

Samedi 8 janvier 2011, 10h50, Nice-Savoie, Aix-les-Bains. Dessus et dessous du bureau dans le salon. Santon Marcel Carbonel, bureau et enceintes Muji, prises électriques Legrand.
De la bibliothèque : Livre culte, 1957-2010

Mythologies Roland Barthes, édition illustrée par Jacqueline Guittard, parue le 14 octobre 2010, Paris, Le Seuil (EAN13 : 9782021034479), 256 p., 39 €.
J’ai lu pour la première fois Mythologies dans une édition parue en 1963, que j’ai gardée. L’exemplaire sur la photo est probablement l’édition originale, imprimée en mars 1957. Je l’ai acheté pour quelques francs aux puces de Plainpalais à Genève, le 10 juillet 1999. À côté de moi, Jean Starobinski consultait aussi les livres d’occasion.
Mythologies se termine ainsi :
Il semblerait que nous soyons condamnés pour un certain temps à parler toujours excessivement du réel. C’est que sans doute l’idéologisme et son contraire sont des conduites encore magiques, terrorisées, aveuglées et fascinées par la déchirure du monde social. Et pourtant c’est cela que nous devons chercher : une réconciliation du réel et des hommes, de la description et de l’explication, de l’objet et du savoir.
Septembre 1956
Julia Kristeva, extrait d’un article du Monde, « Autour des Mythologies de Roland Barthes », 12 octobre 2010 :
Jugement ? Révolte ? Nausée ? Non. La vigilance de l’ironie, plutôt : version élucidée du goût. Et cette délicate étrangeté aux conventions sociales, où se tient le style (« dimension verticale et solitaire de la pensée ») devenu une écriture (« acte de solidarité historique »). Une voix qui révèle, sous le futur sémiologue, le romancier freiné et le tragédien pudique […]. Aucune « déclinologie » pourtant dans ces démystifications. Quand il déplie les significations figées en mythe et déstabilise tout « arrêt sur image » par une cascade d’interprétations où le sens côtoie le non-sens, c’est la « profondeur du langage » que Barthes cherche, réhabilite et savoure avec un bonheur contagieux. Il n’y aurait pas d’autre solution à la menace des croyances absolues, des idéologies totalitaires, du nihilisme ? Tel est le sens de son a-théisme : face aux mythes opaques des uns et à la perte du sens des autres, « la question posée au langage par le langage » peut retourner « la carence du signe en signe ».
Big and Nice

Jeudi 6 janvier 2011, 16h30, Cours de Vincennes, Paris 12e. Vitrine d’un magasin de confection, enseigne lumineuse composée en Cooper Black. L’ « interdit » formulé par Roland Barthes dans Mythologies, (le pléonasme, la tautologie, la redondance, l’analogie, la surcharge, la naturalisation, le bon sens, ce qui va de soi, etc.) n’a décidément pas lieu d’être quand on constate l’efficacité de la typographie ici, dans cette enseigne. La culture « dite de masse » analysée par Barthes (lire ci-dessous) ne devrait pas être confondue avec les initiatives vernaculaires (du quartier de la Nation, par exemple). En vérité, « Big and Nice » est la meilleure qualification du caractère Cooper Black, et l’on aurait tort de se priver de la signification qu’il transfère à ce qu’il « informe ».
Sur le même sujet, voir le billet du 19 avril 2009, « Constructions métalliques » : http://jlggb.net/blog/?p=2315
Sur le caractère Cooper Black, les billets récents : https://jlggb.net/blog2/?p=3594 et https://jlggb.net/blog2/?p=3679
Roland Barthes, extrait de la préface à Mythologies :
On trouvera ici deux déterminations: d’une part une critique idéologique portant sur le langage de la culture dite de masse; d’autre part un premier démontage sémiologique de ce langage : je venais de lire Saussure et j’en tirai la conviction qu’en traitant les « représentations collectives » comme des systèmes de signes on pouvait espérer sortir de la dénonciation pieuse et rendre compte en détail de la mystification qui transforme la nature petite-bourgeoise en nature universelle.
Entre le 70 et le 72 de la rue de Belleville

