Dessins : assemblage improbable

Mercredi 24 mars 2010, 21h, Salon du dessin, Carrousel du Louvre. On cherchait plutôt ce qui ressemble à ça : Daniel Johnston (1961, Sacramento, Californie, dessinateur http://www.hihowareyou.com/, songwriter et chanteur http://www.deezer.com/fr/music/daniel-johnston#music/daniel-johnston), galerie Aline Vidal. Mais on a entendu : « J’ai vu un très beau Vera Molnar… ». Galerie Oniris, ils ne sont pas si beaux que ça, mais ils nous intéressent et on la défend (Vera Molnar, 1924, Budapest, vit et travaille à Paris depuis 1947).



Daniel Johnston, Vera Molnar (photos : dr)


Daniel Johnston, dessins.


Vera Molnar, du cycle Love Story, dessin sur ordinateur, 1974.


Vera Molnar, du cycle Émergence d’une croix, gouache et collage, 1970 et du cycle Errances et Chaos, dessin sur ordinateur, 1975.

Vivre sa vie

Extrait de Jean-Luc Godard, Vivre sa vie, 1962. Photographie : Raoul Coutard. Chanson de Jean Ferrat. Anna Karina, Jean-Paul Savignac, Jean Ferrat.

Jean-Luc Godard est né le 3 décembre 1930. Jean Ferrat est né le 26 décembre 1930. « Cela commence tôt, dès sa rupture avec une famille de la grande bourgeoisie protestante. […] Jean-Luc Godard se rêve tantôt juif, tantôt palestinien » (Jacques Mandelbaum, Le Monde, 11 mars 2010, à propos du livre Godard, Biographie d’Antoine de Baecque, Grasset, 944 p., 2010). « Jean Ferrat, né Jean Tenenbaum, perd son père à 11 ans, lorsque ce juif émigré de Russie est déporté à Auschwitz » (Libération, 13 mars 2010).

Godard veut qu’elle soit Louise Brooks. Anna Karina, au moment du film Vivre sa vie, a 22 ans. Elle connaît une crise dépressive, elle fait une tentative de suicide, le tournage s’arrête une semaine. C’est ce que je suis en train de lire, dans la biographie de Godard achetée hier, quand s’affiche sur mon iPhone le message « Dernière minute. Le chanteur Jean Ferrat est mort »

Samedi 13 mars 2010, vers 16h. Écran du iPhone.


Antoine de Baecque, dans Godard, Biographie, page 207, souligne que Brecht devient, à l’occasion de Vivre sa vie, une référence majeure pour Godard, ce dont témoigne son emploi de la chanson de Jean Ferrat, Ma môme, 1960.

Jean Ferrat. Disque 45 tours Decca, 1960.

Ko Siulan


Ko Siulan. Dimanche 14 février, vers 15h, École des beaux-arts, quai Malaquais, Paris. Suite de l’article précédent, « Censure aux Beaux-Arts (ou l’ordre des mots) ». L’artiste, comme d’autres le font aussi, est venue photographier ses bannières réinstallées depuis la veille.


Censure aux Beaux-Arts (ou l’ordre des mots)


Vendredi 12 février 2010, 18h 15, hall de la galerie de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris. Siu Lan Ko, artiste chinoise invitée de l’exposition Le week-end de sept jours, a vu son œuvre retirée de la façade de l’école. À l’heure du vernissage, elle est interviewée par des radios et télévisions, comme par de nombreux visiteurs.


Détail du catalogue Le week-end de sept jours, éditions Beaux-Arts de Paris. L’œuvre de Siu Lan Ko consiste en deux banderoles recto-verso où sont inscrits les mots : gagner, moins, plus, travailler.
Le site de Siu Lan Ko : http://www.kosiulan.net/


Siu Lan Ko, Sign, 2008, projet en cours
Note, dimanche 14 février 2010  : En chinois, le nom de l’artiste est ???, Ko Siu Lan (nom de famille devant le prénom). Mais , dans le contexte occidental, elle semble adopter Siu Lan Ko, comme le catalogue, qui emploie malgré tout aussi Ko Siu Lan, et Siulan Ko (le prénom étant rassemblé, comme c’est aussi la pratique de la transcription pinyin). À ce propos, en pinyin, le nom ??? s’écrit : G?o Xi?olán.
Cherchant récemment les ouvrages consacrés à Ai Weiwei — voir : http://jlggb.net/blog/?p=5998 —, dans l’une des plus grandes librairies d’art du monde, Walther König à Berlin, je les ai trouvés pour une part à la lettre A, pour l’autre à la lettre W.
Citation : « Certains médias, dont des bien en vu, en sont à ignorer qu’en Asie, le nom de famille se place en premier devant le prénom. » Anne Cheng, 11 décembre 2008, Leçon inaugurale du Collège de France.
Maintenant que les choses rentrent d’en l’ordre (le ministre de la culture ayant eu des mots en faveur d’un ré-accrochage de l’œuvre sur la façade des Beaux-Arts), on peut s’attacher à l’ordre des mots (et aux mots d’ordre ?) et des caractères, s’inspirant en cela de l’œuvre elle-même : « travailler moins pour gagner plus », par exemple.

Deuxième note : dans le buzz provoqué ces derniers jours par l’affaire, il y a beaucoup de propos haineux contre la Chine, les Chinois, et contre l’art contemporain. Je relève une chose : on s’offusque qu’une Chinoise donne des leçons de démocratie et de liberté. On dit aussi qu’elle n’est pas chinoise, étant de Hong Kong. Il y a certes une différence entre Pékin et Hong Kong, mais Hong Kong, avec un statut particulier, est rattachée à la Chine depuis 1997. Ko Siulan est née à Xiamen, province du Fujian, elle réside aussi à Pékin.

