Document/Monument

etoile selfie 1er janvier
Jeudi 1er janvier 2015, 16h47, place de l’Étoile, après le chemin depuis le Louvre en passant par les Tuileries et la Concorde, photo à l’iPhone. Marquer l’année 2015 par une notation théorique : « L’histoire, c’est ce qui transforme les documents en monuments » écrivait Michel Foucault dans l’introduction de L’Archéologie du savoir, 1969. C’est peut-être une marque de la distribution de l’histoire en train de se faire : la pratique exponentielle du document photographique, y compris vidéo et sonore, par une masse de gens, partout dans le monde, l’accumulation de ces documents en bases de données accessibles en réseaux. L’ici extrême, le miroir géolocalisé, verso du flight ticket, n’existe que par ses éclats partout ailleurs. Et puis, c’est ce que l’on voit en direct dans cet après-midi historique, les documents de type selfies, selfies à perches, par dizaines dans le champ visuel à chaque instant, s’agglutinent aux « vieux monuments » de pierre pour les muter en hypermonuments. Renversement, ou alors prémonition : au XVIIIe siècle, le monument, objet mémoratif, signifie document :

« J’écris absolument de mémoire, sans monuments, sans matériaux qui puissent me la rappeler. Il y a des événements de ma vie qui me sont aussi présents que s’ils venaient d’arriver ; mais il y a des lacunes et des vides que je ne peux remplir qu’à l’aide de récits aussi confus que le souvenir qui m’en est resté. » Les Confessions, Livre troisième, 1728-1731.

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