
Mardi 8 février 2011, 9h19, Nagoya, en arrivant au Design Center, avec un petit boulot, un travail temporaire, un arubaito. Tois jours pour être salaryman.
Catégorie : Langage
Entendu : derrière
Mercredi 19 janvier 2011, 22h15, rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 12e, métro Faidherbe-Chaligny, devant le café La Liberté (débordant sur le trottoir chaque soir) :
C’est le déterminant du taux de change. Y’a un autre truc derrière.
Derrière : c’est LE mot de 2010. Il faut entendre : après, autrement dit : devant.
De la bibliothèque : Livre culte, 1957-2010

Mythologies Roland Barthes, édition illustrée par Jacqueline Guittard, parue le 14 octobre 2010, Paris, Le Seuil (EAN13 : 9782021034479), 256 p., 39 €.
J’ai lu pour la première fois Mythologies dans une édition parue en 1963, que j’ai gardée. L’exemplaire sur la photo est probablement l’édition originale, imprimée en mars 1957. Je l’ai acheté pour quelques francs aux puces de Plainpalais à Genève, le 10 juillet 1999. À côté de moi, Jean Starobinski consultait aussi les livres d’occasion.
Mythologies se termine ainsi :
Il semblerait que nous soyons condamnés pour un certain temps à parler toujours excessivement du réel. C’est que sans doute l’idéologisme et son contraire sont des conduites encore magiques, terrorisées, aveuglées et fascinées par la déchirure du monde social. Et pourtant c’est cela que nous devons chercher : une réconciliation du réel et des hommes, de la description et de l’explication, de l’objet et du savoir.
Septembre 1956
Julia Kristeva, extrait d’un article du Monde, « Autour des Mythologies de Roland Barthes », 12 octobre 2010 :
Jugement ? Révolte ? Nausée ? Non. La vigilance de l’ironie, plutôt : version élucidée du goût. Et cette délicate étrangeté aux conventions sociales, où se tient le style (« dimension verticale et solitaire de la pensée ») devenu une écriture (« acte de solidarité historique »). Une voix qui révèle, sous le futur sémiologue, le romancier freiné et le tragédien pudique […]. Aucune « déclinologie » pourtant dans ces démystifications. Quand il déplie les significations figées en mythe et déstabilise tout « arrêt sur image » par une cascade d’interprétations où le sens côtoie le non-sens, c’est la « profondeur du langage » que Barthes cherche, réhabilite et savoure avec un bonheur contagieux. Il n’y aurait pas d’autre solution à la menace des croyances absolues, des idéologies totalitaires, du nihilisme ? Tel est le sens de son a-théisme : face aux mythes opaques des uns et à la perte du sens des autres, « la question posée au langage par le langage » peut retourner « la carence du signe en signe ».
Big and Nice

Jeudi 6 janvier 2011, 16h30, Cours de Vincennes, Paris 12e. Vitrine d’un magasin de confection, enseigne lumineuse composée en Cooper Black. L’ « interdit » formulé par Roland Barthes dans Mythologies, (le pléonasme, la tautologie, la redondance, l’analogie, la surcharge, la naturalisation, le bon sens, ce qui va de soi, etc.) n’a décidément pas lieu d’être quand on constate l’efficacité de la typographie ici, dans cette enseigne. La culture « dite de masse » analysée par Barthes (lire ci-dessous) ne devrait pas être confondue avec les initiatives vernaculaires (du quartier de la Nation, par exemple). En vérité, « Big and Nice » est la meilleure qualification du caractère Cooper Black, et l’on aurait tort de se priver de la signification qu’il transfère à ce qu’il « informe ».
Sur le même sujet, voir le billet du 19 avril 2009, « Constructions métalliques » : http://jlggb.net/blog/?p=2315
Sur le caractère Cooper Black, les billets récents : https://jlggb.net/blog2/?p=3594 et https://jlggb.net/blog2/?p=3679
Roland Barthes, extrait de la préface à Mythologies :
On trouvera ici deux déterminations: d’une part une critique idéologique portant sur le langage de la culture dite de masse; d’autre part un premier démontage sémiologique de ce langage : je venais de lire Saussure et j’en tirai la conviction qu’en traitant les « représentations collectives » comme des systèmes de signes on pouvait espérer sortir de la dénonciation pieuse et rendre compte en détail de la mystification qui transforme la nature petite-bourgeoise en nature universelle.
Mise en abyme

