mai 2009

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Hermann, éditeur, 6 rue de la Sorbonne, Paris 5e. Vendredi 1er mai, vers 16h.
Connue depuis toujours, cette devanture est remarquable par son style concret, constructiviste et graphique : caissons métalliques ouverts peints dans le beige parisien, assemblages par des boulons apparents, acier inoxydable, lettres de l’enseigne en rectangles minimalistes. Le site de l’éditeur mentionne une alliance avec Adrian Frutigier pour le graphisme des livres au début des années 60. Alors on pouvait supposer que la vitrine était elle-même dessinée par le typographe. C’est la question qui a été posée mercredi 6 mai 2009 vers 14h à une jeune dame travaillant là. Renseignement pris par elle dans le bureau à l’arrière du magasin, sa réponse est (mot écrit sur un post-it dans le creux de sa main) : « Frutiger ». Ça reste à vérifier.*

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Adrian Frutiger en 2004.
Copyright © 2009 Linotype GmbH.

« Né en 1928 à Interlaken en Suisse, Adrian Frutiger a consacré deux années de sa carrière à l’élaboration et à la réalisation du désormais célèbre caractère Univers [Deberny & Peignot]. Lancé en 1957, ce caractère a connu un succès immédiat et constitue l’un des plus importants de la deuxième moitié du XXe siècle. Dans les années 70, Frutiger a également conçu un nouvel alphabet, baptisé par la suite Frutiger, destiné au système signalétique de l’Aéroport Paris-Charles de Gaulle. »

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A.F. à sa table de travail (ses caractères sont tout en courbes, tracés à la main).

Adrian Frutiger est donc resté à Paris de 1952 à 1992. Il a créé plus de 100 caractères. Il a également enseigné à l’École Estienne et à l’École nationale supérieure des arts décoratifs. Adrian Frutiger fut brièvement fréquenté en 1967 (et avec lui son esthétique fonctionnaliste et son autorité suisse) au moment où s’élaborait la charte graphique et la signalétique de la Maison de la culture de Grenoble pour son ouverture en 1968.

univers_67_mcLes caractères utilisés étaient l’Univers 67 (gras étroit romain) et l’Univers 68 (gras étroit italique) : facile à retenir !

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La matrice de l’Univers.

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Un livre intéressant et devenu rare d’Adrian Frutiger :
Des signes et des hommes, Delta & Spes, Lausanne, 1983.

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Note *. Vérification le 25 juillet 2009, librairie Orell Füssli à Zürich, dans le livre Adrian Frutiger Schriften. Das Gesamtwerk, Ein Birkhäuser Buch, 2009 : le magasin Hermann est signalé pour le dessin de l’enseigne, période 1957-1960.

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Mercredi 6 mai 2009, 11h30, à la sortie d’un rendez-vous, rue Notre Dame de Nazareth, Paris 3e. La rue est occupée presque exclusivement par des ateliers et magasins de confection mais laisse une place à des activités high-tech et à des bureaux de start-up. C’est un conservatoire d’immeubles de la fin du XIXe siècle qui échappent au luxe, où les cages d’escaliers sont souvent, comme ici, les exercices de style d’une rationalité élégante et de la vérité des matériaux.

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Dans ce système de repérage topographique et toponymique désormais universel qu’est Google Maps, on peut trouver la rue Roland Barthes à Paris, près de la gare de Lyon. Mais son nom n’apparaît pas sur la carte (dans Street View, si). Pourquoi ? Il y a pourtant une adresse dans cette rue, celle de l’Agence Française de développement.

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Agence Française de développement, 5 rue Roland Barthes, Paris 12e, 1998, Christian Hauvette / BCM (A. Bical, L. Courcier, R. Martinelli) rue Roland Barthes, rue de Rambouillet, bord gare de Lyon. Le siège de l’AFD se développe le long des voies de la gare de Lyon. Christian Hauvette et l’équipe de BCM ont créé un bâtiment largement vitré (avec une sérigraphie « frigorifique »), en redent sur les voies. Ces redents permettent d’éclairer en premier jour les bureaux encloisonnés. La façade côté mail se fait plus calme et linéaire, juste rythmée par les failles de lumière. (Archiguide).

Mais il semble évident que personne n’habite rue Roland Barthes. Ce serait pourtant pratique, à deux pas du tgv. Pourquoi cette rue courte, qui ne consiste qu’en une chaussée et un immeuble, a-t-elle reçu ce nom ? Cherchant chez Barthes lui-même, on pense tout de suite à cette remarque, souvent citée (mais finalement à demi fausse) :

« Les rues de cette ville n’ont pas de nom. Il y a bien une adresse écrite, mais elle n’a qu’une valeur postale, elle se réfère à un cadastre (par quartiers et par blocs, nullement géométriques), dont la connaissance est accessible au facteur non au visiteur […] » Roland Barthes, L’Empire des signes (Skira, 1970)

En vérité, sur place, il y a au moins 5 ou 6 plaques : ROLAND BARTHES, 1915-1980, écrivain et sémiologue français. Avant lui, aucun sémiologue n’avait donné son nom à une rue, ni à une place, ni à une avenue.

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Mardi 5 mai 2009, 17h.

