La liberté et la démocratie ont leur magasin

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Lundi 26 octobre 2009, une heure entière de 20h à 21h, Apple Store Beijing, Sanlitun, Pékin. Cet Apple Store, très semblable à ceux de Santa Monica, Londres, Genève ou Tokyo, donne le sentiment d’un lieu de liberté et de démocratie (un lieu, quand même pas un foyer). Il n’y a que des jeune gens bien habillés, détendus et appliqués, plaisantant entre eux et en harmonie avec les « experts » en t-shirt bleu. La plupart vont sur Internet. Il y a même, rarissimes à Pékin, des Blacks, mais c’est la proximité de la rue des bars et des boîtes : Sanlitun ? On est tenté de suivre l’opinion, souvent énoncée à propos de la Chine — et entendue en Chine même — que la croissance économique tire la démocratie.  Ai Weiwei dit qu’Internet est une Révolution pour la Chine  : « Les médias traditionnels n’ont pas changé ou peu, mais avec Internet il n’est plus possible de tout cacher. C’est un outil d’une incroyable puissance. » (Voir Libération). Il dit aussi :  « Tous ces jeunes nés dans les années 80, ils peuvent avoir l’air innocents, naïfs, mais ils ne se laissent pas dicter leur jugement. C’est à eux que va appartenir le pays, et je crois que l’avenir est plein de nouvelles possibilités. » Oops ! Le blog d’Ai Weiwei en censuré à l’Apple Store comme ailleurs en Chine : copie d’écran faite à Pékin le dimanche 25 octobre 2009. 20h43, Apple Store Beijing : on peut malgré tout (dans la circonstance, par l’intermédiaire du blog d’un Monde) trouver cette photo pour l’inclure incognito dans l’album iPhoto en démo.

Le temple des ancêtres

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Lundi 26 octobre 2009, vers midi, Temple des Ancêtres impériaux, Pékin. Ici, à Pékin, dans l’enceinte du Temple des Ancêtres impériaux, le Palais de la culture des travailleurs, qui jouxte le Palais impérial au sud-est, il y avait en 1988 un marché aux plantes extrêmement animé — c’était le signe d’un dégel économique et culturel, l’acceptation de l’« individualisme » que représente « cultiver son jardin ». Aujourd’hui, cette pratique n’a plus besoin de la caution des ancêtres ou de la culture ouvrière : elle est partie ailleurs. Le ficus, bonsaï, acheté là en mai 1988 — l’inscription à la peinture jaune, qui s’efface, indiquait 0-40 (ans) — n’a guère changé depuis qu’il est arrivé rue de Montreuil, photo prise le dimanche 8 novembre à 13h30.

Photographie interdite

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lundi 26 octobre 2009, vers 11h, musée du Palais impérial, Pékin. Avoir sous les yeux un original de Shitao est plus que tentant. Malgré les pancartes « no photo » et la très faible lumière, on vole une image qui aura une autre valeur que les meilleures reproductions. Shitao, Zhu Ruoji, ca. 1642-1707, Fleurs de prunier et bambou, daté de 1706, rouleau horizontal, encre sur papier, 34,2 x 194,4 cm. Musée du Palais impérial. Photographie d’un détail, faite avec un téléphone portable. L’ouvrage de Pierre Ryckmans, qui emprunte au René Leys de Victor Segalen — livre fascinant sur la Cité interdite — son pseudonyme de Simon Leys, Shitao, Les propos sur la peinture du moine Citrouille-amère : traduction et commentaire du traité de Shitao, Paris, Hermann, 1984 a fait découvrir l’idée géniale d’« unique trait de pinceau ».

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La Cité interdite, 36 ans après

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Lundi 26 octobre 2009, peu après 8h30, ouverture du Palais impérial, Pékin. La Cité interdite, Gugong, Le Palais impérial, 800 bâtiments, 8700 pièces, est ouverte au public depuis 1925. En 1973, 1976, 1978, 1979, 1980, 1981, 1983, 1985, 1986, 1988, 1989…, 2001, 2006, 2009, on l’a vue de moins en moins « interdite » : beaucoup d’autres espaces accessibles, jardins, salles, expositions; beaucoup de restaurations. Alors on dira que les problèmes ne sont pas là. Mais, par exemple, là :

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It does not have a hidden meaning

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Pékin, vendredi 23 octobre 2009, 15h. Marchant sur l’avenue Jianguomen vers l’est de la ville, alors qu’on passe sous le « 3e périphérique », on découvre le bâtiment de la télévision centrale, la CCTV. Le même jour, à la nuit tombée, revenant par l’avenue de Chaoyang, il surgit à nouveau. Inquiétante, la tour « annexe » est cette fois au premier plan, façades éclatées et noircies. Le dimanche 25 octobre, vers 18h, on la voit en roulant vers le sud sur l’autoroute.