Mercredi 29 décembre 2010, 23h10, la recherche sur Google, 2 heures après le précédent billet.
Comment Google nous fiche

L’expression « Ceci n’est pas une boutique Orange », recherchée sur Google le 29 décembre 2010, ne connaît qu’une seule occurrence et donne ce résultat : pas seulement le lien vers le billet, mais une « photo » de l’écran. Ce faisant, Google souligne le rapprochement Orange-PTT. On remarquera la « complicité objective » de Google et d’Orange : le cadre orange sur la chose trouvée
Ceci n’est pas une boutique Orange

Mardi 28 décembre 2010, 14h30, rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 12e. Cette inconnue (vêtue de noir, comme il se doit pour aller avec l’orange) qui rentre innocemment, c’est l’une des suites de mon feuilleton marqué à l’adrénaline et aux poussées de pédagogie citoyenne. On en avait eu un avant-goût à Aix-les-Bains où, dans la boutique — on pourrait dire dans le flagship store de l’ancienne capitale du thermalisme — Orange, en s’entendant répondre, par un vendeur au teeshirt orange barré du mot Orange : « alors, pour ça, il faut s’adresser à Orange ! ».
La terre entière ne pense qu’aux téléphones (et éventuellement aux iPhones). Ce n’est pas pour ça qu’un poète révolutionnaire déclara « La terre est bleue, comme une orange ». Michel Deguy nous a expliqué que le mot important ici c’est : comme ; la terre est bleue comme une orange est orange. La même année (1929), un peintre, pas moins révolutionnaire, écrivit : « Ceci n’est pas une pipe ». Mais au moins, il y avait un dessin, et ce n’était qu’une mise en cause de la représentation, pas celle des mots. Au bord gauche de l’affiche qui vante la formule « Open », celle qui enferme tous les services d’Orange — téléphone, internet, télévision — dans un même contrat, on aperçoit sur ma photo l’amorce « ph… », de Photo Service. Ces magasins, devant le déclin de la photo, s’étaient d’abord mis aux services : doubles de clés, etc. Ils auraient pu attendre le retour des images saisies — à tirer quand même —, mais ils sentaient peut-être qu’elles reviendraient massivement avec les téléphones. Toujours est-il que ce magasin là non plus n’est pas la maison Orange. La preuve : si on assure son téléphone, on se retrouve avec un contrat qui ressemble à celui d’Orange, mais en plus « voyou » encore (cf. l’article du Monde du 9 décembre 2010, « Assurer son téléphone portable », qui rapporte les propos de Laurent Courtin, directeur commercial de SPB, qui conçoit les assurances de la plupart des marques : « ce sont des produits de voyous »). Je n’entre pas dans les détails de la comparaison entre l’assurance du « franchisé » Photo Service et celle de la maison mère France Telecom (sans accent, s’il vous plaît), qui révèlerait d’abord la sournoiserie d’Orange. Dans un autre magasin, du côté des Grands Magasins, je me suis fendu ce matin-même d’un cours de français auprès de trois Chinoises qui, au demeurant, étant immigrées à Paris, parlaient très bien le français. Non, il s’agissait d’apprendre à mentir, ou bien à Orange et à ses assureurs, ou bien à la police. Les contrats parlent de « vol avec effraction », de « vol à la tire », de « vol avec agression », mais l’expression « vol à l’arraché » qui est employée par la police pour décrire le modus operandi le plus fréquent des milliers de vols de mobiles, n’y figure pas. Il faudrait être blessé, avoir deux témoins : ce n’est jamais le cas avec l’habileté prodigieuse des duos de pourvoyeurs des lignes 13 ou 2, par exemple — voir le billet du 8 décembre 2010, « La disparition ».
REMARQUES :
1. On apprécie d’autant plus la « mercerie verte » du 14 octobre 2010.
2. Ce billet ressemble à un vrai post de blog (à la française).
Parmi les productions récentes d’Étienne

