Une assiette à deux couleurs d’émaux juxtaposées de Sori Yanagi


Vendredi 18 février 2011, 11h30, 93bis, Paris. Achetée au Musée Mingei (Mingeikan, 日本民芸館) à Tokyo le 10 février (Voir « Mingeikan » : https://jlggb.net/blog2/?p=4040), cette assiette fabriquée (à la main) à la poterie Nakai (qui existe depuis la période Edo, préfecture de Tottori, sur la côte nord du sud de l’île Honshu, Japon) fait partie d’une série conçue en 1956 par Yanagi Sori (柳宗理, né en 1915 à Tokyo). Un classique du renouveau du design japonais dans l’esprit Mingei défini par Soetsu Yanagi (1889-1961), fondateur du Mingeikan à Tokyo en 1936, père de Sori Yanagi. Au contraste des couleurs juxtaposées (et ici imbriquées), s’ajoute le contraste entre le vernissé et le mat. Sori Yanagi vise ainsi une forme moderne qui, si elle s’inscrit dans un style et une technique traditionnelles, s’accorde à un emploi occidental. L’esprit Mingei s’opposait à l’artisanat aristocratique et luxueux, repérait de beaux objets dans l’artisanat populaire et donnait en exemple des objets ordinaires, anonymes, utiles. Si Sori Yanagi l’applique à des objets industriels — qui n’échapperont pas au luxe, comme son tabouret Butterfly (1953) — on peut comprendre les politiques de Muji ou d’Uniqlo comme les versions actuelles du Mingei, avec un certain cynisme du marketing puisque les objets, réputés non signés, se découvrent de grandes signatures comme Mori, Fukasawa, Morrison, Grcic, Hecht, Mari, etc. (Jill Sander chez Uniqlo). L’exposition manifeste Super Normal de Jasper Morrison et Naoto Fukasawa en serait un autre avatar, plus explicitement engagé et l’opposition radicale d’un Enzo Mari au trop plein de design un autre encore. On sait que l’ouvrage-catalogue Super Normal se termine par le récit de la rencontre des deux auteurs avec Sori Yanagi, très âgé, assis sur la chaise Mariolina d’Enzo Mari commercialisée par Muji.


Photographié le dimanche 7 décembre 2008 dans l’exposition L’Esprit Mingei au Japon, Musée du quai Branly : à droite, plat avec émaux juxtaposés, Ushinoto, préfecture de Tottori, 20e siècle; série par Sori Yanagi, fonds du Mingeikan, Tokyo.


Sori Yanagi Sori avec sa carafe à saké produite à Nakai (photo des années 1990 ?). Ouvrage Yanagi Design, Sori Yanagi and Yanagi Design Institute, 2008.

Numéro spécial de Casa Brutus consacré à Sori Yanagi, 2008/10 (with an english sumary).


Voir, dans jlggbblog, le billet du 7 décembre 2008, « L’Esprit Mingei au Japon », exposition au Musée du quai Branly, Paris : http://jlggb.net/blog/?p=7056

Voir, dans jlggbblog, le billet du 10 juillet 2008 sur l’ouvrage Super Normal : http://jlggb.net/blog/?p=433

Umbrella, 2006. Product designer: Konstantin Grcic, (Muji).

La lune


Mercredi 16 février, 19h36. Place du Panthéon, Paris. Ce n’est pas parce que Saint-Étienne du Mont est la plus belle église de Paris qu’en la photographiant on fait une belle photo. Mais, quand la lune éclaire le ciel au bon endroit, on peut se dire que c’est un privilège de traverser ce décor à la sortie du travail.

Dégage ! Version Helvetica


Reconstitution d’un panneau repéré sur Internet dans le blog d’un jeune Tunisien (développeur web et vidéo-bloggeur) en date du mercredi 26 janvier 2011 (http://www.bullet-skan.com/2011/01/la-degage-attitude.html). L’« original » est composé en Arial, qui est la copie par Microsoft du caractère Helvetica. La prétendue « neutralité » suisse vient ici à l’appui d’une déclaration des plus littérales. L’Helvetica est réputé n’avoir aucun « contenu », « aucune connotation », si ce n’est précisément cet ordinaire élégant de convention, ce minimalisme puritain qui, dans les années 50, est l’affirmation d’un renouveau moderne (et éternel ? — Forever). On note que l’Helvetica est contemporain de l’Égypte de Nasser. L’ouvrage Helvetica forever. Story of a Typeface, publié chez Lars Müller en 2009, pour célébrer le cinquantenaire de sa création en 1957 par Max Miedinger chez Haas, Bâle, montre comment ce caractère s’est assimilé à des marques :  Geigy, Migros, Lufthansa, Knoll, Le Piccolo Teatro de Milan. On ajoutera Art Press, Orange, Microsoft et Comme des garçons… Le Super Normal de Morrison et Fukasawa ne pouvait s’écrire autrement (voir : http://jlggb.net/blog/?p=433).