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Il faudrait probablement lire Francis Hallé de plus près pour comprendre ce qu’est l’âge d’une plante et jusqu’à quel point il y a des individus-plantes. Il parle de colonies. Mais ces colonies se dispersent avec les transports, avec les avions. Coupé à la fin d’une conférence à l’École des Beaux-Arts de Xian (Chine) et mis au fond de la poche, c’était un bout minuscule à deux feuilles de la crassula qui se trouvait près de la fenêtre de l’amphithéâtre. À Paris, il a donné une tige vigoureuse mais fragilisée par des feuilles « géantes ». Il faut dire qu’en dépit des recommandations, la « jeune » crassula a eu de bonnes doses d’engrais (voir « Dopage de crassulas » et aussi « Un hiver mortel »). Individuation : le terme est devenu à la mode à partir du retour des écrits philosophiques de Gilbert Simondon.

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Xian (Chine), École des Beaux-Arts, 19 avril 2006, midi.

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Paris, 11e, bouture de la crassula de Xian, le 5 mai 2009 à 18h. Plus loin, la crassula prélevée à Tokyo le 14 décembre 2007 (voir le billet du 15 janvier 2008).

Remarque : si la crassula de Xian à Paris est un clone de la crassula de Xian à Xian, on ne peut pas s’empêcher de constater à quel point leurs ports sont différents. Différence de climat, différence de régime, on l’a dit. Mais surtout de contexte culturel : la Chine, la France.

halleFrancis Hallé, Éloge de la plante, Seuil, 1999-2004. Page 116 : « Qu’est-ce qu’un individu ».

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Une photo officielle de la conférence.
Les fenêtres et la crassula se trouvent à gauche, hors de la photo.

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La demande urgente est une photo pour Facebook. Le résultat, une demi-heure après. D’habitude, ce genre de rideau photomaton, on appelle ça « studio catastrophe ».

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Portrait de É.B., Paris, le 3 mai 2009, 19h30.

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La photographie a été coupée pour satisfaire au « droit à l’image ». Les Converse grises sont suffisamment visibles.


La même photo, ajoutée le 29 juillet 2012. ©jlggb-paris-2009


Ajoutée après le 29 juillet 2012 : la vidéo prise dans les mêmes circonstances, à voir sur Vimeo.

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© Chris Marker. Deux des images prises (à la caméra vidéo) par C.M. et publiées en exclusivité le 6 mai 2009 par le site Poptronics. Voir sur Flickr : Sandor Krasna (et, par la suite sous le nom de Chris Marker : https://www.flickr.com/photos/poptronics/sets/72157617647293325/)

Paris, boulevard Saint-Michel, près des thermes de Cluny, vendredi 1er mai 2009, 17h20, défilé. C’est la première fois qu’on le voit ainsi en action, avec sa caméra bricolée. Pourtant, sa démarche, sa silhouette et son profil le désignent entre mille. Avoir été son chauffeur […] a laissé l’empreinte du code visuel qui permet de repérer un personnage réputé invisible. D’ailleurs, un homme encore jeune l’approche depuis le trottoir mais ne parvient pas à retenir son attention :

« Vous savez qui c’est ?
— J’étais sur Sans soleil ! ».

Il y a aussi des phrases retenues par cœur :

« Et lorsqu’il reconnut l’homme qui l’avait suivi…
il comprit
qu’on ne s’évadait pas du Temps. »
Chris Marker, La Jetée, 1962

marker_jetee2Voir aussi le billet « La Jetée » à Tokyo, décembre 2007.

« Mais d’abord la regarder — jusqu’à l’énigme, comme ces mots qu’on répète sans cesse et que soudain on ne reconnaît plus
— jusqu’à ce qu’entre toutes les choses incompréhensibles de ce monde, la plus incompréhensible soit qu’elle est là, en face de nous, comme un oiseau et comme un chiffre
— comme un signe. »
Chris Marker, « Description d’un combat », Commentaires, Seuil, 1961

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Détail d’un photogramme, relatif au texte ci-dessus, de Description d’un combat, 1960,
France-Israël, 56 mn, 16 mm couleur,
directeur de la photographie : Ghislain Cloquet.
© doku.arts, Amsterdam

marker_commentaires2Archives personnelles, 1963.

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* Le Joli Mai, long métrage de Chris Marker et Pierre Lhomme, 1963.
Ci-dessus : une photo du Joli Mai
en couverture du numéro 2 de la revue Artsept, avril-juin 1963,
éditée à Lyon, rédacteur en chef : Raymond Bellour.
Archives personnelles, 1963.

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Comme l’hôtel nommé hôtel (mais qui n’en est peut-être pas un) de la rue Bichat dans le 10ème (billet du 9 mars 2009), l’Hôtel du Brésil, rue Le Goff, Paris, 5e, a son enseigne en Vendôme (à quelques détails près, dont l’absence d’inclinaisons) mais aussi d’autres titres de noblesse : deux étoiles, résidence de Sigmund Freud entre 1885 et 1886 (il n’existe pas de mention de cet hôtel qui ne le rappelle, ce qui a, hélas, un certain attrait pour les personnes suicidaires).

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Vendredi 1er mai 2009, vers 15h.

freud-1884-1886Sigmund Freud entre 1884 et 1886 (vers ses 30 ans).
Photo collection du Freud Museum de Londres.

Note : L’enfance de Sartre (1905-1917) se passe rue Le Goff, au numéro 1 (à l’angle de la rue Soufflot).

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Jean-Paul Sartre, Les Mots, 1964.

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