Lundi 27 décembre 2010, 22h. Étienne B. (signé Nilbog), Nerves, couleurs à l’eau (Poska) sur papier coloré, 50×70 cm, octobre 2010 (d’une série d’une trentaine de peintures).

Lundi 27 décembre 2010, 22h. Étienne B. (signé Nilbog), Sins and Saints, tee-shirt, prototype réalisé en Chine, décembre 2010 (d’une série d’une douzaine de maquettes à base d’antonymes)..
De la bibliothèque : Andy Warhol, Stockholm, 1968
Catégorie « De la bibliothèque ». Dossier N°1 réalisé le jeudi 23 décembre 2010.


Sur cette photo par Billy Name, Viva (Janet Susan Mary Hoffmann) et Piero Gilardi (voir : http://jlggb.net/blog/?p=5658 et https://jlggb.net/blog2/?p=2595)

Phrase d’Andy Warhol (avec traduction en suédois), page 10.
Andy Warhol, ouvrage conçu par by Andy Warhol, Kasper Konig, Pontus Hulten et Olle Granath (conservateur du musée — Billy Klüver a aussi contribué à l’exposition), Moderna Museet, Stockholm, février-mars 1968, 21 x 27 cm, environ 500 pages (elles ne sont pas numérotées) dont 15 pages de texte. Édition originale, imprimée à Malmö en 1968. Malheureusement, l’emboîtage en carton a été perdu dans un déménagement. Comme dans tous les exemplaires connus, la reliure (pages collées sans couture) est en train de céder : certaines pages sont détachées (depuis, une nouvelle technique de colle permet les livres à la fois très épais et très souples, comme dans les collections « Bouquins » ou « Quarto »). Mais c’est une rareté, malgré son tirage massif (on l’annonce de 800 à 1600 euros dans les librairies de livres d’artistes). Plusieurs des aphorismes prêtés à Warhol proviennent de ce catalogue, dans ce beau caractère (Falstaff de Monotype, 1931). Le livre entier est imprimé en typographie sur rotative, ce qui donne aux photographies un rendu et un toucher étonnants, sur un papier frictionné très fin de magazine. Ce livre est resté pour moi la référence absolue d’un « album », où les photos s’enchaînent sans légendes, une par page.
Ce catalogue a été réédité en 2008 à l’occasion de l’exposition du quarantenaire à Stockholm :
Andy Warhol
Other Voices, Other Rooms
9 february – 4 May 2008
Willem de Rooij on Andy Warhol
Text from the catalogue. Written after telephone conversations with Kasper König and Olle Granath, 3 and 4 September 2007
Andy Warhol’s first European museum solo show took place at the Moderna Museet in Stockholm from February through March 1968. Pontus Hultén curated the exhibition together with Olle Granath. The exhibition came with a catalogue that was, like the show, named ‘Andy Warhol’.
Kasper König, who worked for the Moderna Museet as an intern of sorts in New York, developed a basic concept for the book. Reading Warhol’s work in the context of On Kawara and other conceptual contemporaries, König had produced a radical grid that consisted of four groups of images: one group documenting Warhol’s artworks, two groups documenting Warhol’s social and professional milieu, and one group documenting a selection of particularly outraged Warhol reviews clipped from provincial American newspapers. After Warhol had given his approval to this first proposal, König proceeded to create a dummy. Ivan Karp, who worked with Warhol’s dealer Leo Castelli, gave König access to their documentation archive. König produced a sequence of pages on the gallery’s Xerox machine that mimicked as well as documented Warhol’s work: many of the available images were photocopied by König several times, and ended up in the book as self-elaborations. Thus a repetitive structure was created that expands beyond Warhol’s (serial) artworks. Here is where the book started to become a piece (a multiple) rather than a catalogue, because the mode of production as well as the formal outcome mirrored procedures and politics that were at work at the Factory at the time. In the final version of the book, only Karp’s original documentation images are titled; König’s photocopies are not. Most of the works documented in this first image section were not shown in Stockholm; they merely served as source material.