C’est désormais une évidence, le numérique fait émerger des conditions radicalement inédites pour la politique et la société, principalement avec Internet et les réseaux sociaux. L’imprimante aussi, et la typographie numérique entre les mains de chacun. Dans les manifestations, les mouvements de protestation et de lutte, il y a, depuis quelques années, autre chose que les banderoles « collectives » : de simples feuilles imprimées tenues ou brandies par des individus, à mettre en relation avec les innombrables téléphones devenus appareils de saisie et de transmission d’images. Au fond, si les mots adoptent le support éminemment physique qu’est la feuille de papier, ce n’est qu’un passage pour rencontrer les corps, la rue, les lacrymogènes, pour s’incorporer à des sujets. Mais leur destin est de retourner à l’espace virtuel qui est leur théâtre d’opération « naturel ». Car il faut bien comprendre que le « virtuel » est tout aussi actif que son alter ego constitutif du réel : l’« actuel ». Qui plus est, qui irait prétendre que Facebook, Twitter, les ordinateurs, ne sont pas des opérateurs matériels. S’ils sont porteurs d’idées, d’appels, de mots d’ordre, ils ne sont pas moins matériels que des tracts ou messages transportés dangereusement par des agents de liaisons. S’il y a une nouveauté, chaque jour plus surprenante, c’est leur rapidité, leur synchronisme, leur ubiquité.


Manifestants de la place Tahrir, Le Caire, les 8 février 2011. [©Joseph Hill-Nebedaay-Flickr]

« Dégage! », mot qui engage de Tunis au Caire, via Paris
Publié dans L’Express.fr le 11/02/2011 à 11:30. Par AFP

PARIS – Dégage! : de la Tunisie à l’Égypte en passant par la France et l’Italie, cette injonction « à peine méchante », dit un linguiste, s’est imposée avec la force d’un tsunami libertaire, métaphore lointaine d’un petit mot germain à l’origine positif. « C’est le mot qui court de révolte en révolte! », lançait Marianne dans son dernier numéro, s’arrêtant sur ce « mot-projectile » passé dans le langage courant au XXe siècle, selon Alain Rey, spécialiste de la langue française. « Dégage Ben Ali! » : la Tunisie a ouvert la voie dans la langue de Molière, renversant mi-janvier le président et le régime dont elle ne voulait plus. L’Égypte a suivi avec un slogan identique en arabe adressé au président Hosni Moubarak.
En France, c’est la démission de la ministre des affaires étrangères Michèle Alliot-Marie qui est désormais ainsi réclamée: « Dégage MAM ! ». Ce slogan fait l’ouverture, parmi d’autres, de la page d’accueil du site du MoDem d’Eure-et-Loir et porte le nom d’un groupe de citoyens en colère sur Facebook. […]
L’origine du mot est pourtant germanique, dit Alain Rey : wad (caution, gage) date du Moyen Age. Dégage renvoie à de l’argent donné en échange de quelque chose, qu’on ne peut dépenser à sa guise. Si on le dé-gage, il devient libre. On dégage d’abord des choses, puis, par métaphore, on libère quelqu’un d’un engagement, explique Alain Rey. L’expression devient familière, voire grossière, dans la première partie du XXe siècle : on dégage pour sortir d’une situation dans laquelle on est coincé ou pour s’en prendre à quelqu’un qui ne veut pas partir, poursuit-il. L’effet produit reste, mais le contexte est totalement retourné. Politique et familiarité se sont rejointes une fois de plus, dit Alain Rey, constatant un glissement répandu de la communication familière réservée à la sphère privée dans la sphère publique. Mais, ajoute-t-il, Dégage! c’est familier, mais ce n’est pas méchant. Avant, on aurait dit À bas! ou Va-t-en! .

Quatre vues successives du Kansai sous la neige





Samedi 12 février 2011, 9h24. À Kaizuka, lors du retour par le train Haruka, de Kyoto vers l’aéroport du Kansai, via Osaka.



Le Kansai, Osaka, Kyoto, Kobe, Nara, carte Google et Google Earth. Les 4 vues sous la neige  : repère du bas.

Voir sous Google Maps : http://maps.google.fr/maps/ms?hl=fr&ie=UTF8&msa=0&msid=214219984256544499148.0004713c4266d104d47a9&ll=34.702106,135.675659&spn=1.372864,2.774048&z=10


Voir l’article « terrains », repère du haut : https://jlggb.net/blog2/?p=4075.
Voir l’article « 32 vues depuis le train Haruka » : https://jlggb.net/blog2/?p=4094

Spectateurs


Vendredi 11 février 2011, 10h30-12h30. Tokyo, National Art Center, 14th Japan Media Arts Festival. Des spectateurs du film d’animation The Wonder Hospital de Beomsik Shimbe Shim (Corée).


Zach Lieberman, Evan Roth, James Powderly, Theo Watson, Chris Sugrue, Tony Tempt1, The Eyewriter, installation participative qui permet de tracer des lignes (des tags) avec le regard.