Taxiphone


Mardi 15 mars 2011, 14h30, 6 rue Pétion, Paris, 11e. À proximité de la galerie La Tapisserie, une enseigne où l’efficacité et le style du caractère Cooper black sautent aux yeux. Un taxiphone, ce n’est plus une cabine publique, c’est aujourd’hui une boutique où téléphoner par Internet.


Dossier « Cooper black »

Sur jlggbblog :
« Big and Nice », https://jlggb.net/blog2/?p=3730
« Entre le 70 et le 72 de la rue de Belleville », https://jlggb.net/blog2/?p=3679
« Reportage de Noël », https://jlggb.net/blog2/?p=3594

Sur le Web :
Fawny (Blog personnel, Canada), http://blog.fawny.org/category/typesnap/cooper-black/
Ian Lynam Design (Tokyo), http://www.ianlynam.com/news-press/01-30-2011-2/attachment/53195/
Transferts pour Tee Shirts Bozuki, http://www.bozuki.com/

Dégage ! Version Helvetica


Reconstitution d’un panneau repéré sur Internet dans le blog d’un jeune Tunisien (développeur web et vidéo-bloggeur) en date du mercredi 26 janvier 2011 (http://www.bullet-skan.com/2011/01/la-degage-attitude.html). L’« original » est composé en Arial, qui est la copie par Microsoft du caractère Helvetica. La prétendue « neutralité » suisse vient ici à l’appui d’une déclaration des plus littérales. L’Helvetica est réputé n’avoir aucun « contenu », « aucune connotation », si ce n’est précisément cet ordinaire élégant de convention, ce minimalisme puritain qui, dans les années 50, est l’affirmation d’un renouveau moderne (et éternel ? — Forever). On note que l’Helvetica est contemporain de l’Égypte de Nasser. L’ouvrage Helvetica forever. Story of a Typeface, publié chez Lars Müller en 2009, pour célébrer le cinquantenaire de sa création en 1957 par Max Miedinger chez Haas, Bâle, montre comment ce caractère s’est assimilé à des marques :  Geigy, Migros, Lufthansa, Knoll, Le Piccolo Teatro de Milan. On ajoutera Art Press, Orange, Microsoft et Comme des garçons… Le Super Normal de Morrison et Fukasawa ne pouvait s’écrire autrement (voir : http://jlggb.net/blog/?p=433).

C’est désormais une évidence, le numérique fait émerger des conditions radicalement inédites pour la politique et la société, principalement avec Internet et les réseaux sociaux. L’imprimante aussi, et la typographie numérique entre les mains de chacun. Dans les manifestations, les mouvements de protestation et de lutte, il y a, depuis quelques années, autre chose que les banderoles « collectives » : de simples feuilles imprimées tenues ou brandies par des individus, à mettre en relation avec les innombrables téléphones devenus appareils de saisie et de transmission d’images. Au fond, si les mots adoptent le support éminemment physique qu’est la feuille de papier, ce n’est qu’un passage pour rencontrer les corps, la rue, les lacrymogènes, pour s’incorporer à des sujets. Mais leur destin est de retourner à l’espace virtuel qui est leur théâtre d’opération « naturel ». Car il faut bien comprendre que le « virtuel » est tout aussi actif que son alter ego constitutif du réel : l’« actuel ». Qui plus est, qui irait prétendre que Facebook, Twitter, les ordinateurs, ne sont pas des opérateurs matériels. S’ils sont porteurs d’idées, d’appels, de mots d’ordre, ils ne sont pas moins matériels que des tracts ou messages transportés dangereusement par des agents de liaisons. S’il y a une nouveauté, chaque jour plus surprenante, c’est leur rapidité, leur synchronisme, leur ubiquité.