For the second and third sections of the book König commissioned Billy Name, chronicler and inhabitant of the Factory, and Stephen Eric Shore, a teenage Warhol groupie at the time. Both Name and Shore composed rhythms of their own sequences, and neither of them added any captions: they felt the images should speak for themselves. This absence of text contributed to the object-status of the book.
Name’s sequence consists of 274 images, each bleeding off an entire page. The sequence functions as a record of how Warhol and his collaborators lived, worked and celebrated, in – and outside the Factory. Most of the images have an informal character, like snapshots. Many are overexposed, unfocused or tilted, making for a visual dynamic that derails into a delirious storyboard. This series too, can be seen as an autonomous (time-based?) piece, more than a documentary exercise.
Shore’s sequence consists of 170 images, one per page. His images are more formal in their framing than Name’s. In comparison his approach seems detached, his images of the Factory uncharacteristically quiet and concentrated. Each image is reproduced in its entirety, the edges of the negative emphasized by white borders. Shore’s se-quence thus reads like an exhibition, not like a single piece.
When König returned his dummy to the Factory, Warhol scrutinized it carefully but made only a small number of changes. Contrary to what Warhol wanted to be popular belief, those who produced input at the Factory were carefully monitored.
The final edits on the dummy were made in Stockholm by Olle Granath. He compiled a small selection of Warhol quotes and aphorisms from a stack of books and clippings collected by Hultén and placed them in the book as an introduction before the image sections. The graphic design was by John Melin and Gösta Svensson. Melin produced the typography in a style he had previously used for the Moderna Museet’s catalogues and posters. Because the idea was to print a large edition (eventually: 200.000), for a low price (eventually: $1), Andy Warhol was printed like a newspaper on the rotary presses of the Sydsvenska Dagbladets; an additional signed deluxe version with gilded fore-edge was produced in a small edition. The newsprint used was not only cheap, but also gave the book an ephemeral quality that appealed to the editors. All images are rendered in black-and-white, except the cover, on which a flower motif derived from Warhol’s paintings is printed in five colors. The envisaged press-clippings section had to be dropped: the book would have become too heavy to be efficiently stored at the distributors.
The exhibition in Stockholm attracted a relatively small number of visitors, due to the extremely cold winter, but also to the fact that leftist radicalization increasingly drove the Museets public to mistrust anything American or consumerist. There was no space yet for a more complex reading of Warhol’s relation to consumption. The book, however, became very popular: its enormous edition allowed it to be distributed in nightclubs and record stores, not only museums. A timeless update on the latest from New York, it first became a cult object, then a collector’s item.
Ce texte provient du site du Moderna Museet de Stockholm :
http://www.modernamuseet.se/en/Stockholm/Exhibitions/2008/Andy-Warhol—Other-Voices-Other-Rooms/Willem-de-Rooij-on-the-Andy-Wa/
Deux décis de Gamay de Genève

Mercredi 15 décembre 2010, 22h. Restaurant Hungky, chinois de Hong Kong, rue de Fribourg à Genève (quartier des Paquis). Masaki F. considérait, quand nous y allions ensemble en 2005, que c’était un authentique chinois. Point de vue de Japonais. On peut y commander, comme partout à Genève, du Gamay de Genève.