Pièce majeure de l’effet de modernité attendu en 2008 pour les Jeux olympiques, le futur siège de la CCTV est déclencheur de polémiques et de  rancœurs. Pour la fête des lanternes, dernier jour des fêtes du Nouvel-An, le 9 février 2009, un feu d’artifices lancé depuis le bâtiment principal a mis le feu au bâtiment secondaire. (Voir le blog de l’artiste Cao Fei et une vidéo de l’incendie.) Il paraît que les Pékinois ont afflué en masse et se sont réjouis cette nuit là en ironisant sur l’incapacité de la télévision à rendre compte d’un événement qui la touchait de si près. Et que des têtes ont sauté à la Télévision d’État. Aujourd’hui, la presse officielle se paie le luxe de soutenir des manifestations d’habitants qui vont être expulsés d’un immeuble récent destiné à disparaître dans le voisinage des tours.

cctv-firePékin, 9 février 2009 [Photo dr]

Mais surtout, la dà kùche — la grande culotte — est soupçonnée d’être une insulte délibérée aux Chinois, de la part de son architecte Rem Koolhaas. Des critiques et des blogs ont retrouvé des photomontages dans Content, un « livre-magazine » publié par Taschen en 2004, bilan décalé, ironique et provocateur de 7 ans d’activités de l’agence OMA, sur le thème « Go East ». Après y avoir vu un pantalon, un caleçon, un pantalon baissé pour aller aux WC, les gens ont vu des organes sexuels, féminin et masculin. Il faut admettre que si l’on s’accommode fièrement du « symbole phallique » qu’est la moindre tour — et il y en a quelques centaines à Pékin –, on s’effraie de voir un sorte d’anneau ouvert, massif et mouvant. Le bâtiment est de fait impressionnant par sa capacité de transformations selon les trajectoires et les angles.

Rem Koolhaas a dû faire un communiqué, publié sur le site de OMA :
Statement regarding the publication Content (2004) by OMA/Rem Koolhaas
In 2004 OMA/Rem Koolhaas published the book Content; it is currently out of print and no longer in distribution. For the cover, the book’s designers proposed a series of cartoons/caricatures of OMA’s projects. OMA rejected these proposals and instead chose a version in which the CCTV building is presented as the positive and shining symbol of a changing world order – which reflects our sincere intention with the design.
The designers of the book included the rejected covers in miniature as an appendix.
In 2005, some of the rejected images circulated on internet in China. Now, four years later, the same images re-circulate on the internet, causing upset and speculation.
OMA did not produce the images and their content does not represent our opinion in any way.
We regret the renewed attention, and distance ourselves emphatically from the interpretations attributed to these images. Our sincere intentions with the design of the CCTV building have been stated and published countless times. It does not have a hidden meaning.
Rem Koolhaas

L’artiste et architecte Ai Weiwei, ami de Rem Koolhaas, enfonce le clou dans le quotidien anglophone officiel China Daily :
« Nous avons beaucoup parlé de sa philosophie du design, je suis certain qu’il n’a pas été inspiré par des parties génitales ».

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Content
, Taschen, 2004, page 542.

Le siège de la CCTV apparaît dans RMB City de Cao Fei : voir.

