Un couple d’il y a 3 340 ans environ

neues museum couple egypte 2015
Jeudi 29 janvier 2015, 11h, Neues Museum, Berlin. Figure assise de Amenophis-user et de sa femme Tentwadj, vers 1425 avant J.-C., Theben/Karnak (?), quartzite. Non loin du buste de Néfertiti, dont l’authenticité est désormais mise en cause, un couple empreint de vérité. Déjà en février 2010 : http://jlggb.net/blog2/?p=1169

Homme d’affaires en art

koons popeye pm 2015
Mardi 27 janvier 2015, 22h, centre Pompidou. En prime à la remise des prix Lagardère, l’exposition rétrospective de Jeff Koons. Méfiance à l’égard d’un cynisme sans bornes. Mais constat d’un inattendu effet de bornes et aussi d’un attractif effet de miroir, d’un troublant renversement du mauvais goût. Ce Popeye (2009-2011, acier inoxydable au poli miroir et vernis coloré transparent, édité à 3 exemplaires, galerie Gagosian) reproduit un jouet en matière plastique. Un exemplaire a été acheté 28 millions de dollars par un entrepreneur américain de casinos pour son hôtel de Las Vegas. Ces objets d’art parfaitement fabriqués, très chers, monuments de la marchandisation de l’art, s’ouvrent les musées et provoquent des records d’affluence.

Godard stéréoscope

godard adieu aquarelle
godard adieu panneau
Dimanche 4 janvier 2015, 19h — 20h, cinéma rue Cujas, Paris 5e. Revoir le dernier film de Godard, Adieu au langage, pour étudier sa façon de traiter la stéréoscopie cinématographique. Il a été beaucoup dit qu’il la « maltraitait ». Mais c’est d’une invention extrême, un bricolage au sens fort, un hacking poétique. Les plans avec le chien sont faits simplement, semble-t-il, avec une caméra-téléphone binoculaire. Parfois l’image de gauche et l’image de droite sont découplées et elles inscrivent deux vues distinctes de la même scène. Les focales, les mises au point, les incidences, les réflexions sont libérées des normes aujourd’hui conduites par le 3D numérique. Il y a encore des décalages dans le temps qui font toucher à une quatrième dimension. Mais surtout, et c’est ça que j’ai observé de près et compris, l’écart et l’angle entre les deux objectifs sont variables et souvent supérieurs à la distance « naturelle » entre les yeux. Tout se passe alors comme si l’observateur, le spectateur, question d’échelle, était plus grand que ce qui est filmé. Cette distanciation à la fois optique et artistique est géniale, les personnages sont à la fois « très en relief » et perçus comme petits, comme des figurines vivantes. Vers la fin du film, Godard et Miéville manipulent un stylo Pelikan et de l’aquarelle.

Pièces

mike nelson inside 2014
bruce nauman inside 2014
Dimanche 28 décembre 2014, 16h — 17h, Palais de Tokyo. De l’exposition Inside, deux pièces intéressantes qui sont des pièces : Mike Nelson (1967, Londres), dont on avait vu longuement la spectaculaire installation-construction Humpty Dumbty au Mamco en 2005, avec Studio Apparatus for Palais de Tokyo — A Maquette Turned Memorial to a Phantom Work: Four Way Introduction; towards mechanism to dislocate both time and space; futurobjectics (reversed); mysterious island * / * see Introduction or The Exorcism (of both the public and the private), 2014; Bruce Nauman (1941, Nouveau Mexique), Get Out of my Mind, Get Out of this Room, installation sonore (l’artiste répète sans cesse le titre), historique.

Hypothèse

sorbonne salle soutenances
Jeudi 18 décembre 2014, 11h. La Sorbonne, salle Jean- Baptiste Duroselles, petite salle de soutenance des doctorats. Pause dans la soutenance de Johanna en esthétique et sciences de l’art. Il y est question de la « révolution numérique et de ses effets esthétiques ». C’est problématique : on peut penser que le numérique a contribué à quelque chose et que ce quelque chose n’est pas exactement une révolution.

Nice Savoie toujours

tableau nice 1949
mur maison 2014
Samedi 13 décembre 2014, 15h, Aix-les-Bains, quartier de la Fin. Ce tableau, une huile sur toile, a toujours un effet au présent : la lumière, les vagues, la barque trop grande. Claude et Claudine l’achetèrent à Nice en 1959. Il a toujours eu une place au mur depuis. Ce Bord de mer (on peut reconnaître l’endroit ?) est signé Jean Lafon, né en 1903 à Paris.

Classification totémique

camille henrot the pale fox 02
camille henrot the pale fox 01
camille henrot the pale fox 03
Samedi 6 décembre 2014, 17h, centre d’art (et de recherche) Bétonsalon, esplanade Pierre Vidal-Naquet, Paris 13e. Pour The Pale Fox, Camille Henrot a d’abord fait construire une salle-boîte, peinte en bleu vidéo, avec une moquette de la même couleur. Elle a dessiné des étagères en aluminium. Il y a une musique d’ambiance par Joakim Bouaziz, avec parfois des quintes de toux. Après, ça se complique. Il y a, par elle, des dessins et des calligraphies à l’encre de Chine, des sculptures en bronze ou en terre cuite, qui se réfèrent à ce qu’on a nommé Arts premiers, etc. Il y a des objets empruntés au Muséum d’histoire naturelle. Il y a un bric-à-brac d’objets collectés sur eBay, d’images trouvées, des collections de revues scientifiques ou de vulgarisation géographique, des paquets de journaux, etc. Il est question de l’évolution de la connaissance. Plus clairement, de la collecte, de la collection, de l’accumulation, de la classification, de la naturalisation. On avait aimé son film Grosse fatigue à la Biennale de Venise de 2013, et, en 2012, à galerie Rosascape, son herbier (http://jlggb.net/blog3/?p=3765), comme au Palais de Tokyo, ses fleurs vivantes (http://jlggb.net/blog3/?p=3585), etc. C’est une artiste intéressante, elle fait travailler pas mal de jeunes personnes, y compris ici pour dire les mots que son exposition nécessite. La brochure de 24 pages A4 distribuée aux visiteurs fournit elle aussi des lumières et reproduit la page 54 de La Pensée sauvage de Claude Lévi-Strauss, Plon, 1962, chapitre II, « La logique des classifications totémiques » :

De tels propos sous la plume d’un homme de science, suffiraient à montrer s’il en était besoin que le savoir théorique n’est pas incompatible avec le sentiment, que la connaissance peut être à la fois objective et subjective, enfin que les rapports concrets entre l’homme et les êtres vivants colorent parfois de leurs nuances affectives (elles-mêmes émanation de cette identification primitive, où Rousseau a vu profondément la condition solidaire de toutes pensée et de toute société) l’univers entier de la connaissance scientifique, surtout dans des civilisations dont la science est intégralement « naturelle ». Mais si la taxinomie et l’amitié tendre peuvent faire bon ménage dans la conscience du zoologiste, il n’y a pas lieu d’invoquer des principes séparés, pour expliquer la rencontre de ces deux attitudes dans la pensée des peuples dits primitifs.