Manifestants de la place Tahrir, Le Caire, les 8 février 2011. [©Joseph Hill-Nebedaay-Flickr]

« Dégage! », mot qui engage de Tunis au Caire, via Paris
Publié dans L’Express.fr le 11/02/2011 à 11:30. Par AFP

PARIS – Dégage! : de la Tunisie à l’Égypte en passant par la France et l’Italie, cette injonction « à peine méchante », dit un linguiste, s’est imposée avec la force d’un tsunami libertaire, métaphore lointaine d’un petit mot germain à l’origine positif. « C’est le mot qui court de révolte en révolte! », lançait Marianne dans son dernier numéro, s’arrêtant sur ce « mot-projectile » passé dans le langage courant au XXe siècle, selon Alain Rey, spécialiste de la langue française. « Dégage Ben Ali! » : la Tunisie a ouvert la voie dans la langue de Molière, renversant mi-janvier le président et le régime dont elle ne voulait plus. L’Égypte a suivi avec un slogan identique en arabe adressé au président Hosni Moubarak.
En France, c’est la démission de la ministre des affaires étrangères Michèle Alliot-Marie qui est désormais ainsi réclamée: « Dégage MAM ! ». Ce slogan fait l’ouverture, parmi d’autres, de la page d’accueil du site du MoDem d’Eure-et-Loir et porte le nom d’un groupe de citoyens en colère sur Facebook. […]
L’origine du mot est pourtant germanique, dit Alain Rey : wad (caution, gage) date du Moyen Age. Dégage renvoie à de l’argent donné en échange de quelque chose, qu’on ne peut dépenser à sa guise. Si on le dé-gage, il devient libre. On dégage d’abord des choses, puis, par métaphore, on libère quelqu’un d’un engagement, explique Alain Rey. L’expression devient familière, voire grossière, dans la première partie du XXe siècle : on dégage pour sortir d’une situation dans laquelle on est coincé ou pour s’en prendre à quelqu’un qui ne veut pas partir, poursuit-il. L’effet produit reste, mais le contexte est totalement retourné. Politique et familiarité se sont rejointes une fois de plus, dit Alain Rey, constatant un glissement répandu de la communication familière réservée à la sphère privée dans la sphère publique. Mais, ajoute-t-il, Dégage! c’est familier, mais ce n’est pas méchant. Avant, on aurait dit À bas! ou Va-t-en! .

Packaging de l’énergétique


Mercredi 9 février 2011, 8h, Nagoya. Best Sellers des Family-Mart, Seven-Eleven, Lawson, etc. (les supérettes ouvertes jour et nuit, à chaque coin de rue), les remontants rivalisent dans l’allusion aux vertus archaïques du ginsen et aux molécules anti-stress. Et se vérifie le talent japonais pour les design graphique et le design tout court, autant dire les arts, mais en particulier de l’emballage.

Le garage Martin




Vendredi 28 janvier 2011, 13h30. Sur la route le long du Léman, entre Genève et Lausanne, entre Rolle et Allaman, une enseigne nous saute aux yeux : « J. J Martin ». On avait un doute sur sa réalité et sur sa situation. Ce garage, qui est le lieu de la deuxième partie du film de Godard, Film Socialisme, est tout simplement là. Ce que filme Godard s’actualise forcément en fiction.  Et Jean-Jacques a son lac devant lui. Ce qu’on trouve sur les annuaires suisses : Jean-Jacques Martin, atelier de mécanique, réparation de machines agricoles, station service Agrola, Route Suisse 2, Perroy, canton de Vaud, Suisse.
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Une vue qu’en donne Google Street View.

Voir : https://jlggb.net/blog2/?p=2782

Tapissier


Samedi 22 janvier 2011, 16h30. 13 rue Pétion, Paris, 11e, ce tapissier a laissé son atelier qui va devenir une galerie, « La Tapisserie ». Caractères en bois découpé intéressants : une gothique qui pourrait se rapprocher du Futura Heavy italique, du Franklin Wide, du Parisine Std Sombre, de l’Allumi Std Extra Bold Italic, mais qui s’en écarte par toute une série de singularités : points sur les i, courbes des S, pied du R, etc.

Big and Nice


Jeudi 6 janvier 2011, 16h30, Cours de Vincennes, Paris 12e. Vitrine d’un magasin de confection, enseigne lumineuse composée en Cooper Black. L’ « interdit » formulé par Roland Barthes dans Mythologies, (le pléonasme, la tautologie, la redondance, l’analogie, la surcharge, la naturalisation, le bon sens, ce qui va de soi, etc.) n’a décidément pas lieu d’être quand on constate l’efficacité de la typographie ici, dans cette enseigne. La culture « dite de masse » analysée par Barthes (lire ci-dessous) ne devrait pas être confondue avec les initiatives vernaculaires (du quartier de la Nation, par exemple). En vérité, « Big and Nice » est la meilleure qualification du caractère Cooper Black, et l’on aurait tort de se priver de la signification qu’il transfère à ce qu’il « informe ».

