire le tri, s’intéresser à ce qui ne paye pas de mine. Je retiens, car c’est un artiste qui me plaît, Dieter Roth, Am Rhein (Aux bords du Rhin), 1968, chocolat, métal, 33 x 35 x 3 cm. Cette pièce appelle la phrase de son auteur : « Les objets peuvent ou doivent disparaître, et c’est bon pour eux et pour nous. » Attaché au processus de fabrication et aux matériaux, il se réclamait de l’art concret, mais en soulignant le passage du temps.

Rien ne nous y préparait − Tout nous y préparait


Jeudi 26 juin 2025, 17h, Centre Pompidou. L’exposition Wolfgang Tillmans, « Rien ne nous y préparait − Tout nous y préparait », dans l’immense espace de la BPI, est d’une superbe complexité. Elle s’offre comme une évidence, à explorer avec les autres, à consulter. On la cherchait, elle est bien là, sur les tables tout au bout : notre étudiante ! deuxième photo du livre de Wolfgang Tillmans, Portraits, Walter König, Köln, 2001.

Pour la consultation

Jeudi 26 juin 2025, 16h, Centre Pompidou. L’exposition Wolfgang Tillmans, « Rien ne nous y préparait − Tout nous y préparait », se déploie dans tout un étage qui était occupé il y a peu de temps encore par la Bibliothèque publique d’information. Si nombre de photographies, parfois très grandes, sont accrochées aux murs, le fonctionnement de l’espace reste de l’ordre du déplacement et de la consultation, de la lecture, d’un relatif isolement assorti d’une coexistence vivifiante. Ainsi, l’« autoformation » est conservée pour des vidéos rassemblées par l’artiste, qui coexistent avec les vues étrangement parlantes des lecteurs, à l’endroit même où ils se sont trouvés. La moquette usée contribue à l’ambiance conservée, tandis que la moquette arrachée est encore plus lisible et annonce un avenir à ce jour hypothétique.

La Famille Soler


Dimanche 25 mai, 16h, Musée Picasso, Paris. Dans l’exposition « L’art “dégénéré” : Le procès de l’art moderne sous le nazisme », Pablo Picasso, La Famille Soler, 1903, huile sur toile, Musé des Beaux-Arts La Boverie, Liège. Confisqué en 1937 au musée de Cologne, ce tableau fait partie de ceux qui entrent dans l’« utilisation » lucrative des œuvres saisies, développée par Goebbels. Il est mis en vente en juin 1939 à la galerie Fischer de Lucerne et acheté par la Ville de Liège. Tableau fascinant, qui nous est aujourd’hui donné à déchiffrer. De ses nombreux déterminants, en voici trois : un portrait de famille commandé par le père, peintre et tailleur à Barcelone, à un Picasso sans-le-sou ; un tableau peint à partir de photographies de studio ; un premier déjeuner sur l’herbe. Et deux interrogations : qu’en est-il de la « neutralité » suisse à la veille de la guerre ? Comment le musée de Liège a-t-il pu le garder dans ses collections ? Les précisions historiques et les réponses à ces questions ne peuvent tenir en quelques mots, deux faits cependant : le galeriste Fischer sera, jusqu’en 1945, le destinataire du plus grand nombre de peintures pillées par le régime hitlérien ; les initiateurs des achats pour Liège ont affirmé leur motivation antinazie, ce qui leur a valu d’être arrêtés et condamnés par les occupants allemands de la Belgique.