
Mardi 16 mars 2010, 17h. On a dit à quel point le bâtiment de l’HEPIA, à Genève, est intéressant à plusieurs titres. Cette fois, c’est une plaque qui retient l’attention, avec cette expression rare et prometteuse : « … séminaires de la pratique ».
Catégorie : Langage
Lapsus

Samedi 27 février 2010, 20h40, rue Lassus, Paris 19e. En passant, en allant chez les B., on lit « lapsus ». Lapsus sur le mot Lassus ou sur le mot lapsus ? Lapsus linguae ou calami ?
« LAPSUS, subst. masc. Faute que l’on commet par inadvertance soit en parlant (lapsus linguae) soit en écrivant (lapsus calami). »
Trésor informatisé de la langue française
Camouflage

Vendredi 19 février 2010, métro Nation, Paris. Affiche de la campagne de recrutement de l’Armée de terre. L’ensemble du graphisme s’inscrit dans un tissu de camouflage. Peut-être faut-il se camoufler pour se découvrir soi-même. Le site Internet de cette campagne dit : « On ne naît pas soldat, on le devient. » (Remerciements à Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe t.1, Gallimard © 1949, pp 285-286.)
Serrurerie

Mercredi 17 février 2010, 17h30, rue des Fossés Saint-Jacques, Paris, 5e. On avait eu une enseigne « constructions métalliques » (voir : http://jlggb.net/blog/?p=2315). Ici aussi, de façon moins voyante mais non moins convaincante, il y a coïncidence entre le mot et la façon, entre la façon et ce qu’elle désigne. Et l’on peut apprécier la typographie qui en résulte.
Ici j’ai glissé

Lundi 8 février 2010, 14h16, place Rosa Luxemburg, face à la Volksbühne (Erwin Piscator, Benno Besson, etc.), Berlin. Froid polaire (ou sibérien), c’est ce qu’ont dit les journaux. Les rues sont dégagées, mais la plupart des trottoirs de la ville sont sous la neige glacée. Ici j’ai glissé et je suis tombé. D’où la photo-constat.
Pour compléter la scène : quand on parle d’« ici », il faut toujours quelqu’un pour ajouter : « maintenant »; et justement, là devant, le théâtre affiche en très très grand : « Jetzt ».
Tag conceptuel

Dimanche 31 janvier 2010, 11h50, angle de la rue de Montreuil et du passage Turquetil, Paris 11e. Proposition remarquable (bien qu’un peu téléphonée) d’un artiste (pour l’instant anonyme, semble-t-il) : apposer des inscriptions qui ne renvoient qu’à leurs supports, superposer, à l’échelle 1/1, la carte et le territoire, etc. Il y en a d’autres dans Paris.
20 ans

Juliet Berto dans Le Gai Savoir de Jean-Luc Godard, 1968 (d’après l’Émile de Jean-Jacques Rousseau. Film interdit par la censure). Photo depuis la salle, centre Pompidou, 6 avril 2008, 21h.

Juliet Berto lors d’un débat public du Festival d’Avignon au Verger d’Urbain V, le 5 août 1967, deux jours après la première du film La Chinoise, de Jean-Luc Godard, dans la cour d’honneur du Palais des papes. ©Photo JLggB.
Juliet Berto (16 janvier 1947 à Grenoble – 10 janvier 1990 à Paris). Sur la photo, elle a 20 ans. Elle a disparu il y a 20 ans. Elle a voulu se soigner à l’homéopathie. À Grenoble, on s’amusait avec elle d’un jeu de mots : « Oméo pa’ti, pôv’ Juliette ! »
EXTRAIT
[flv width= »400″ height= »320″]https://jlggb.net/blog2/wp-flv/ecole.flv[/flv]Extrait de Jean-Luc Godard, Le Gai Savoir, 1968 (dr).
Un film primitif

