
Dimanche 27 juillet 2014, 12h30, passage Fernand Raynaud, Belleville, Paris 20e. Un espace vert historique, qui n’est encore ni officiel, ni public, avec de grands ailantes, et aussi des petits qui poussent de l’autre côté du mur, dans l’étroit passage en pente qui le borde, reliant la rue de l’Ermitage, en haut et la rue des Cascades, en bas. C’est la parcelle Kemmler, qui a été achetée par la Ville en 2013 (822 m², 2 641 000 €). Le site du Conseil de quartier de Belleville parle d’un « paysage de sous-bois très rare à Paris », d’un «espace où la nature a repris ses droits en pleine ville », avec « principalement des ailantes — espèce dite invasive que les jardiniers savent maîtriser — et des acacias. » On note la précaution.
http://belleville20.wordpress.com/2013/11/25/43-rue-de-lermitage/
Catégorie : Constatation
Le paysage lit ma carte

Samedi 5 juillet 2014, 13h35, TGV Paris — Aix-les-Bains, Chambéry. La perle bleue indique où se trouvent le smartphone et celui qui l’a sur lui. C’est le paysage qui lit ma carte. Maintenant que les GPS — et les autres facteurs de géolocalisation — sont dans des appareils branchés sur les réseaux, la « carte », c’est-à-dire l’immense base de données qui est comme le mille feuilles virtuel de la planète, accumule les informations qui lui proviennent de partout. Par exemple, qui je suis, qu’est-ce que je lis et envoie, où je suis passé et quand depuis des années, combien j’ai fait de pas dans la journée, quel est mon rythme cardiaque, etc. Là, sur des rails, la carte n’a pas grand-chose à apprendre de la géométrie du terrain. Mais si je pars dans la campagne, dans la forêt, mon trajet va s’ajouter à tous les autres pour fabriquer le « moulage » du paysage.
La société de l’intermittence

Jeudi 19 juin 2014, 18h, gare du Nord. La grève des cheminots met en scène de nombreux employés aux gilets rouge « SNCF assistance » — et même un pianiste qu’on ne voit pas sur la photo. Autre tension ailleurs : les intermittents du spectacle. À la fin des années 60, je refusais de m’intéresser à La Société du spectacle de Guy Debord. Je prenais le spectacle comme un espace de liberté et un instrument critique. Maintenant que la société du spectacle est partout, il faut prendre La Société de l’intermittence* comme une chance. D’abord pour résister au « temps réel » — c’est l’informatique qui a inventé ce terme, pour gouverner les événements et le passage du temps.
*©jlggb
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Il vient de paraître en français : Jonathan Crary, 24/7. 24/24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 : le capitalisme à l’assaut du sommeil, traduit du par Grégoire Chamayou, conception graphique : deValence, Zones, La Découverte, 140 pages. Il traite de la « vie sans temps morts ».
Texte intégral : http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=185
Vertical et horizontal (2)

Mardi 27 mai 2014, 17h30. Les clématites du 93bis, et celle-ci, nouvelle, Marie Boisselot (1885), participent à l’examen vertical/horizontal. La plante s’étend et s’accroche dans la verticalité pour pousser, pour exister. La fleur s’étale horizontalement, pour s’afficher, pour capter le plus possible de lumière.
Au final

Mardi 31 décembre 2013, 16h23, Paris, métro, ligne 9, vers la station Voltaire. Entendu dans la conversation de ces jeunes gens — il est question d’une épreuve en histoire des arts — : « au final… ». Certains s’offusquent de cette expression et demandent qu’on lui « torde le cou », d’autres sont agacés — je suis de ceux-là. Internet, les sites de défense de la langue française et les forums sont pleins de recommandations et d’arguments à son propos. Mais finalement, tout compte fait, en définitive, pour en finir, je vais me ranger du côté de l’usage dominant. La logique qui veut que le substantif soit la finale (l’épreuve, la partie finale), ou en italien et pour la musique finale (ce qui vaut à Libération, par exemple, d’écrire au finale) ne tient guère (d’ailleurs on dit bien, en français, le final d’une pièce musicale). Pourquoi ne pas reconnaître plus largement le substantif final à partir de l’adjectif final ? D’accord, il y a fin, qui donne à la fin. Mais, dans final, on entend finalité. La locution au final est adverbiale mais participe à la réticence envers les vieux adverbes. Elle s’énonce simplement, brièvement, rapidement, comme au total. Je crois d’ailleurs qu’elle vient de ce modèle. Je la rapproche aussi de derrière, noté il y a peu de temps : http://jlggb.net/blog4/?p=99. Le langage qui s’apparente au marketing, au management, à la communication pousse à amplifier ce qui signifie la conséquence, l’« objectif » à atteindre.
Image vs Texte

Mercredi 18 décembre 2013, Aix-les-Bains, 17h. Depuis plusieurs jours, beau soleil et air agréable dans la région, comme ici au bord du lac.
D’après les sites air-rhonealpes.fr et respire-asso.org : La France a enregistré depuis le 8 décembre une alerte aux particules, le plus grave épisode de pollution depuis décembre 2007. Le risque d’un dépassement du seuil d’information reste fort sur l’ensemble des zones de la région, les plus fortes concentrations étant mesurées dans les vallées alpines. Par conséquent, le dispositif d’alerte est maintenu sur l’ensemble de la région. Malgré les alertes sanitaires, en dépit des menaces de sanctions financières de la cour de justice de l’Union européenne, la France ne respecte pas les normes européennes de qualité de l’air. Douze millions de Français vivent dans des zones où les limites annuelles d’émission de particules PM10, extrêmement nocives pour la santé, sont dépassées. Les particules fines (PM en anglais, Particulate Matter) pénètrent en profondeur dans les poumons. Elles peuvent être à l’origine d’inflammations, et de l’aggravation de l’état de santé des personnes atteintes de maladies cardiaques et pulmonaires. De plus, elles peuvent transporter des composés cancérigènes absorbés sur leur surface jusque dans les poumons. Moyenne journalière de PM estimée ce 18 novembre 2013 à 17h à Chambéry-le-Haut : 67 µg/m3 (50 µg/m3 est la moyenne journalière à ne pas dépasser plus de 35 jours par an).
Derrière

Vendredi 6 décembre 2013, 13h48, trajet sur la ligne SNCF d’Orléans à Paris Austerlitz, Artenay, Loiret, usine de « sucres, alcools et céréales ».
1.
Si, dans le train, on regarde vers l’arrière, la vue se forme à partir de ses bords, ce qui est proche surgit dans le cadre, s’installe dans l’image et diminue pour disparaître en son centre. Comme passager, ma préférence va à cette disposition. Certes, si l’on conduit, il faut regarder vers où l’on va, futur qui a son incertitude. Dans le « travelling arrière », la perspective entretient notre mémoire immédiate et notre capacité de contemplation.
2.
On se plaît à citer la singularité des populations de langue aymara, dans les montagnes andines de Bolivie, du Pérou et du Chili. Pour elles, le passé se situe devant soi, dans le champ visuel, alors que le futur est derrière.
3.
On le constate de plus en plus souvent, l’expression derrière tend à remplacer après, ensuite. Inversion surprenante qui renvoie sans doute à la vision d’une étape, d’une conséquence, d’un avenir à découvrir.
4.
Les gens de télévision disent fréquemment, à ceux qui sont devant leur écran, qu’ils sont « derrière » leur écran.
5.
Dans l’autobus, le conducteur a changé sa phrase. Il dit « Avancez vers le fond » et plus « Avancez vers l’arrière ».