Vendredi 31 décembre 2010, 14h30. Au numéro 72 de la rue de Belleville, Paris XXe, l’enseigne d’une pizzeria qui confirme le constat énoncé dans le reportage sur l’église Saint Éloi : l’emploi du caractère Cooper Black. Si on en avait le temps et l’envie, on multiplierait les exemples. Ce pourrait être un sujet de communication dans une journée d’étude sur le motif « Cooper Black ». On verra. Ici, on remarque le numéro 70, inscrit dans ce même caractère, et on se dit qu’il y a eu contagion. Mais ce n’était pas celle de la pizzeria, alors celle du Cooper Black en capitales de l’« Internet » et du « Taxiphone » que montre Google Street View ? Il y a une plaque au 72 : « Sur les marches de cette maison naquit le 19 décembre 1915 dans le plus grand dénuement Edith Piaf dont la voix plus tard devait bouleverser le monde ». Ce qui n’est conservé semble-t-il par aucune trace, c’est que le 70, aujourd’hui une laverie, fut occupé, dans les années 70, par la librairie dite du « Centenaire » (de la Commune de Paris), vouée à la diffusion des Éditions de Pékin. C’était avant que Belleville ne soit un quartier d’immigration (clandestine) chinoise, avant que Mme Liu Chunlan (Orchidée du Printemps), 51 ans, venue du Liaoning, ne saute par la fenêtre pour échapper à la police, le 20 septembre 2007.

Le numéro 70 de la rue de Belleville.

Copie d’écran de Google Street View, 72 rue de Belleville, Paris XXe, 31-12-2010.
Affiche chinoise, Chunfeng Yangliu (Souffle de printemps à Yangliu) par Zhou Shuqiao, 1975, éditée par Renmin meishu chubanshe. (dr)
Une décompression

Mercredi 29 décembre 2010, 15h37, vue à travers la vitrine. Fabien Giraud et Raphaël Siboni, La Condition, 2009, châssis de voiture compressée, 340 x 170 x 120 cm, production Le CENTQUATRE, Courtesy galerie Loevenbruck, 6 rue Jacques Callot, Paris 6e. http://www.loevenbruck.com/
« Nous n’avons pas grandi dans une époque mais dans une condition. Le temps était un processus. Les espaces étaient des dispositifs. La Condition est le nom par défaut de ce présent d’avant. »
F.G. & R.S.
« Deux voitures compressées, décompressées à la main, sont extraites du flux du monde et se présentent comme une réflexion sur la sculpture même : dans ce paysage liquide d’infinies variables, quand et comment produire un événement ? »
Claire Deltheil
Voir « Coucher de soleil », 15 avril 2010 : https://jlggb.net/blog2/?p=1853
Mise en abyme

Mercredi 29 décembre 2010, 23h10, la recherche sur Google, 2 heures après le précédent billet.
Comment Google nous fiche

L’expression « Ceci n’est pas une boutique Orange », recherchée sur Google le 29 décembre 2010, ne connaît qu’une seule occurrence et donne ce résultat : pas seulement le lien vers le billet, mais une « photo » de l’écran. Ce faisant, Google souligne le rapprochement Orange-PTT. On remarquera la « complicité objective » de Google et d’Orange : le cadre orange sur la chose trouvée
Des archives : Le temps heureux des boîtes aux lettres
Mardi 28 décembre 2010. Saint-Laurent-en-Royans, Drôme, 1947 ou 1948 (?), devant la poste (P.T.T.). Photo Emma Boissier
La boîte aux lettres ne comporte ni inscriptions, ni mode d’emploi. Elle est seulement soulignée d’un rectangle blanc dans l’enduit tyrolien gris-beige. L’escalier symétrique pour l’atteindre et le solide mur à plates-formes célèbrent et poétisent sa fonction en lui ajoutant celle de gradin où les enfants s’exposent et d’où ils observent la place du village (la fontaine sous les platanes, l’église, l’école, l’épicerie, la boulangerie, le café), en attendant peut-être le car.
Ceci n’est pas une boutique Orange

