Télégraphe en veille

chappe tombe arbres
Mercredi 12 mars 2014, 17h, cimetière du Père Lachaise. Division 29, la tombe monumentale de Claude Chappe, 1763-1805. Dans la préparation d’une conférence pour « Médias-Médiums », consacrée à Chappe et Conté, une visite s’imposait. La lisibilité de la « marionnette » du sémaphore symbolique sur fond de ciel est troublée par les arbres. Mais alors, ne pourrait-on pas déchiffrer un message dans ces branches ?
Point de repère. Ainsi le 29 septembre 2024 : https://jlggb.net/blog9/2024/09/29/chappe-de-nouveau/

Le pont Masereel

masereel 2014 2000
masereel diapo 70 2000
Dimanche 16 février 2014, 12h30, Pont de Bercy, Paris 12e. À la fin des années 70, Frans Masereel nous occupait avec ses gravures des années 20. La photo (tirage personnel cibachrome d’après une diapositive Kodachrome) où figure Liliane fut prise pour son 30e anniversaire et depuis, nous nommons ce pont « Pont Masereel ». L’élargissement par une deuxième voie date de 1992.

13795_Ba_17_36_Bl
Frans Masereel, La Ville, Paris, 1925, livre de 100 gravures sur bois.
Voir : http://www.frans-masereel.de/15427_Die_Stadt.html

De la bibliothèque : Quelle histoire

quelle histoire livre
Lundi 3 février 2014. Acheté depuis pas mal de temps mais lu en un jour : Stéphane Audoin-Rouzeau, Quelle histoire. Un récit de filiation (1914-2014), « Hautes Études » EHESS, Gallimard, Seuil, août 2013. La grande littérature n’a pas à proclamer son nom. Les écrits rapportés — lettres des grands-pères, récit dans le cours même d’une montée en ligne terrifiante, extraits de l’autobiographie du père, occupent une large place. Ils sont des monuments, au sens que le mot a chez Rousseau, des documents qu’il accumule, dans la seconde partie des Confessions, pour tenter de fournir des preuves. Pour ma génération, les monuments ce sont les monuments aux morts, d’abord de la Grande Guerre. On y est. L’auteur les installe dans une démonstration d’historien, factuelle, objective. Mais il laisse entrer un texte ouvertement subjectif. Il ne saurait en être autrement car il s’agit de l’expérience des « siens » et en fin de compte de lui-même. Stéphane Audoin-Rouzeau a choisi de devenir historien et précisément historien de la Grande Guerre — il l’est, parmi les plus considérables. On peut comprendre que ce fut la façon la plus juste de résister à la malédiction implacable qu’il révèle. Ce n’est pas seulement l’homme dans l’histoire mais l’histoire dans l’homme. En dépit des dénégations et des fuites, la violence de la guerre se transmet de génération en génération. Pour lui, l’un des pires crimes que l’on puisse connaître, c’est l’inconscience. Ses grands-pères, anciens combattants, ont été réduits au silence. Son père lui aussi n’a pas voulu comprendre et, en s’échappant résolument vers le surréalisme — dont il est devenu un grand spécialiste —, en s’attachant sans bornes à André Breton qui disait que parler de la guerre c’est lui faire de la réclame, il s’est engagé dans sa propre destruction fatale. [Curieusement, le surréalisme est cité dans deux billets récents]. Je recommande de lire ce livre, pour faire l’expérience de sa constante mise à distance qui laisse naître, au détour des pages, des révélations terribles comme du roman, pour reprendre conscience, sans concessions mais avec clairvoyance, d’un siècle de destin tragique. C’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Et encore, plus généralement, pour savoir regarder comment le silence et les échappées peuvent nous asservir au passé dont on croit se défaire.

