Les facultés


Vendredi 1er janvier 2010, 23h30, Paris, 93bis. Pour résister à la mélancolie saisonnière (TAS), les mots gratuits de la compétition de Scrabble. La pharmacie de nos facultés devrait vendre des Scrabble.


Mercredi 6 janvier 2010, 14h30 (il gèle). Angle de la rue Gay-Lussac et de la rue Royer-Collard, Paris 5e.


Les premières facultés qui se forment et se perfectionnent en nous sont les sens. Ce sont donc les premières qu’il faudrait cultiver; ce sont les seules qu’on oublie, ou celles qu’on néglige le plus.
Rousseau, Émile, livre II.

Coïncidence, un début de preuve pour la concordance entre PHARMACIE DES FACULTÉS et SCRABBLE : la typographie est comparable. Si l’enseigne semble un pur Futura (Paul Renner, Bauhaus, 1927), le caractère du jeu en est une adaptation américaine des années 40 ou 50.

Futura medium.

Araki Archeology

L’idée était de trouver un truc pour faire monter l’audience de ce blog volume 2. Sur le volume 1, l’apparition du mot manga (et aussi du nom rue Keller) accompagnant une photo de deux jeunes adeptes du cosplay (« Bastille manga », 26 août 2009), puis d’une référence à l’artiste japonais Takahiro Iwasaki à la Biennale de Lyon (« Montagne », 20 septembre 2009), avaient fait doubler le nombre de visiteurs. La réponse se trouvait sous mes yeux et en restant à ma table pour faire trois photos : une figurine en pendeloque d’un chat-araki (offerte par Hajime T.; il faudrait expliciter, à partir de diverses traditions japonaises, pourquoi les nœuds et autres amulettes ont de telles proportions au Japon, au point qu’on ne puisse pas fabriquer un téléphone, un briquet, un sac, etc. sans prévoir un orifice ou une boucle pour les attacher). De Nobuyoshi Araki (荒木経惟) on est passé au numéro d’octobre 1990, « Japon », de La Recherche photographique (dont j’étais le directeur artistique), puis à un CD-ROM rarissime du même Araki, 1997, qui hélas ne peut pas être lu sur les ordinateurs d’aujourd’hui. On verra le résultat. Mais c’est déjà un assemblage vite fait et attrayant.




Nobuyoshi Araki, figurine, 1999; Nobuyoshi Araki, de la série « Tokyo Nude », 1989, La Recherche photographique N°9, Paris, 1990; CD-ROM « Digitalogue Home Museum Series-13 », Tokyo, 1997.

Correspondance :
La question posée à Miki O. du nom et de l’origine des pendeloques japonaises, sa réponse :

Ce truc s’appelle « strap » (ou keitai-strap, 携帯ストラップ, donc c’est en anglais, je pense qu’il n’y a pas de mot japonais), comme vous l’avez dit, cela a une histoire dans la culture japonais (plutôt chez les jeunes), et je crois que l’on pourrait faire quelques analyses intéressantes.
Il y a 10 ans ou à peu près, entre les filles, les lycéennes, les collégiennes, ça se développait : variation de thèmes et de dessin, influence de la sub-culture, etc. Autour de moi beaucoup de lycéennes mettaient trop de « strap » à leur portable (10 ou plus). Aujourd’hui cette mode est plutôt pour les garçons otaku puisque beaucoup de straps sont des personnages d’animations (ou nana sexy, femme en uniformes, etc.). En tous cas, c’est toujours à la mode, je crois.
Exemples : http://www.strapya.com/products/33022.html
Et le mien :

Exploration :
On trouve trace de la pendeloque Araki au moins deux fois sur le Web (à condition de partir des mots en japonais) :
http://www.elephant-picture.jp/araki/
Ou encore, dans un post du 15 avril 2006 où il est question d’une rencontre avec Araki :

http://blog.livedoor.jp/otani_arc/archives/50589092.html

Il est amusant de noter que cet araki-strap est toujours à sa place sur un clavier d’ordinateur.

