Architecture

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Lundi 26 octobre, 9h50, Pékin, Cité interdite, à l’ouest du Palais de l’Harmonie préservée.

Il faudrait trouver la dénomination exacte des escaliers chinois tels que celui-ci, encadrés de pierres qui forment deux plans inclinés alignés sur les nez de marches.

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Pékin, vendredi 23 octobre 2009, 15h. Marchant sur l’avenue Jianguomen vers l’est de la ville, alors qu’on passe sous le « 3e périphérique », on découvre le bâtiment de la télévision centrale, la CCTV.

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Le même jour, à la nuit tombée, revenant par l’avenue de Chaoyang, il surgit à nouveau. Inquiétante, la tour « annexe » est cette fois au premier plan, façades éclatées et noircies.

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Le dimanche 25 octobre, vers 18h, on la voit en roulant vers le sud sur l’autoroute.

Pièce majeure de l’effet de modernité attendu en 2008 pour les Jeux olympiques, le futur siège de la CCTV est déclencheur de polémiques et de  rancœurs. Pour la fête des lanternes, dernier jour des fêtes du Nouvel-An, le 9 février 2009, un feu d’artifices lancé depuis le bâtiment principal a mis le feu au bâtiment secondaire. (Voir le blog de l’artiste Cao Fei et une vidéo de l’incendie.) Il paraît que les Pékinois ont afflué en masse et se sont réjouis cette nuit là en ironisant sur l’incapacité de la télévision à rendre compte d’un événement qui la touchait de si près. Et que des têtes ont sauté à la Télévision d’État. Aujourd’hui, la presse officielle se paie le luxe de soutenir des manifestations d’habitants qui vont être expulsés d’un immeuble récent destiné à disparaître dans le voisinage des tours.

cctv-firePékin, 9 février 2009 [Photo dr]

Mais surtout, la dà kùch? (???) — la grande culotte — est soupçonnée d’être une insulte délibérée aux Chinois, de la part de son architecte Rem Koolhaas. Des critiques et des blogs ont retrouvé des photomontages dans Content, un « livre-magazine » publié par Taschen en 2004, bilan décalé, ironique et provocateur de 7 ans d’activités de l’agence OMA, sur le thème « Go East ». Après y avoir vu un pantalon, un caleçon, un pantalon baissé pour aller aux WC, les gens ont vu des organes sexuels, féminin et masculin. Il faut admettre que si l’on s’accommode fièrement du « symbole phallique » qu’est la moindre tour — et il y en a quelques centaines à Pékin –, on s’effraie de voir un sorte d’anneau ouvert, massif et mouvant. Le bâtiment est de fait impressionnant par sa capacité de transformations selon les trajectoires et les angles.

Rem Koolhaas a dû faire un communiqué, publié sur le site de OMA :

Statement regarding the publication Content (2004) by OMA/Rem Koolhaas
In 2004 OMA/Rem Koolhaas published the book Content; it is currently out of print and no longer in distribution. For the cover, the book’s designers proposed a series of cartoons/caricatures of OMA’s projects. OMA rejected these proposals and instead chose a version in which the CCTV building is presented as the positive and shining symbol of a changing world order – which reflects our sincere intention with the design.
The designers of the book included the rejected covers in miniature as an appendix.
In 2005, some of the rejected images circulated on internet in China. Now, four years later, the same images re-circulate on the internet, causing upset and speculation.
OMA did not produce the images and their content does not represent our opinion in any way.
We regret the renewed attention, and distance ourselves emphatically from the interpretations attributed to these images. Our sincere intentions with the design of the CCTV building have been stated and published countless times. It does not have a hidden meaning.
Rem Koolhaas

L’artiste et architecte Ai Weiwei, ami de Rem Koolhaas, enfonce le clou dans le quotidien anglophone officiel China Daily :

« Nous avons beaucoup parlé de sa philosophie du design, je suis certain qu’il n’a pas été inspiré par des parties génitales ».

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Content
, Taschen, 2004, page 542.

Pour en savoir plus, le site danwei.org : http://www.danwei.org/architecture/rem_koolhaas_and_cctv_porn.php

Le siège de la CCTV apparaît dans RMB City de Cao Fei : voir.

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zhang-xiaogang-bloodline-1995Zhang Xiaogang, Bloodline: The Big Family No. 3, 1995.

Zhang Xiaogang (???, 1958, Kunming) est l’un des artistes issus des écoles d’art chinoises (pour lui, l’Académie des Beaux-arts du Sichuan à Chongqing, 1977-1982) qui a connu les plus grands succès. Il apparaît qu’aujourd’hui en Chine on mesure la qualité d’un artiste au prix de ses œuvres. Zhang Xiaogang a battu un record en 2008 dans une vente chez Sotheby à Hong Kong : sa toile Bloodline: The Big Family No. 3 (1995) s’est vendue  six millions de dollards US.

zhangxiaogangZhang Xiaogang [document Pace]

Mardi 25 octobre 2009, au « 798 », quartier de galeries et d’ateliers « indépendants », la Galerie Pace (Pace-Wildenstein, New York) expose des sculptures de Zhang Xiaogang. Sa pratique de la sculpture semble tout-à-fait nouvelle, on ne connaît pas de reproductions. Ce sont de très grands objets aux formes amollies, stylo, livre ouvert, etc. en bronze ou bien — très intéressants — une vaste série de socles en ciment avec des « haut-reliefs », moulages d’objets courants en ciment gris, associant des dessins et textes à l’encre argentée. Il est interdit de faire des photos mais il existe un catalogue avec un texte de Leng Lin, responsable de la galerie.