La Chinoise 2013

la-chinoise-2013-discussion
Dimanche 19 janvier 2014, 17h30, MC93, Bobigny. Déjà vue à sa création à Genève fin novembre 2013 (http://jlggb.net/blog3/?p=7276) : La Chinoise 2013. Le débat après la représentation est animé par Jean-François Perrier avec Michel Deutsch, auteur et metteur en scène, Lola Riccaboni, Géraldine Dupla, Zoé Schellenberg, comédiennes. Pendant ce temps, trois techniciens du théâtre effacent soigneusement les inscriptions peintes sur les murs blancs au cours de l’épilogue : « L’art est mort ».
Pour montrer la jeunesse intellectuelle française d’aujourd’hui, le spectacle réactive le film de Godard La Chinoise (1967), avec ses jeux de citations (d’abord de vrais morceaux de Godard), son montage fragmentaire, ses intermèdes musicaux, ses autoportraits filmés et regards caméra, ses couleurs primaires. Pièce historique en somme puisque son auteur est de cette génération qui a vécu les idéologies utopistes de la fin des années 60 et peut légitimement se saisir du dispositif de Godard, qui en était déjà une traduction distanciée, pour en donner, avec cinq jeunes comédiens et musiciens, une forme de bilan ironique, inquiétant et poétique. Dans sa « Note d’intention » il dit aussi :

Ainsi le passé et l’avenir sont en quelque sorte disqualifiés. Nous sommes condamnés au présent. Le monde ne nécessite plus d’être appris puisqu’il suffit d’un clic sur Google pour obtenir une réponse à la question posée. La dépendance à l’égard des prothèses technologiques paraît désormais fatale et le prêt à penser fabriqué par les « prescripteurs d’opinions » ne tolère aucune « déviance », aucune critique. http://www.mc93.com/fr/article/note-d-intention-par-michel-deutsch

Visnu Hayagriva

guimet cheval khmer
Samedi 28 décembre 2013, 16h40, musée Guimet, Paris, 16e. L’exposition Angkor : Naissance d’un mythe — Louis Delaporte et le Cambodge repose en grande partie sur des moulages réalisés entre les années 1870 et la fin des années 1920. Par une coïncidence admirable, les moulages originaux étaient stockés depuis fort longtemps, et peut-être oubliés, dans les caves de l’abbaye de Saint-Riquier où nous avons fait l’exposition « leurs lumières » à l’automne 2012 (voir, 9 novembre 2012 : http://jlggb.net/blog3/?p=4318). Nous avons donc assisté aux opérations de sauvetage et de déménagement, et cela à quelques semaines de ma visite au Cambodge et aux temples d’Angkor. La question est devenue d’une grande actualité historique : à qui appartient le patrimoine de tel peuple, de telle région, de tel pays ? Le cartel de ce dieu-cheval dit :

Visnu Hayagriva. Groupe nord de Sambor Prei Kuk (province de Kompong Thom). Style de Pré Rup, 3e quart du Xe siècle. Don Adhémard Leclère au Musée indochinois du Trocadéro, 1896. Grès.
Musée national des arts asiatiques — Guimet, MG 18099.
Bien mal connues à l’époque de leur entrée dans les collections françaises, certaines des pièces originales qui ont progressivement pris place au Musée indochinois du Trocadéro apparaissent aujourd’hui comme des œuvres phares de l’art khmer angkorien en raison de leur intérêt stylistique et iconographique. Cette étonnante image de Visnu Hayagriva (« au cou de cheval ») — l’un des aspects hybrides de la divinité — appartient à une série iconographique dont peu d’exemples sont connus par ailleurs dans l’art khmer.

Le vol, en 1923, puis la restitution de sculptures à Banteay Srei : on attribue parfois à ce geste de Malraux, révolutionnaire et anticolonialiste, la vertu d’une prise de conscience de la protection et de la restauration des monuments (voir, 6 janvier 2013 : http://jlggb.net/blog3/?p=4938). L’École française d’Extrême-Orient a eu et a encore un rôle considérable dans ce sens (voir ici). Comme le peuple cambodgien, les sites historiques ont connu des vicissitudes tragiques et inimaginables. Le vol des sculptures khmères a continué au moment où on les croyait enfin protégées. En 2001, l’UNESCO a encouragé des mesures de protection et de restitution (voir ici). Très récemment, le 12 décembre 2013, par un jugement à New York, une œuvre volée au temple de Prasat Chen à Koh Ker, qui avait été vendue par Sotheby’s, doit être rendue au Cambodge, peu de temps après la restitution, par le Metropolitan Museum de New York, de deux statues provenant du même temple.
Fin 2013, à Paris, place d’Iéna, la tête de cheval couronnée se moque bien d’être « étonnante ». Elle existe pour elle-même. On lui trouve le regard et l’expression de ceux qui ont appris à toiser leurs gardiens.