Nobuyoshi Araki, 1997 CD-ROM Revival

Extrait du CD-ROM de Nobuyoshi Araki (荒木経惟) « Digitalogue Home Museum series-13 » édité par Digitalogue, Tokyo, en 1997. Il s’agit d’un ensemble de photographies réalisées entre 1991 et 1993 avec pour prétexte d’accompagner 9 jeunes filles sur 9 itinéraires de petites lignes de chemin de fer dans diverses régions pittoresques du Japon. (Comme quoi il n’y a pas que des femmes nues, des chambres et des coins de villes dans l’œuvre d’Araki. Mais ce sont quand même là aussi des itinéraires érotiques et des ciels). Divers modes de consultation sont proposés dans ce CD-ROM, l’un des plus réussis du genre à l’époque. © Nobuyoshi Araki/Digitalogue. Collection jlggb.

[slide]

Entendu : la simplicité

« La simplicita è la cosa la più preziosa. »

Jeudi 31 décembre 2009 vers 16h, Galeries Lafayette, boulevard Hausmann, Paris.
Commentaire : Joli, séduisant, surtout en italien avec une belle voix, le 31 décembre quand on regarde les grille-pain (voir à ce propos : « L’évidence », 21 décembre 2008). Mais je dirai plutôt, au titre des bonnes résolutions : « La complexité est la chose la plus précieuse ».

Lanterne magique


Dimanche 27 décembre 2009, 17h. Dans l’exposition « Lanterne magique et film peint » de la Cinémathèque, une installation de Anthony McCall, Solid Light Films : elle donne à éprouver la traversée de la pyramide de lumière de la projection. Beaucoup de choses intéressantes, des dessins incroyablement libres — une diablesse — (du XVIIIe), des animations à mécanisme qui font l’inventaire de ce qui s’anime simplement sans conduire nulle part (le scieur, le bucheron, le pêcheur, le baiser, la fessée, la corde à sauter, etc.), de merveilleux petits films dessinés à partir de prises de vues et imprimés en chromolithographie sur pellicule 35 mm,  qui ne sont malheureusement pas au catalogue. Et qu’on ne peut pas photographier pour les retenir et les montrer.


Film 35 mm chromolithographique pour jouet.
France, début du XXe siècle. © Cinémathèque française.

Soleil 1937


Samedi 26 décembre 2009, 15h. Paris, Palais de Tokyo, Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Posé sur le toit, le pavillon « Nomiya », dessiné par Laurent Grasso, est une opération médiatique (Electrolux, etc.) résolument snob, mais aussi une proposition poétique (toute proportions gardées, on peut la rapprocher de ce que dit Barthes de la Tour Eiffel dans son livre édité par Delpire en 1964 : « spectacle regardé et regardant, édifice inutile et irremplaçable, …) à la mesure d’une ville qui se patrimonialise et se virtualise (c’est d’abord un site Internet, ça ressemble à Second Life, etc.) — On reviendra bientôt en savoir plus.
Sur ces bâtiments contemporains aussi bien du Front populaire que du fascisme, un soleil rayonnant est toujours suspect. Les petites statues de bronze (je n’ai pas encore trouvé leur auteur), qui sont les poignées des portes du Musée de la Ville côté terrasse, n’échappent pas à ce contraste et à cette ambiguïté, mais elles sont attrayantes au voir et au toucher.

Le lit clos des frères B.


Vendredi 25 décembre 2009, 17h, Centre Pompidou. Dans l’exposition des 30 ans de VIA on choisit un classique : le Lit clos de Ronan Bouroullec et Erwan Bouroullec, 2000. Contreplaqué de bouleau peint, acier, aluminium, altuglas, 200 x 240 x 140 cm, base de 70 ou 180 cm, galerie Kreo, Paris. On pense aux dessins qu’on fait, enfant, d’un lit-cocon idéal. On remarque l’emprunt au Japon : plancher surélevé, matelas sur deux tatamis, cloison-porte coulissante et translucide, dimensions intimes.

The Craftsman (Making is thinking)


Mercredi 23 décembre 2009, 13h, 6 rue Princesse, Paris 6e, librairie Village Voice. Acheté le livre de Richard Sennett, The Craftsman, Penguin, 2009. Avant d’en lire une ligne, sauf peut-être le titre, on est intéressé par un objet remarquable, une édition de poche très smart : bon format, volume très souple, relief des (faux) crayons de la photographie souligné par un gaufrage du papier de la couverture. En plus : ces images de crayons rappellent l’installation de 2001 au Centre Pompidou, les 1024 crayons et les 1024 photos qu’elle contient.


J.L.B., Mémoire de crayons, Centre Pompidou, Galerie des enfants, 14 avril 2001.


