La parenté (Vie des objets. Ch. 35)


Dimanche 10 mai 2015, 18h, 93bis. Un tout petit pot à lait, ou à crème, en porcelaine blanche, 65 mm de haut, 55 mm de diamètre. Parent de tant d’autres mais esseulé. Une identité faite de petits manques. Ressemblance marquante avec la cafetière classique Melitta, par son haut en lignes horizontales. Des Melitta ne furent-elles pas fabriquées à Langenthal ? Le blason « Suisse Langenthal 39 » figure fièrement en dessous, avec le très discret « 794/0 ». Milchkrug d’un certain âge donc puisque l’unique manufacture de porcelaine suisse du XXe siècle a été « délocalisée » en République tchèque. Les cousins anglais : http://jlggb.net/blog2/?p=1918

La relation (Vie des objets. Ch. 34)

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Lundi 13 avril 2015, 23h, Nice-Savoie. Passoire émaillée, elle a connu une longue vie active, à Pierrelatte, entre 1920 et 1960 environ, puis une situation de passage progressif au souvenir exposé. Et voilà qu’elle s’emploie à une démonstration philosophique : toute relation est un tiers, est extérieure à ses termes, n’est réductible à aucun des deux ni à la somme des deux. La passoire est sur la table, pour cela elle a des pieds et la table est plate et horizontale. Les termes s’emploient donc à la relation. Pour autant, « être sur » est une relation qui peut se percevoir mentalement, indépendamment des objets. La passoire a des trous, même chose pour « à travers ». Spectacle du ping-pong « double bonheur » en supplément, la relation est ici « être différent » ou autre chose, car la relation est variable et c’est bien là que se vérifie son indépendance.

La vérité (Vie des objets. Ch. 33)

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Samedi 4 avril 2015, 23h. Dans la marge en bas de la photo en forme de carte postale, il y avait l’inscription au crayon : « Rue Paul Bert Paris 11e » (une interprétation de la correspondance écrite au verso). Il y a des années, l’effet attractif d’une photographie originale ancienne, l’apparition de nombreuses personnes singulières en un lieu distinct, sur le mode « sortie d’usine », s’étaient croisées avec cette indication. La rue Paul Bert présentait, dans la pensée du regardeur, une entrée d’usine qu’il faudrait aller comparer avec celle de la photo. Finalement, rien de semblable à Paris. La voie est alors celle de la lecture : « Établissements Mauchauffée ». Une opération Google à rebondissements conduit à Troyes, à une usine parmi beaucoup d’autres, très grande. Cette bonneterie a été fondée en 1873 et fermée en 1973, exactement 100 ans après. En 1914, elle est la première fabrique de bas en Europe avec 3000 ouvrières et ouvriers. Elle a produit de nombreuses marques de bas et chaussettes et des maillots de bain en vogue. Passage par Street View, rue Bégand : le portail est là, et une foule de signes. Ce qui reste en vérité dans la vie de cet objet : joliment individués, un cheval blanc, cinq hommes écartés du groupe, vingt-cinq femmes dont de très jeunes.

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Le renom (Vie des objets. Ch. 31)

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Vendredi 5 décembre 2014, 22h, 93bis. Le feuilletage à la librairie du Centre Pompidou d’un livre Taschen consacré au design scandinave a remis un objet à l’esprit de celui qui l’avait acheté, le 17 août 1963, dans une boutique dédiée aux objets « design » du grand magasin Nordiska Kompaniet située au centre de Stockholm dans le parc Kungsträdgården, ici. Ce petit bol (90 mm x 50 mm) en verre rouge de la maison Orrefors, nommé Fuga — noms inscrits sur la base par un relief du verre — est de Sven Palmqvist (1906 — 1984), créateur de renom qui inventa, en 1954, une méthode consistant à centrifuger le verre en fusion à l’intérieur d’un moule. La série de coupes Fuga issue de ce procédé remporta une médaille d’or à la XIe triennale de Milan en 1957. Ce petit bol en verre rouge est resté à proximité de son acquéreur qui, à l’occasion de cette célébration, a retrouvé la facture de chez NK, où l’on peut voir que le prix en était de 5,75 couronnes, accompagné d’une autre coupe, bleue, plus basse, à 4,25 couronnes.

Les effets secondaires (Vie des objets. Ch. 28)

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Vendredi 28 février 2014, 16h. Comme première plaque de la rue des Écoles — face au Studio Action —, comme plaque de thérapie mentale, je me dois d’être toujours très propre. Le nettoyage de ma surface de cuivre produit un dépôt verdâtre douteux sur le mur et efface le noir de mes inscriptions. Je ne vois pas comment éviter ces effets secondaires. Les techniciens disent « effet de bord ».