Étrangers indésirables

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Dimanche 26 janvier 2014, 16h, Galerie du Jeu de paume, exposition Erwin Blumenfeld (1897-1969) Photographies, dessins et photomontages (http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&idArt=1775). Dans sa biographie : celui qui a été un jeune soldat tenté par la désertion en 1917, un adepte du dadaïsme et un marchand de sacs pour dames à Amsterdam, l’auteur d’un célèbre photomontage d’Hitler, est devenu photographe de mode à Paris depuis 1936 lorsqu’il est conduit, en 1940, dans les camps où la France enferme les « étrangers suspectés de porter atteinte à la défense nationale ou à la sécurité publique ». Sur sa route, le camp de Loriol, dans l’ancienne usine d’Aspirine du Rhône. Il en parlera avec pas mal d’humour dans son autobiographie, publiée après sa mort, Einbildungsroman, Eye to I, traduite en français sous le titre Jadis et Daguerre, Robert Laffont, 1975, La Martinière, 1997, Textuel, 2013. Il y reste très peu de temps car, devant l’avance de l’armée allemande, en juin 1940, les détenus sont évacués vers d’autres camps. Sur ce sujet le travail historique est récent, on peut lire Robert Serre, « Quatre lieux d’internement dans la Drôme », Écarts d’identité, n°115 (http://www.revues-plurielles.org/_uploads/pdf/6/115/ei_115_serre.pdf). Parvenu avec sa femme et leurs trois enfants aux États-Unis, il sera le célèbre photographe d’Harper’s Bazaar et de Vogue.

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Erwin Blumenfeld, Hitler, 1933. Vue de l’usine Poulenc Frères à Loriol, années 20. La famille Blumenfeld à Long Island, New York, en 1942. (Photos DR)

Tapis et tapisseries

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Jeudi 23 janvier 2014, 21h, Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Exposition Decorum (http://www.mam.paris.fr/fr/expositions/decorum), détails de quatre pièces : Anni Albers (1899-1994), With Verticals, 1946, tissage à la main en coton et lin; Alighiero Boetti (1940-1994), Alternando da 1 a 100 et viceversa, 1993, tapis kilim en coton et laine; Brassaï (1899-1984), Graffiti, 1969-70, tapisserie de basse-lice en laine; Nathalie Du Pasquier (1957), Equador, 1986, tapis noué en laine sur trame de lin et chaîne de coton (voir : http://jlggb.net/blog2/?p=7762).

Mosset & C°

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Vendredi 17 janvier 2014, 19h — 19h40, Centre culturel suisse, Paris 3e. Exposition Olivier Mosset, Collaborations (avec John Armleder, Marie-Agnès Gillot, Amy Granat & Drew Heitzler, Madjid Hakimi, Jacob Kassay, Alix Lambert, Bertrand Lavier, Mai-Thu Perret, Jeffrey Schad & Vincent Szarek). Ici : Production, 2014, avec Bertrand Lavier, reprise d’un dispositif scénographique pour le Centre Pompidou, 2012; Chevrolet Bel Air 1965, 2010, avec Jeffrey Schad & Vincent Szarek. Vue du cocktail : le maître est au centre.
Voir : http://jlggb.net/blog2/?p=6254; http://jlggb.net/blog/?p=6564; http://jlggb.net/blog/?p=3352

Philippe Parreno Show

parreno piano neige
parreno piano neige clavier
parreno robot
Samedi 28 décembre 2013, 18h — 19h, Palais de Tokyo, Paris 16e. Philippe Parreno occupe le Palais de Tokyo jusque dans ses profondeurs : une jolie petite salle de cinéma Arts déco laissée tel quel par l’exposition internationale de 1937, où se projette un film avec le personnage de manga Ann Lee — acquis en 1999 avec Pierre Huyghe et employé par une vingtaine d’artistes —, et où se produit parfois une petite fille dans ce rôle (une performance signée Tino Sehgal). Le titre du show, Anywhere, Anywhere Out of the World, est a priori prétentieux. Mais on se prend au jeu d’une ambiance faite de lumières palpitantes et de musiques — émises par des pianos électriques — la version pour piano de Petrouchka (une marionnette) de Stravinsky par Mikhaïl Rudy. L’espace est gigantesque et difficile. Il est résolu par un effet d’archéologie monumentale et par une programmation cybernétique attractive : une trame de diodes, à voir à 30 mètres de distance, alors que de près c’est une machine techno-cinétique inédite; une grande étagère de livres (Dominique Gonzalez Foester) qui s’entrouvre comme une porte secrète; une cimaise en arc de cercle qui circule lentement autour d’une scène ronde, blanche et vide; des portes de verre automatiques qui appellent, en s’ouvrant, les bruits de la rue; le film Zidane, 2005 (avec Douglas Gordon), déployé sur 17 écrans pour les prises de vues de 17 caméras.
Factories in the Snow, 2007 (empruntée à Liam Gillick) est une « neige » de paillettes noires qui tombe épisodiquement sur un piano à queue : elle révèle comment le puissant programme cybernétique qui gouverne toute l’exposition se laisse déborder par l’aléatoire.
Le robot qui écrit, fabriqué pour le film Marilyn, 2012 (qu’on avait vu cet été à Venise), fait écho à l’automate filmé par Parreno, The Writer, 2007. À la fin des années 80, nous étions allés spécialement au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel pour voir les trois célèbres automates : Le Dessinateur, la Musicienne et l’Écrivain, construits par les horlogers Jacquet-Droz entre 1768 et 1774. Il s’agissait de constater comment ils usaient véritablement de leurs instruments et d’étudier en quoi ils préfiguraient les systèmes de simulation numérique qui apparaissaient alors. Voir : http://www.mahn.ch/collections-arts-appliques-automates. Dans le courant actuel des fab labs, mon projet éventuel de soba choko à « décor assisté » (voir : http://jlggb.net/blog3/?p=6978) confirme son intérêt (et sa faisabilité).

