



Lundi 4 juillet 2011, 11h30, Tokyo. Dans la liste des possibles points de vente de la porcelaine Keizan, je repère le Tadashi Hall Miyako, dans le quartier du métro Ningyocho, au nord est de Ginza, facilement accessible depuis Shinbashi. C’est toujours amusant de découvrir un quartier avec ce type de contrainte futile, même quand il fait très chaud, en profitant d’un trou dans l’emploi du temps. L’achat à Tokyo le 12 décembre 2007, de deux tasses à soba signées 渓山, Keizan (maison fondée le 6 février 1957 à Arita, préfecture de Saga, dans l’île de Kyushu), avait donné lieu au billet « Soba toi et moi » : http://jlggb.net/blog/?p=133. D’autres tasses à soba de la même origine avaient été trouvées du côté de Omote Sando en mai 2008. Depuis, je me suis persuadé que c’étaient les plus typiques d’une tradition de porcelaine modeste mais parfaite. Le magasin Kyogado est un grossiste qui n’expose que des échantillons. Mais on accepte gentiment de me vendre les trois tasses de mon choix. Peut-être à cause du manque de langue commune.
Catégorie : Design
Dix ans après



En 2001, j’avais acheté, dans l’un des plus beaux magasins de céramiques du quartier de Kiyomizu, une tasse à soba de belle qualité. En porcelaine blanche et bleue, ornée de filets verticaux peints à la main, elle portait une signature où je reconnaissais le mot Chine. Ce samedi 2 juillet, vers 11h, je retrouve cet endroit et repère tout de suite quelques tasses portant la même marque. La directrice de la galerie m’explique que Kasho Morioka (森岡嘉祥), maître potier, troisième du nom (né en 1937), est mort il y a quelques années, mais qu’il reste des porcelaines produites dans l’atelier qu’il avait ouvert en 1995 à Jingdezhen, en Chine. Il avait eu le projet de se rapprocher encore de la tradition de la porcelaine blanche et bleue. Jingdezhen, province de Jiangsu, est en effet la capitale historique — on parle de plus de 1700 ans — de la porcelaine en Chine. Ici apparaît Mme Hana Morioka, qui me parle en français. C’est l’une des filles de Kasho Morioka, elle a vécu en France, à Nimes en particulier, pour étudier la bijouterie (elle avait étudié la céramique à Kyoto). Le hasard a donc fait que la tasse qui m’avait plu il y a dix ans relie la Chine et la France et qu’elle soit d’un maître largement connu dans le monde. Maintenant, j’en ai une deuxième, que je trouve très bien aussi.
Voir 2023 : https://jlggb.net/blog8/2023/11/09/sometsuke-soba-choko/

Kasho Morioka devant son four en août 2005 (photo © André Defossez : voir ici).
Hiroshima, le fauteuil

Jeudi 30 juin 2011, autre volet du protocole « voir Hiroshima ». Je me propose d’aller visiter le show room de la maison Maruni, fabriquant de meubles, qui se trouve à l’extérieur de la ville. Le trajet se fera en taxi et permettra en effet de saisir une vision du site de la ville, et en particulier des montagnes environnantes, des fleuves et canaux qui descendent parallèlement vers la mer, les routes, les nombreux ponts.


Jeudi 30 juin 2011, 17h, Hiroshima, Hiroshima est un fauteuil. Fabriqué par Maruni, à Hiroshima, dessiné par Naoto Fukasawa. Une merveille de proportions et de fini. Pour l’œil et pour la main, donc. Des réminiscences du mobilier classique, chinois ou japonais, mais aussi moderne, finlandais ou danois; un objet contemporain malgré tout, que l’on aimerait posséder. Prix de base au Japon : 79 000 yens, soit environ 700 euros.
Voir : http://www.maruni.com/en/
2025 : https://jlggb.net/blog9/2025/01/20/le-fauteuil-hiroshima-encore/


Retour vers le centre de la ville, vers 17h30. Des enfants qui marchent dans l’eau : d’Hiroshima, j’avais cette image en tête. La marque Mazda : Hiroshima est la ville des usines d’automobiles Mazda.
Hyper
Squeezer


Samedi 11 juin 2011, 12h40, escalier de la station de métro Saint-Ambroise, Paris 11e. Le quartier Saint-Ambroise est particulièrement riche en tags. C’est probablement à cause du magasin All City, 8 rue Pasteur, fournisseur du Graffiti Art et du Street Art : bombes de peintures, feutres rechargeables de type Squeezer (http://www.grog-ink.com/).
Des collections : une pêche d’immortalité en plâtre

Dimanche 29 mai 2011, 16h. Des collections : une pêche en plâtre, fabriquée en série à Wuxi (??), province du Jiangsu en Chine, fin des années 70, début des années 80 — et rapportée dans ces années là. C’est un taille crayon d’environ 4 cm de diamètre. Dans la tradition (taoiste) chinoise, la pêche est signe d’immortalité. Ce thème « superstitieux » date l’objet de l’après « Révolution culturelle ».
Vous m’en mettrez 38 mètres

Jeudi 26 mai 2011, 18h. Dans un sous-sol quelque part en Savoie, la bibliothèque progresse : 16 casiers Billy (il y en a 6 autres en face), 38 mètres de rayonnages. Créé en 1978, la bibliothèque Billy est un objet « culte » de chez Ikea, populaire (41 millions d’exemplaires dans le monde), très bon marché (25 € la colonne), trop lourde (aggloméré), fragile (le revêtement laminé — sauf quand même les portes verre et aluminium, 70 €) mais minimaliste et presque super normale. Gillis Lundgren, qui l’a dessinée, fut le premier directeur du design chez Ikea en 1953 et l’auteur du concept de l’emballage plat d’Ikea (économie de stockage et de transport, montage par l’acquéreur, etc.).
Les premiers objets — c’est l’aspect Cabinet de curiosités du projet — sont des souvenirs des grands-parents et parents.
Changer la vie (Vie des objets. Ch. 16)

Jeudi 12 mai 2011. « Changer la vie », c’était un slogan d’il y a 30 ans. Puis il y a eu « la fin des grands récits ». Depuis quelques semaines, la bouteille de lait de Monoprix Bio a changé : le bouchon se visse et se dévisse sans se bloquer ni se mettre en travers. Pour un geste que l’on répète chaque matin, ça change la vie.
— Incidemment : on a pu croire qu’ouvrir le frigo la nuit pour boire du lait directement à la bouteille, c’était la liberté. Puis on a appris que le lait, ce n’était pas si bon que ça pour la santé.
— Ceci est le 401e article de jlggbblog2.

Rebel Without a Cause (La Fureur de vivre), Nicholas Ray, 1955.
Didone

Dimanche 8 mai 2011, 12h15, rue de Cotte, Paris, 12e. Remarquée depuis des années, cette enseigne ancienne emploie un caractère proche du Bodoni Extra Bold Étroit, avec des « fantaisies » comme le crochet à la base du R ou l’oblique droite du S. Mais nous sommes bien là dans la tradition des Bodoni et Didot (didones dans la classification de Maximilien Vox) qui connote une certaine assurance bourgeoise du XIXe siècle, issue de la fin du XVIIIe, du néo-classicisme et de Napoléon : Firmin Didot 1764-1836 (Paris); Giambattista Bodoni 1740-1843, dont le manuel typographique (Parme) est contemporain de la Révolution française. L’étroitesse et l’espacement sont ici pour renforcer l’élégance classique et cossue — et un certain glamour me dit Liliane (comme sur la couverture du magazine Elle, fondé en 1945 ?).
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Échantillon du Bodoni Extra Bold Étroit.




