coupe de séquoia

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jetee-sequoiaChris Marker, La Jetée, 1962, « Je viens de là ».

On était resté sur une interrogation relancée par deux billets récents : celui sur la coupe d’un tronc à Corbières, dans le parc de l’ancien climatérium; celui consacré à Chris Marker dans le défilé du 1er mai. Alors, à la première occasion, une investigation devait être tentée. La traversée du Jardin des plantes, presque hebdomadaire depuis une douzaine d’années, n’avait pas donné l’occasion de pousser cette porte marquée PHANÉROGAMIE. À l’entrée de l’Herbier du Muséum national d’histoire naturelle, a été retrouvée aujourd’hui un peu avant midi la coupe de séquoia de plus de 2000 ans que l’on voyait autrefois dans le jardin (probablement en 1962, peut-être après), sous un abri, et que l’on avait vue aussi dans La Jetée de Chris Marker.

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Il y a un promjet de rénovation de l’Herbier national (bâtiment construit en 1935). Le hall est encombré et dans la pénombre. Pour les besoins de la photographie, les lampes ont été allumées par la personne qui est à l’accueil.

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Une plaque sur le socle de la coupe dit : En souvenir de leur amitié de tout temps qu’ils désirent perpétuer, le peuple de Californie et la Légion américaine, section de Californie, offrent aux anciens combattants français de la Grande Guerre ce témoignage d’estime et de camaraderie. Septembre 1927.

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Samedi 11 avril 2009, 15h15. Dans le parc de l’ancien Climatérium de Corbières à Pugny-Chatenod, Savoie (voir le billet Climatérium), un très grand conifère (lequel ?) a été scié. Il faudrait le regarder de très près, ce doit être possible de compter les cercles de ses années. Les arbres sont des monuments — monumentum, ce qui fait se souvenir, ce qui garde la mémoire. Du monument dressé au monument comme diagramme du temps, on peut finalement préférer ce dernier, pour sa planéité, pour sa lisibilité. Et pour l’allusion à la coupe de séquoia que l’on voyait sous un abri du Jardin des plantes, avec ses petites plaques de cuivre gravées de dates et d’événements. C’est cette coupe de la base d’un séquoia, conservée au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, qui apparaît dans La Jetée :

« Ils marchent. Ils s’arrêtent devant une coupe de séquoia couverte de dates historiques.
Elle prononce un nom étranger qu’il ne comprend pas. *
Comme en rêve, il lui montre un point hors de l’arbre.
Il s’entend dire : « Je viens de là… » »
* Hitchcock ?
Chris Marker, La Jetée, 1962

Hitchcock ? C’est la question qu’inscrit l’auteur, dans la version livre de La Jetée. Car l’allusion circule. Elle vient à Marker de Vertigo (1958). Il en en reprendra encore la figure dans Sans Soleil et dans Immemory (1998).

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Alfred Hitchcock, Vertigo (1958).

[images extraites de : http://www.hitchcockwiki.com/wiki/1000_Frames_of_Vertigo_(1958)]

Pour dresser cette carte du temps, il a fallu scier et abattre la colonne monumentale, verticale, spatiale, de l’arbre. La carte d’un temps n’a pas besoin, comme celle d’un espace, de mimer l’horizontalité d’un sol. Après le basculement du tronc, elle peut s’affronter comme un tableau noir. Elle est sans épaisseur ou, plus exactement, son épaisseur est faite de répétitions qui sont autant de moments synchrones et distincts. Une remarque encore : les profondes cassures du tronc, comme les vagues de sa périphérie, n’affectent en rien la chronologie, immuablement concentrique. Elles disent cependant des présents différents et les sorts contraires que connaissent les souvenirs.

Note 1. Sur le sciage des troncs, voir la technique observée à Xian (Chine) en avril 2006.

Note 2. La coupe de séquoia du Jardin des plantes est retrouvée, voir le billet du 20 mai 2009.

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