Hyperlien


Mardi 9 février 2010, 15h, Arts, Université Paris 8, Saint-Denis, rentrée du 2e semestre. Hyperlien avec le billet précédent : Berlin où Anne Z., ici enseignante, est née il y a moins de trente ans.

20 ans


Juliet Berto dans Le Gai Savoir de Jean-Luc Godard, 1968 (d’après l’Émile de Jean-Jacques Rousseau. Film interdit par la censure). Photo depuis la salle, centre Pompidou, 6 avril 2008, 21h.


Juliet Berto lors d’un débat public du Festival d’Avignon au Verger d’Urbain V, le 5 août 1967, deux jours après la première du film La Chinoise, de Jean-Luc Godard, dans la cour d’honneur du Palais des papes. ©Photo JLggB.

Juliet Berto (16 janvier 1947 à Grenoble – 10 janvier 1990 à Paris). Sur la photo, elle a 20 ans. Elle a disparu il y a 20 ans. Elle a voulu se soigner à l’homéopathie. À Grenoble, on s’amusait avec elle d’un jeu de mots : « Oméo pa’ti, pôv’ Juliette ! »

EXTRAIT

[flv width= »400″ height= »320″]https://jlggb.net/blog2/wp-flv/ecole.flv[/flv]Extrait de Jean-Luc Godard, Le Gai Savoir, 1968 (dr).

L’art de la mémoire


Jeudi 28 janvier 2010, 9h15, métro ligne 13, direction Saint-Denis-Université. Un livre avec le tampon VINCENNES sur la tranche, de la bibliothèque universitaire de Paris-8-Vincennes-Saint-Denis. Le déménagement de l’université de Vincennes à Saint-Denis a eu lieu en 1980 mais les livres ont continué à être marqués Vincennes.
[flv:https://jlggb.net/blog2/wp-flv/metromemoire.flv 400 300]Moment : métro ligne 13, entre les stations Garibaldi et Porte de Saint-Ouen. Lecture : Frances Yates, L’Art de la mémoire, Gallimard, 1966.
C’est ici le premier essai d’une vidéo faite avec le iPhone dans les conditions d’une caméra « déguisée » en balladeur (avec écouteurs).

L’Art de la mémoire, page 48 (photo) :
« Aristote utilise, pour les images tirées des impressions sensorielles, la métaphore qui les compare à l’impression d’un sceau sur la cire. Pour lui, les impressions sont la source fondamentale de toute connaissance; bien que l’intellect pensant les épure et les transforme en abstractions, il ne pourrait exister de pensée ou de connaissance sans elles, car toute connaissance dépend des impressions sensorielles. »

Un film primitif


Photographié depuis un siège de la salle du Reflet Médicis, un plan de Nocturnes pour le roi de Rome, film de Jean-Charles Fitoussi, 2006, distribué par Point-ligne-plan.

Une opinion spontanée, constamment contredite, est que l’arrivée et l’emploi de nouveaux médias dans les arts seraient synonymes d’une perte de l’investissement sensible et personnel. Les machines numériques ont certes de telles capacités d’automatisme qu’elles semblent devoir démultiplier les productions standard du décervelage de masse. La distance historique est pourtant là pour démontrer la validité et la nouveauté créatrice des arts fondés sur les dispositifs automatiques que sont la photographie et le cinéma, la radio, l’enregistrement sonore, etc. La nouveauté des technologies et des instruments, qui est d’abord celle de la culture qui les porte, n’a-t-elle pas aussi cette primitivité par laquelle les arts se trouvent stimulés ? Alors, si ce film est primitif, c’est au sens, comme en mathématiques, de l’intégration des fonctions qui n’en seraient que les dérivées, propriétés et variations à quoi on reconnaît d’habitude le cinéma .

Lorsque Jean-Charles Fitoussi découvre, en 2005, la caméra fort particulière qu’est le téléphone, il y voit peut-être la caméra-stylo où le cinéma-œil dont a rêvé le cinéma, mais aussi, de façon pratique, le moyen de noter des sons et des images lors de repérages. Lui qui a été dix années durant l’assistant de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, va transgresser ses choix et ses propres contraintes stylistiques. Séjournant à Rome, le hasard le conduit à faire, avec ce téléphone-caméra, un long plan de 26 minutes du « ballet » des serveurs dans une réception à la Villa Médicis, une séquence qu’aucune autre technique n’aurait pu saisir. Il constate que ce plan « tient sa durée » et qu’il ouvre la perspective d’un film à part entière. En outre, la projection sur grand écran de cette vidéo à la résolution dérisoire est une révélation : les « défauts » y sont « transmués en merveilles ».

Ainsi, faire un film sera cette fois pour lui une entreprise à la table de travail (devant l’ordinateur), un travail au jour le jour d’agencement d’images-matériaux, de construction littéraire et musicale. La composition peut en être sans cesse reprise et modifiée. L’échéance d’une sortie nationale (la première a eu lieu mercredi 6 janvier 2010 au cinéma Reflet Médicis à Paris) a probablement fixé les 67 minutes de ce film de fiction : Nocturnes pour le roi de Rome. C’est un film d’une beauté inconnue.

À lire : Un texte sur le film par le philosophe Clément Rosset.