Mardi 28 décembre 2010, 14h30, rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 12e. Cette inconnue (vêtue de noir, comme il se doit pour aller avec l’orange) qui rentre innocemment, c’est l’une des suites de mon feuilleton marqué à l’adrénaline et aux poussées de pédagogie citoyenne. On en avait eu un avant-goût à Aix-les-Bains où, dans la boutique — on pourrait dire dans le flagship store de l’ancienne capitale du thermalisme — Orange, en s’entendant répondre, par un vendeur au teeshirt orange barré du mot Orange : « alors, pour ça, il faut s’adresser à Orange ! ».
La terre entière ne pense qu’aux téléphones (et éventuellement aux iPhones). Ce n’est pas pour ça qu’un poète révolutionnaire déclara « La terre est bleue, comme une orange ». Michel Deguy nous a expliqué que le mot important ici c’est : comme ; la terre est bleue comme une orange est orange. La même année (1929), un peintre, pas moins révolutionnaire, écrivit : « Ceci n’est pas une pipe ». Mais au moins, il y avait un dessin, et ce n’était qu’une mise en cause de la représentation, pas celle des mots. Au bord gauche de l’affiche qui vante la formule « Open », celle qui enferme tous les services d’Orange — téléphone, internet, télévision — dans un même contrat, on aperçoit sur ma photo l’amorce « ph… », de Photo Service. Ces magasins, devant le déclin de la photo, s’étaient d’abord mis aux services : doubles de clés, etc. Ils auraient pu attendre le retour des images saisies — à tirer quand même —, mais ils sentaient peut-être qu’elles reviendraient massivement avec les téléphones. Toujours est-il que ce magasin là non plus n’est pas la maison Orange. La preuve : si on assure son téléphone, on se retrouve avec un contrat qui ressemble à celui d’Orange, mais en plus « voyou » encore (cf. l’article du Monde du 9 décembre 2010, « Assurer son téléphone portable », qui rapporte les propos de Laurent Courtin, directeur commercial de SPB, qui conçoit les assurances de la plupart des marques : « ce sont des produits de voyous »). Je n’entre pas dans les détails de la comparaison entre l’assurance du « franchisé » Photo Service et celle de la maison mère France Telecom (sans accent, s’il vous plaît), qui révèlerait d’abord la sournoiserie d’Orange. Dans un autre magasin, du côté des Grands Magasins, je me suis fendu ce matin-même d’un cours de français auprès de trois Chinoises qui, au demeurant, étant immigrées à Paris, parlaient très bien le français. Non, il s’agissait d’apprendre à mentir, ou bien à Orange et à ses assureurs, ou bien à la police. Les contrats parlent de « vol avec effraction », de « vol à la tire », de « vol avec agression », mais l’expression « vol à l’arraché » qui est employée par la police pour décrire le modus operandi le plus fréquent des milliers de vols de mobiles, n’y figure pas. Il faudrait être blessé, avoir deux témoins : ce n’est jamais le cas avec l’habileté prodigieuse des duos de pourvoyeurs des lignes 13 ou 2, par exemple — voir le billet du 8 décembre 2010, « La disparition ».
REMARQUES :
1. On apprécie d’autant plus la « mercerie verte » du 14 octobre 2010.
2. Ce billet ressemble à un vrai post de blog (à la française).
Parmi les productions récentes d’Étienne

Lundi 27 décembre 2010, 22h. Étienne B. (signé Nilbog), Nerves, couleurs à l’eau (Poska) sur papier coloré, 50×70 cm, octobre 2010 (d’une série d’une trentaine de peintures).

Lundi 27 décembre 2010, 22h. Étienne B. (signé Nilbog), Sins and Saints, tee-shirt, prototype réalisé en Chine, décembre 2010 (d’une série d’une douzaine de maquettes à base d’antonymes)..