Photographié depuis un siège de la salle du Reflet Médicis, un plan de Nocturnes pour le roi de Rome, film de Jean-Charles Fitoussi, 2006, distribué par Point-ligne-plan.
Une opinion spontanée, constamment contredite, est que l’arrivée et l’emploi de nouveaux médias dans les arts seraient synonymes d’une perte de l’investissement sensible et personnel. Les machines numériques ont certes de telles capacités d’automatisme qu’elles semblent devoir démultiplier les productions standard du décervelage de masse. La distance historique est pourtant là pour démontrer la validité et la nouveauté créatrice des arts fondés sur les dispositifs automatiques que sont la photographie et le cinéma, la radio, l’enregistrement sonore, etc. La nouveauté des technologies et des instruments, qui est d’abord celle de la culture qui les porte, n’a-t-elle pas aussi cette primitivité par laquelle les arts se trouvent stimulés ? Alors, si ce film est primitif, c’est au sens, comme en mathématiques, de l’intégration des fonctions qui n’en seraient que les dérivées, propriétés et variations à quoi on reconnaît d’habitude le cinéma .
Lorsque Jean-Charles Fitoussi découvre, en 2005, la caméra fort particulière qu’est le téléphone, il y voit peut-être la caméra-stylo où le cinéma-œil dont a rêvé le cinéma, mais aussi, de façon pratique, le moyen de noter des sons et des images lors de repérages. Lui qui a été dix années durant l’assistant de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, va transgresser ses choix et ses propres contraintes stylistiques. Séjournant à Rome, le hasard le conduit à faire, avec ce téléphone-caméra, un long plan de 26 minutes du « ballet » des serveurs dans une réception à la Villa Médicis, une séquence qu’aucune autre technique n’aurait pu saisir. Il constate que ce plan « tient sa durée » et qu’il ouvre la perspective d’un film à part entière. En outre, la projection sur grand écran de cette vidéo à la résolution dérisoire est une révélation : les « défauts » y sont « transmués en merveilles ».
Ainsi, faire un film sera cette fois pour lui une entreprise à la table de travail (devant l’ordinateur), un travail au jour le jour d’agencement d’images-matériaux, de construction littéraire et musicale. La composition peut en être sans cesse reprise et modifiée. L’échéance d’une sortie nationale (la première a eu lieu mercredi 6 janvier 2010 au cinéma Reflet Médicis à Paris) a probablement fixé les 67 minutes de ce film de fiction : Nocturnes pour le roi de Rome. C’est un film d’une beauté inconnue.
À lire : Un texte sur le film par le philosophe Clément Rosset.
Les facultés

Vendredi 1er janvier 2010, 23h30, Paris, 93bis. Pour résister à la mélancolie saisonnière (TAS), les mots gratuits de la compétition de Scrabble. La pharmacie de nos facultés devrait vendre des Scrabble.

Mercredi 6 janvier 2010, 14h30 (il gèle). Angle de la rue Gay-Lussac et de la rue Royer-Collard, Paris 5e.
Les premières facultés qui se forment et se perfectionnent en nous sont les sens. Ce sont donc les premières qu’il faudrait cultiver; ce sont les seules qu’on oublie, ou celles qu’on néglige le plus.
Rousseau, Émile, livre II.
Coïncidence, un début de preuve pour la concordance entre PHARMACIE DES FACULTÉS et SCRABBLE : la typographie est comparable. Si l’enseigne semble un pur Futura (Paul Renner, Bauhaus, 1927), le caractère du jeu en est une adaptation américaine des années 40 ou 50.
Entendu : la simplicité
« La simplicita è la cosa la più preziosa. »
Jeudi 31 décembre 2009 vers 16h, Galeries Lafayette, boulevard Hausmann, Paris.
Commentaire : Joli, séduisant, surtout en italien avec une belle voix, le 31 décembre quand on regarde les grille-pain (voir à ce propos : « L’évidence », 21 décembre 2008). Mais je dirai plutôt, au titre des bonnes résolutions : « La complexité est la chose la plus précieuse ».

