Escalier en sursis

Dans le quartier diplomatique, à l’est du grand axe est-ouest de l’avenue Chang’An, le Youyishangdian (????) ou Friendship Store, ou Magasin d’amitié, de Pékin a été longtemps une institution du régime destinée à satisfaire des touristes forcément amis et une communauté d’expatriés (auxquels il fallait ajouter des Chinois eux aussi en possession de devises étrangères, ou certificats de devises, les fameux FEC) en manque de produits appartenant à leur standard de vie, souvent importés : magazines, épicerie fine, cosmétiques. Des tissus de qualité étaient là pour commander aux tailleurs tel vêtement répliqué à l’identique. Tout cela n’a plus de sens : s’il y a encore beaucoup de vendeuses, il n’y a plus aucun client. Il est étonnant qu’on puisse encore emprunter cet escalier qui ne conduit qu’à des souvenirs, ceux des anciens visiteurs qui en avaient fait un passage rituel, ceux des quelques touristes d’aujourd’hui orientés par des guides périmés, en quête des valeurs sures que seraient les pulls en cachemire et les vases en cloisonné.

youyi
Pékin, Friendship Store, Jianguomenwai Dajie, vendredi 23 octobre 2009, 14h45. La façade du bâtiment a été refaite dans les années 80, mais l’escalier est d’origine : 1973 (on note le décalage stylistique : la modernité chinoise des années 70 — manifestation du sortir de la Révolution culturelle — ressemble aux années 50 européennes).

youyishangdianLe bâtiment du Youyishangdian à l’époque de son ouverture en 1973. [dr]
Certaines constructions d’après 1950 sont aujourd’hui classées à Pékin, y compris les résidences diplomatiques proches du
Youyishangdian qui, quant à lui, semble promis à la destruction, l’emplacement étant désormais l’un des plus chers du monde.

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