Éclairage zénithal

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Mardi 25 octobre 2009, 15h, Pékin. Au « 798 », quartier de galeries et d’ateliers « indépendants », la Galerie Pace, Pace-Wildenstein, New York, expose des sculptures de Zhang Xiaogang. Sa pratique de la sculpture semble tout-à-fait nouvelle, on ne connaît pas de reproductions. Ce sont de très grands objets aux formes amollies, stylo, livre ouvert, etc. en bronze ou bien — très intéressants — une vaste série de socles en ciment avec des « haut-reliefs », moulages d’objets courants en ciment gris, associant des dessins et textes à l’encre argentée. Il est interdit de faire des photos mais il existe un catalogue avec un texte de Leng Lin, responsable de la galerie. Sculpture en ciment de Zhang Xiaogang, 2009, exposition à la Galerie Pace Beijing. C’est une chose désormais bien connue, les galeries de Dashanzi — ou zone artistique « 798 » — sont installées dans une ancienne usine de munitions joint venture avec la République Démocratique Allemande dans les années 50. L’architecture est assimilée à la tradition du Bauhaus puisque les architectes étaient de Dessau. La concordance des attentes des œuvres d’art et des machines-outils en matière de lumière, éclairage zénithal des toitures à sheds, c’est-à-dire en dents de scie, n’est pas pour rien dans le succès de la « zone artistique » depuis le début des années 2000. Notons encore les taches de lumière zénithales qui relient les personnages peints de Zhang Xiaogang et la lumière zénithale qui, dans cette exposition, fait briller ses lignes argentées. Zhang Xiaogang, Bloodline: The Big Family No. 3 1995. Note : Zhang Xiaogang 1958, Kunming, est l’un des artistes issus des écoles d’art chinoises, pour lui, l’Académie des Beaux-arts du Sichuan à Chongqing, 1977-1982, qui a connu les plus grands succès. Il apparaît qu’aujourd’hui en Chine on mesure la qualité d’un artiste au prix de ses œuvres. Zhang Xiaogang a battu un record en 2008 dans une vente chez Sotheby à Hong Kong : sa toile Bloodline: The Big Family No. 3, 1995, s’est vendue  six millions de dollards US.

zhangxiaogangZhang Xiaogang [document Pace]

Ai Weiwei (suite)

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Dimanche 25 octobre 2009, Ai Weiwei à la galerie Faurschou-Beijing du « 798 », Pékin. Parallèlement, une grande exposition a lieu à la Haus der Kunst de Munich, une autre commence à Bruxelles. Ai Weiwei joue de sa notoriété pour s’engager encore plus. S’étant rendu à Chengdu pour témoigner au procès de Tan Zuoren, un militant des droits de l’homme qui a entrepris comme lui de répertorier, sur un blog, les victimes des écoles du Sichuan abattues par le tremblement de terre, il a été frappé par la police et, quelques semaines plus tard à Munich, il a du subir une opération du crâne. Il met en scène cette opération qui se trouve avoir lieu pendant le mois culturel chinois en Allemagne :
— Ai Weiwei, World Map, 2006-2009, tissu de coton, 120 x 800 x 400 cm.
— Ai Weiwei, Kui Hua Zi (graines de tournesol), 2009, porcelaine, 500 kg, dimensions variables.
— Ai Weiwei, Fairytale Dormitory, 2007, projet pour Documenta 12. Chaque chambre de toile comprend 10 lits. La proposition de Ai Weiwei à la Documenta de 2007 avait consisté en l’invitation de mille et un Chinois. Voir Le blog d’avant le blog, «17.07.2007, Ai Weiwei ».

ai-weiwei-in-munich— Ai Weiwei, Munich, 14 septembre 2009.
Image mise par lui-même sur  Twitter.
Voir (en chinois) le Twitter  http://twitter.com/aiww
Voir l’entretien de Arte, 10 octobre 2009.
Voir son blog (version Europe) : http://www.bullogger.com/blogs/aiww/
Voir le blog : http://chinedesblogs.blog.lemonde.fr/2009/04/07/le-journal-d’enquete-citoyen-d’ai-weiwei-sur-les-ecoles-du-sichuan/

La pesanteur

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Samedi 24 octobre 2009, de 14 à 15h, temple Dongyue, Chaoyangmenwai Dajie, Pékin. À l’est de la plupart des villes, il y avait un Temple du Pic de l’est, Dongyue miao, dédié au culte — rattaché au taoïsme — du dieu du mont Taishan, la plus importante des montagnes sacrées taoïstes où les empereurs se rendaient dans le passé pour y avoir la confirmation de leur mandat divin. Celui de Pékin, a été fondé sous les Yuan au début du XIVe siècle, agrandi sous les Ming, détruit par un incendie en 1698, reconstruit aussitôt, embelli sous Qian long, endommagé au XXe siècle.  Source : le guide Nagel Chine, Genève, 1978, qui indique aussi : « Depuis 1949, le temple a été transformé en école et on ne peut visiter. » Déclaré Trésor national en 1996, il a été restauré en 2002. On y voit quelques moines taoistes. Des dizaines de stèles, beaucoup ont été abattues, brisées et réparées. De très très vieux robiniers sont soutenus par des portiques décorés de volutes bleues.