Verre de couleur exposé

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Samedi 21 juin 2014, 18h30, Bâle, Art Basel, « Unlimited ». Tony Feher (1956, Albuquerque, Nouveau Mexique), Marvelous Man-made Minimal Mineral Medley, 2013-2014. L’artiste est réputé pour son emploi poétique et ironique d’objets du quotidien, gardés tel quel. Ici, c’est une série de coupes en verre de couleurs vives, attachées par un fil de fer sur des tasseaux appuyés tout autour du white cube.

Populations

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Samedi 21 juin 2014, 16h40, Bâle. À l’entrée de l’immense espace consacré par Art Basel aux grandes pièces constituant l’exposition « Unlimited », une grande peinture de Zhang Huan, Grand Canal, 2009, galerie White Cube, Londres. Zhang Huan, né en 1965 à Anyang, province de Henan, a d’abord été connu pour ses performances et le Body Art. Il a vécu aux États-Unis de 1998 à 2005. Il est aujourd’hui l’un des artistes chinois les plus cotés, avec un atelier dans la région de Shanghai qui emploie 200 personnes. La France l’a fait chevalier de la Légion d’honneur en 2014. S’affirmant bouddhiste, il emploie pour ses sculptures et peintures des cendres d’encens collectées dans des temples. Le tableau est donc très fragile et l’on doit rester à l’écart. Le Grand Canal qui relie Pékin à Hangzhou sur 1794 km, date, pour ses débuts, de 486 avant JC. Construit et reconstruit, y compris après 1949 — l’image date probablement de cette période —, il est le plus long du monde et vient d’être inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Grand Canal a été vendu à Bâle pour 1,8 million de dollars.

La société de l’intermittence

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Jeudi 19 juin 2014, 18h, gare du Nord. La grève des cheminots met en scène de nombreux employés aux gilets rouge « SNCF assistance » — et même un pianiste qu’on ne voit pas sur la photo. Autre tension ailleurs : les intermittents du spectacle. À la fin des années 60, je refusais de m’intéresser à La Société du spectacle de Guy Debord. Je prenais le spectacle comme un espace de liberté et un instrument critique. Maintenant que la société du spectacle est partout, il faut prendre La Société de l’intermittence* comme une chance. D’abord pour résister au « temps réel » — c’est l’informatique qui a inventé ce terme, pour gouverner les événements et le passage du temps.
*©jlggb
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Il vient de paraître en français : Jonathan Crary, 24/7. 24/24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 : le capitalisme à l’assaut du sommeil, traduit du par Grégoire Chamayou, conception graphique : deValence, Zones, La Découverte, 140 pages. Il traite de la « vie sans temps morts ».
Texte intégral : http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=185

Le syndrome de Montréal

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Lundi 16 juin 2014, 17h, rue du Colonel Driant, Paris 1er. Alors que nous marchons depuis le métro Louvre-Rivoli vers la Bibliothèque nationale, se manifeste ce que j’ai nommé, en 1989, le « syndrome de Montréal ». À Montréal, nous étions un petit groupe de collègues dans un hôtel situé rue Sherbrooke ouest. Pour aller jusqu’au vieux port au nord-est, je leur fis emprunter un trajet simple : d’abord vers l’est, puis vers le nord. Ils me reprochèrent unanimement un trajet trop long car nous aurions pu prendre un trajet oblique dans la ville en damier. Je m’évertuai à dire que la somme des segments de rues est la même, même si l’itinéraire est proche du chemin à vol d’oiseau. Ce réquisitoire s’est inscrit définitivement dans ma tête et je ne peux pas circuler dans un quartier hippodaméen (c’est le nom savant pour un plan quadrillé, orthogonal) sans penser √2 , ou, plus directement, sans chercher un maximum d’obliques. Les rues, les carrefours, ont une certaine largeur et l’on peut toujours plus ou moins couper d’un angle à l’autre. Il faut admettre aussi qu’il est plus agréable de se sentir aller dans la bonne direction. C’est ce que nous avions fait en septembre 1985 à Pékin avec notre « marche-performance » reliant les quatre temples des quatre points cardinaux de Pékin par un grand « losange » en « escaliers ». Pékin, comme son modèle Chang’an — l’actuelle Xi’an, qui a marqué Kyoto —, sont parmi les plus anciens exemples. La Chaux-de-Fonds, reconstruite selon un plan absolument orthogonal après son incendie de 1794. Turin, Le Havre, etc. et tant de villes américaines. San Francisco où la projection du damier se traduit par des pentes insensées. À Manhattan, la diagonale de Broadway est là pour soulager le malaise. L’Eixample, l’extension de Barcelone construite à la fin du XIXe, est une vraie solution : les îlots sont des carrés aux coins recoupés à 45 degrés. Avec des rues larges on y fait de véritables obliques peu sinueuses.

Clairière

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Samedi 14 juin 2014, 18h, Ermenonville, Parc Rousseau. Lang & Baumann (Sabina Lang et Daniel Baumann, artistes de Burgdorf, Suisse, qui interviennent un peu partout dans le monde, là où on leur commande quelque chose : http://langbaumann.com) inaugurent, leur Beautiful Tube #2, construit au sommet d’un pin, un cadreur de paysage aussi bien qu’une petite chambre. Dans ce parc tout entier monument à Jean-Jacques Rousseau, on doit citer une fois encore — et je le leur dis — le « Véritable air de fête » qui, selon Rousseau, provient d’un piquet planté au milieu d’une place — ou d’une clairière.

Équilibre

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Samedi 14 juin 2014, 15h30, Ermenonville. La Cabane du philosophe, située dans la partie nommée le Désert du domaine d’Ermenonville, est, dans la mythologie rousseauiste, le lieu où il a aimé s’isoler pour « philosopher ». Quand on doit escalader la colline pour l’atteindre, on peut penser que, durant les six semaines de son séjour, qui précèdent sa mort, Rousseau ne s’y est pas rendu souvent. Mais Liliane y est assurée dans ses New Balance 576 neuves. Ces chaussures de marche « lifestyle  », classiques, sont un certain sujet de conversation : récemment au Père Lachaise, une dame a demandé si on les trouvait à Paris. Américaine, elle était fière, tout en disant que son mari n’aimerait pas l’entendre parler mode dans ce haut lieu de la mémoire culturelle française.

Retour au parc Rousseau

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Samedi 14 juin 2014, 15h — 22h, parc Rousseau d’Ermenonville. Visité à plusieurs reprises depuis les années 80, mais pas depuis le 2 juillet 1999 — jour anniversaire de la mort, ici, de Jean-Jacques Rousseau — où l’Autel à la rêverie fut filmé pour notre CD-Rom Moments de Jean-Jacques Rousseau (Gallimard, 2000), on y revient à l’occasion du « Festival des fabriques ». Le Temple de la philosophie moderne, ouvert sur le ciel, que l’on peut voir comme inachevé, fut dessiné par Hubert Robert. Le Banc des mères — précédemment, c’était la Table des mères — a sa plaque, qui fut estampée par Liliane : « De la mère à l’enfant il rendit les tendresses / De l’enfant à la mère il rendit les caresses /De l’homme, à sa naissance, il fut le bienfaiteur / Et le rendit plus libre, afin qu’il fût meilleur ». L’arbre couché est la fabrique naturelle d’une tempête, il vit encore. Les paysages qui s’offrent dans le parc ressemblent certainement encore à ceux voulus par René-Louis de Girardin, inspirés par la Nouvelle Héloïse et les jardins anglais.