Sur le même sujet, voir le billet du 19 avril 2009, « Constructions métalliques » : http://jlggb.net/blog/?p=2315

Sur le caractère Cooper Black, les billets récents : https://jlggb.net/blog2/?p=3594 et https://jlggb.net/blog2/?p=3679

Roland Barthes, extrait de la préface à Mythologies :

On trouvera ici deux déterminations: d’une part une critique idéologique portant sur le langage de la culture dite de masse; d’autre part un premier démontage sémiologique de ce langage : je venais de lire Saussure et j’en tirai la conviction qu’en traitant les « représentations collectives » comme des systèmes de signes on pouvait espérer sortir de la dénonciation pieuse et rendre compte en détail de la mystification qui transforme la nature petite-bourgeoise en nature universelle.

Entre le 70 et le 72 de la rue de Belleville


Vendredi 31 décembre 2010, 14h30. Au numéro 72 de la rue de Belleville, Paris XXe, l’enseigne d’une pizzeria qui confirme le constat énoncé dans le reportage sur l’église Saint Éloi : l’emploi du caractère Cooper Black. Si on en avait le temps et l’envie, on multiplierait les exemples. Ce pourrait être un sujet de communication dans une journée d’étude sur le motif « Cooper Black ». On verra. Ici, on remarque le numéro 70, inscrit dans ce même caractère, et on se dit qu’il y a eu contagion. Mais ce n’était pas celle de la pizzeria, alors celle du Cooper Black en capitales de l’« Internet » et du « Taxiphone » que montre Google Street View ? Il y a une plaque au 72 : « Sur les marches de cette maison naquit le 19 décembre 1915 dans le plus grand dénuement Edith Piaf dont la voix plus tard devait bouleverser le monde ». Ce qui n’est conservé semble-t-il par aucune trace, c’est que le 70, aujourd’hui une laverie, fut occupé, dans les années 70, par la librairie dite du « Centenaire » (de la Commune de Paris), vouée à la diffusion des Éditions de Pékin. C’était avant que Belleville ne soit un quartier d’immigration (clandestine) chinoise, avant que Mme Liu Chunlan (Orchidée du Printemps), 51 ans, venue du Liaoning, ne saute par la fenêtre pour échapper à la police, le 20 septembre 2007.

Le numéro 70 de la rue de Belleville.


Copie d’écran de Google Street View, 72 rue de Belleville, Paris XXe, 31-12-2010.

Affiche chinoise, Chunfeng Yangliu (Souffle de printemps à Yangliu) par Zhou Shuqiao, 1975, éditée par Renmin meishu chubanshe. (dr)

Reportage de Noël








Samedi 25 décembre 2010, à partir de 16h, « reportage » sur l’église Saint Éloi, rue de Reuilly, place Maurice de Fontenay, paris 12e, construite en acier, aluminium et verre. Les prises de vues sont guidées par la géométrie de l’édifice et par les signes graphiques, plus particulièrement par la typographie. Le nom de l’église est inscrit dans le caractère Cooper Black, absolument typique de 1968. Ce caractère, créé en 1921-1922 par Oswald Bruce Cooper, dans un esprit qui tient à la fois de la presse américaine du tournant du siècle et de l’art nouveau, il sera assimilé dans les années 60 au mouvement hippie et à la Free Press. On attribue sa renaissance à la pochette de Pet Sounds des Beach Boys en 1966, et il sera utilisé par les Doors et David Bowie. Il y aurait une thèse à écrire à son sujet pour expliquer pourquoi il est employé dans le monde entier, aussi bien dans les enseignes de pizzerias que par Easy Jet ou Lotus. On peut enfin noter qu’il est rare qu’une église possède ainsi des enseignes.

On lit, sur le site de l’église (http://www.steloi.com/spip.php?rubrique94) :

L’église actuelle a été construite en 1966-1968, dans le cadre de la rénovation du quartier Saint Éloi. Elle devait surplomber une rocade allant de la Nation au pont de Bercy qui n’a jamais été réalisée. Résolument moderne, elle est l’œuvre de l’architecte Marc Leboucher. La consécration de la nouvelle église par Monseigneur Marty eut lieu le 27 octobre 1968.