Visnu Hayagriva

guimet cheval khmer
Samedi 28 décembre 2013, 16h40, musée Guimet, Paris, 16e. L’exposition Angkor : Naissance d’un mythe — Louis Delaporte et le Cambodge repose en grande partie sur des moulages réalisés entre les années 1870 et la fin des années 1920. Par une coïncidence admirable, les moulages originaux étaient stockés depuis fort longtemps, et peut-être oubliés, dans les caves de l’abbaye de Saint-Riquier où nous avons fait l’exposition « leurs lumières » à l’automne 2012 (voir, 9 novembre 2012 : http://jlggb.net/blog3/?p=4318). Nous avons donc assisté aux opérations de sauvetage et de déménagement, et cela à quelques semaines de ma visite au Cambodge et aux temples d’Angkor. La question est devenue d’une grande actualité historique : à qui appartient le patrimoine de tel peuple, de telle région, de tel pays ? Le cartel de ce dieu-cheval dit :

Visnu Hayagriva. Groupe nord de Sambor Prei Kuk (province de Kompong Thom). Style de Pré Rup, 3e quart du Xe siècle. Don Adhémard Leclère au Musée indochinois du Trocadéro, 1896. Grès.
Musée national des arts asiatiques — Guimet, MG 18099.
Bien mal connues à l’époque de leur entrée dans les collections françaises, certaines des pièces originales qui ont progressivement pris place au Musée indochinois du Trocadéro apparaissent aujourd’hui comme des œuvres phares de l’art khmer angkorien en raison de leur intérêt stylistique et iconographique. Cette étonnante image de Visnu Hayagriva (« au cou de cheval ») — l’un des aspects hybrides de la divinité — appartient à une série iconographique dont peu d’exemples sont connus par ailleurs dans l’art khmer.

Le vol, en 1923, puis la restitution de sculptures à Banteay Srei : on attribue parfois à ce geste de Malraux, révolutionnaire et anticolonialiste, la vertu d’une prise de conscience de la protection et de la restauration des monuments (voir, 6 janvier 2013 : http://jlggb.net/blog3/?p=4938). L’École française d’Extrême-Orient a eu et a encore un rôle considérable dans ce sens (voir ici). Comme le peuple cambodgien, les sites historiques ont connu des vicissitudes tragiques et inimaginables. Le vol des sculptures khmères a continué au moment où on les croyait enfin protégées. En 2001, l’UNESCO a encouragé des mesures de protection et de restitution (voir ici). Très récemment, le 12 décembre 2013, par un jugement à New York, une œuvre volée au temple de Prasat Chen à Koh Ker, qui avait été vendue par Sotheby’s, doit être rendue au Cambodge, peu de temps après la restitution, par le Metropolitan Museum de New York, de deux statues provenant du même temple.
Fin 2013, à Paris, place d’Iéna, la tête de cheval couronnée se moque bien d’être « étonnante ». Elle existe pour elle-même. On lui trouve le regard et l’expression de ceux qui ont appris à toiser leurs gardiens.

Lunettes d’architecte

perret lorgnon
perret dessin lunettes
Samedi 28 décembre 20132, 16h, exposition Auguste Perret, huit chefs-d’oeuvre — Architectures du béton armé au Palais d’Iéna, Paris, 16e. Auguste Perret (1874-1954) est l’inventeur, avec ses frères Gustave et Claude, d’une position qui associe étroitement architecture (enseignée aux Beaux-Arts), ingénierie de la construction et entreprise du bâtiment. Il n’est peut-être pas difficile de trouver pourquoi les architectes modernes se sont souciés de leurs lunettes et de leur apparence avec lunettes. Ce n’est probablement pas un hasard si l’exposition, sous le parrainage de la Fondation Prada (on note que Miuccia Prada est ancienne militante communiste et féministe, alors que Perret était fils d’un tailleur de pierre communard), souligne les attaches au design et à la mode d’Auguste Perret. On remarque en tout cas la similitude des lunettes dessinées pour lui-même par Perret — pour remplacer son lorgnon ? — avec celles qu’adoptera Le Corbusier (stagiaire chez Perret en 1908), en assumant fort bien, quant à lui, le triple statut d’artiste, d’architecte et de constructeur.
Lorgnon d’Auguste Perret conservé au Musée Maurice Denis de Saint-Germain-en-Laye; dessin sur calque d’Auguste Perret. Voir : « Musée Maurice Denis », http://jlggb.net/blog2/?p=1880.

Auguste Perret

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tour perret grenoble
Samedi 28 décembre 20132, 16h, exposition Auguste Perret, huit chefs-d’œuvre — Architectures du béton armé au Palais d’Iéna (Conseil économique, social et environnemental), Paris, 16e, construit par Auguste Perret en 1939 comme musée des Travaux publics. Pour l’église Notre-Dame du Raincy (1923), Auguste Perret conçoit un module de béton préfabriqué qui constitue la modénature transparente du monument. Détail de l’élévation de la Tour d’orientation de Grenoble (80 mètres de haut) : La Tour Perret elle m’est d’autant plus familière que le récit me fut fait de la visite par ma mère — à l’âge de 12 ans — de l’exposition de la Houille blanche et du tourisme de Grenoble en 1925. L’image m’est restée d’une modernité associant énergie et construction spectaculaire.
Voir : « Église Saint-Joseph du Havre », http://jlggb.net/blog2/?p=1443.