Richard Sennett [photo Teri Pengilley]

Richard Sennett, Ce que fait la main. La culture de l’artisanat, Albin Michel. À paraître en janvier 2010. Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat
En proposant une définition de l’artisanat beaucoup plus large que celle de « travail manuel spécialisé », Richard Sennett soutient que le programmateur informatique, l’artiste, et même le simple parent ou le citoyen font œuvre d’artisans. Ainsi pensé, l’artisanat désigne la tendance foncière de tout homme à soigner son travail et implique une lente acquisition de talents où l’essentiel est de se concentrer sur sa tâche plutôt que sur soi-même. Dans ce livre stimulant, Richard Sennett aborde l’expertise sous toutes ses déclinaisons. Nous voyageons ainsi à travers le temps et l’espace, des tailleurs de pierre de la Rome antique aux orfèvres de la Renaissance, des presses du Paris des Lumières aux fabriques du Londres industriel ; nous observons les expériences de l’informaticien, de l’infirmière, du médecin, du musicien ou du cuisinier. Face à la dégradation actuelle des formes de travail, l’auteur met en valeur le savoir-faire de l’artisan, coeur, source et moteur d’une société où primeraient l’intérêt général et la coopération. Et tandis que l’histoire a dressé à tort des frontières entre la tête et la main, la pratique et la théorie, l’artisan et l’artiste, et que notre société souffre de cet héritage, Richard Sennett prouve que « Faire, c’est penser ».
Texte de l’éditeur français.


Bathed in Light The double-height living room in Richard Sennett and Saskia Sassen’s carriage house is illuminated by casement windows and a skylight. (Richard Sennett and his wife, Saskia Sassen.) [Photo Damon Winter/The New York Times, Published: September 23, 2007]

Une table basse


Lundi 21 décembre 2009, 18h50, quai B, gare d’Aix-les-Bains Le Revard. Une table basse de 92 cm de diamètre, emmaillotée de bulle pack et de carton ondulé avec force ruban Hirschhorn (voir le billet « signalétique » du 5 décembre 2009).

C’est une histoire qui ressemble au « Chinois sans papier, tapis roulant » du 23 décembre 2007. Élue depuis plusieurs années, la table dessinée par Patricia Urquiola (2004), fabriquée par B&B Italia, était en exposition chez Arcadia, rue des Eaux-vives à Genève. Pourquoi ne pas partir avec et la payer 10% de moins ? Un mois plus tard, la rapporter vers le 93bis était tout un plan de bataille : comment lui faire franchir la frontière, l’emballer au Nice-Savoie, la porter jusqu’à la gare sans heurter le sol, la loger dans le tgv (voiture 8, compartiment pour les vélos et les skis), la faire passer le portillon du métro à la gare de Lyon, la faire slalomer entre les bites de trottoirs boulevard Voltaire.


Mardi 22 décembre 2009, 16h. La table Fat-Fat associe le massif et l’aérien, le cercle et le carré (en Chine, on dirait le ciel et la terre). Elle reprend explicitement le plateau du style « oriental » (je mets ici des guillemets car j’ai toujours en tête la remarque d’un ami d’autrefois, né à Bône en Algérie, aujourd’hui grand sinologue, qui n’admettait pas qu’on dise l’« Orient » pour des pays qui sont au sud de l’« Occident »). Les chocolats viennent aussi de Genève, de La Bombonnière (voir « Avec le chocolat » du 15 décembre 2009.)

Le genre (Vie des ojets. Ch.7)

sam hecht
Dimanche 20 décembre 2009, Nice-Savoie, Aix-les-Bains. Il était plus facile au petit disque dur, noir, compact et de poche, de rejoindre la balayette blanche, réputée pour sa stabilité, dans son lieu naturel. Leur communauté est visible, mais il faut quand même la mettre en scène. Peut-être par peur du ridicule, cette espèce de meeting a lieu discrètement. Il ne faudra pas s’étonner quand tous les objets de ce genre, plus maniérés que les autres, lanceront quelque chose comme la Design Pride. Plus sérieusement, il est bon de savoir qu’ils sont dessinés par un duo de designers :

kim colin & sam hechtIndustrial Facilities, Kim Colin & Sam Hecht (États-Unis, Grand Bretagne), ont signé le design du disque dur « Little Disk » pour LaCie (Japan Creative Award 2007/08; Industrie Forum Hanover Award 2008; Red Dot Award 2008, Idea Bronze Award 2008) et de la « Toilet Brush » pour Muji.