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Mardi 25 octobre 2009, 15h, sculpture en ciment de Zhang Xiaogang, 2009, exposition à la Galerie Pace Beijing.

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Mardi 25 octobre 2009, 15h, Pékin, zone artistique « 798 », Galerie Pace.

C’est une chose désormais bien connue, les galeries de Dashanzi — ou zone artistique « 798 » — sont installées dans une ancienne usine de munitions joint venture avec la République Démocratique Allemande dans les années 50. L’architecture est assimilée à la tradition du Bauhaus puisque les architectes étaient de Dessau. La concordance des attentes des œuvres d’art et des machines-outils en matière de lumière (éclairage zénithal des toitures à sheds, c’est-à-dire en dents de scie) n’est pas pour rien dans le succès de la « zone artistique » depuis le début des années 2000.

Notons encore les taches de lumière zénithales qui relient les personnages peints de Zhang Xiaogang et la lumière zénithale qui, dans cette exposition, fait briller ses lignes argentées.

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Dans le quartier diplomatique, à l’est du grand axe est-ouest de l’avenue Chang’An, le Youyishangdian (????) ou Friendship Store, ou Magasin d’amitié, de Pékin a été longtemps une institution du régime destinée à satisfaire des touristes forcément amis et une communauté d’expatriés (auxquels il fallait ajouter des Chinois eux aussi en possession de devises étrangères, ou certificats de devises, les fameux FEC) en manque de produits appartenant à leur standard de vie, souvent importés : magazines, épicerie fine, cosmétiques. Des tissus de qualité étaient là pour commander aux tailleurs tel vêtement répliqué à l’identique. Tout cela n’a plus de sens : s’il y a encore beaucoup de vendeuses, il n’y a plus aucun client. Il est étonnant qu’on puisse encore emprunter cet escalier qui ne conduit qu’à des souvenirs, ceux des anciens visiteurs qui en avaient fait un passage rituel, ceux des quelques touristes d’aujourd’hui orientés par des guides périmés, en quête des valeurs sures que seraient les pulls en cachemire et les vases en cloisonné.

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Pékin, Friendship Store, Jianguomenwai Dajie, vendredi 23 octobre 2009, 14h45. La façade du bâtiment a été refaite dans les années 80, mais l’escalier est d’origine : 1973 (on note le décalage stylistique : la modernité chinoise des années 70 — manifestation du sortir de la Révolution culturelle — ressemble aux années 50 européennes).

youyishangdianLe bâtiment du Youyishangdian à l’époque de son ouverture en 1973. [dr]
Certaines constructions d’après 1950 sont aujourd’hui classées à Pékin, y compris les résidences diplomatiques proches du
Youyishangdian qui, quant à lui, semble promis à la destruction, l’emplacement étant désormais l’un des plus chers du monde.

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Pékin, vendredi 23 octobre 2009, 13h30. À l’est de la ville ancienne, l’Autel du Soleil (Ritan), magnifique théâtre, un carré dans un cercle : des bébés apprennent à monter les marches; un homme est en méditation, tourné successivement vers les quatre directions.

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Vendredi 23 octobre 2009, 0h40 et 10h40. À minuit passé, bruit énorme d’une sonnette à pilotis rue Dongsi (centre-est de Pékin) pour un très grand immeuble de plus (cette rue était et reste jusqu’à présent connue pour la variété de ses petits magasins). Dans les hutongs (ruelles bordées de maisons sans étages refermées sur des cours) voisins, c’est pourtant très vite le silence. Le matin encore, dans le hutong Dengcao, quelques cris et quelques sonnettes. C’est toute une zone de vieux quartiers, un carré de quelque 800 mètres de côté, entre les deux rues nord-sud Dongdan et Chaoyangmen, qui semble échapper à la destruction et qui connaît — sans les moyens des immenses et innombrables chantiers — des travaux d’assainissement et de réhabilitation.

PS.
Mardi 27 octobre 2009, minuit. Au sud, les hutongs s’arrêtent pour laisser place à une récente et monumentale avenue, Jingbao, bordée d’immeubles, hôtels et bureaux gigantesques et prétentieux. On peut y acheter des Rolls-Royce, des Maserati, des Lamborghini, etc. Quelle est la vérité de l’attachement topographique à un lieu qui connaît de tels bouleversements ? À quoi sert de savoir qu’il y avait là les petites maisons délabrées et les jardins tranquilles de nos amis lettrés — à la manière RPC : Wang Qi et son fils Wang Zhong, graveur, leader et provocateur, Ting Ping et sa jolie cousine ?

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Mercredi 28 octobre 2009, vers 20h, à l’angle de la Dongdan Nan Dajie et de l’avenue Jingbao : une résidence colossale et kitsch.

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