Et toujours l’épine est sous la rose.


Lundi 23 mai 2011, 9h00. Aix-les-Bains, Nice-Savoie. En arrangeant le rosier New Dawn. Pour garder le rouge, il faut photographier très vite. Après moins d’une minute, l’effet de perle disparaît.

Il y en a un surtout qui m’est bien revenu tout entier, quant à l’air; mais la seconde moitié des paroles s’est constamment refusée à tous mes efforts pour ma la rappeler, quoiqu’il m’en revienne confusément les rimes. Voici le commencement, et ce que j’ai pu me rappeler du reste.
Tircis, je n’ose
Ecouter ton Chalumeau
sous l’Ormeau;
Car on en cause
Déja dans nôtre hameau.
……………….
……. un berger
……. s’engager
……. sans danger;
Et toujours l’épine est sous la rose.

Je cherche où est le charme attendrissant que mon cœur trouve à cette chanson : c’est un caprice auquel je ne comprends rien ; mais il m’est de toute impossibilité de la chanter jusqu’à la fin, sans être arrêté par mes larmes.

Jean-Jacques Rousseau
Les Confessions, Œuvres complètes I, La Pléiade, p. 11.

La ligne du Et


Dimanche 22 mai 2011, 20h45, Lac du Bourget, depuis Saint-Innocent, de retour de Chindrieux. C’est à mon sens ce pourquoi on aime les lacs : ils donnent à voir et la surface d’une eau, et la montagne, dans une conjonction extraordinaire, selon une ligne absolue de partage et de soudure, une ligne radicale qui est celle du Et.
NOTE On reviendra sur cette observation en 2024 :
https://jlggb.net/blog9/2024/10/05/points-de-fuite/

Serious Game


Mardi 10 mai 2011, 18h30-20h30, Ensad, Amphi Rodin, Paris 5e. Séminaire avec Harun Farocki (et C.B. et J.L.B.) sur la série de films-installation Serious Game, 2009-2010.
Lien : http://www.farocki-film.de . DVD à paraître : http://www.survivance.net/document/3/57/Images-du-monde-et-inscription-de-la-guerre
Voir, « La sortie des usines », Londres 4 février 2010, https://jlggb.net/blog2/?p=1105 et  Immersion au Jeu de Paume, 2009 : http://jlggb.net/blog/?p=2145

Sapience


Mercredi 27 avril 2011, 20h, 29 rue d’Ulm, Paris 5e. Depuis 1995, je vais régulièrement rue d’Ulm. Je me souviens de l’année 1969 et de l’année 1970 où j’allais parfois aux séances de la Cinémathèque française, non pas à Chaillot mais ici, et du mot SAPIENCE, dont je ne saisissais peut-être pas la valeur, en faisant la queue sur le trottoir.

Something different from now will rebirth. A slight hope to change our life and society.

Parmi les nouvelles d’amis du Japon (23 et 24 mars 2011).

Dear JL,

It is more strange than the Earthquake with Tsunami and Nuclear Power Plant problem.
People say it is the second post-war reconstruction.
Perhaps, something different from now will rebirth.

We all fine and escaped for Kyoto temporary. So, I am safe.
Hope to see you again in Tokyo or Paris.

Best,
Masaki

Dear JL,

Thank you for your message…!
Thank you very much for your concern…
It is very difficult time for us…
The disaster and its influence would hang over for a long time…
But in the crisis, we see a slight hope to change our life and society…
And art and culture would contribute to that…

All the best,
Yukiko

Cooper Black Free Style


Samedi 2 avril 2011, 10h30, Aix-les-Bains, bord du lac. La plupart des baraques installées sur la promenade emploient le caractère Cooper Black dans leurs enseignes. Le P’tit Creux remporte le prix Free Style, avec 25 lettres « à l’envers » — d’une façon ou d’une autre — sur 102 (sans parler des fautes d’orthographes — une plutôt que deux, on écrit en effet sandwiches ou sandwichs —, de la « mise en page » astucieuse — justification dans la justification — et de la variante syntaxique : « nos salades »).


Dossier : Cooper Black.

De la bibliothèque : La Chambre claire, 1980



Page 155. Roland Barthes, La Chambre claire, Seuil, 1980. Édition originale. Collection JLggB.
Jeudi 17 mars 2011, 16h19. C’est le « C’est elle ! C’est bien elle » du billet précédent qui nous fait retourner au livre de Roland Barthes. Ce n’est pas LE livre sur la photographie (qui éclaire cependant la photographie); c’est un roman sur la mort de la mère.
Le livre a jauni. Son pelliculage se détache. Il n’a jamais été beau, décevant pour un livre de cette importance. Mal imprimé, mal façonné : l’édition à la française.

Dégage ! Version Helvetica


Reconstitution d’un panneau repéré sur Internet dans le blog d’un jeune Tunisien (développeur web et vidéo-bloggeur) en date du mercredi 26 janvier 2011 (http://www.bullet-skan.com/2011/01/la-degage-attitude.html). L’« original » est composé en Arial, qui est la copie par Microsoft du caractère Helvetica. La prétendue « neutralité » suisse vient ici à l’appui d’une déclaration des plus littérales. L’Helvetica est réputé n’avoir aucun « contenu », « aucune connotation », si ce n’est précisément cet ordinaire élégant de convention, ce minimalisme puritain qui, dans les années 50, est l’affirmation d’un renouveau moderne (et éternel ? — Forever). On note que l’Helvetica est contemporain de l’Égypte de Nasser. L’ouvrage Helvetica forever. Story of a Typeface, publié chez Lars Müller en 2009, pour célébrer le cinquantenaire de sa création en 1957 par Max Miedinger chez Haas, Bâle, montre comment ce caractère s’est assimilé à des marques :  Geigy, Migros, Lufthansa, Knoll, Le Piccolo Teatro de Milan. On ajoutera Art Press, Orange, Microsoft et Comme des garçons… Le Super Normal de Morrison et Fukasawa ne pouvait s’écrire autrement (voir : http://jlggb.net/blog/?p=433).

C’est désormais une évidence, le numérique fait émerger des conditions radicalement inédites pour la politique et la société, principalement avec Internet et les réseaux sociaux. L’imprimante aussi, et la typographie numérique entre les mains de chacun. Dans les manifestations, les mouvements de protestation et de lutte, il y a, depuis quelques années, autre chose que les banderoles « collectives » : de simples feuilles imprimées tenues ou brandies par des individus, à mettre en relation avec les innombrables téléphones devenus appareils de saisie et de transmission d’images. Au fond, si les mots adoptent le support éminemment physique qu’est la feuille de papier, ce n’est qu’un passage pour rencontrer les corps, la rue, les lacrymogènes, pour s’incorporer à des sujets. Mais leur destin est de retourner à l’espace virtuel qui est leur théâtre d’opération « naturel ». Car il faut bien comprendre que le « virtuel » est tout aussi actif que son alter ego constitutif du réel : l’« actuel ». Qui plus est, qui irait prétendre que Facebook, Twitter, les ordinateurs, ne sont pas des opérateurs matériels. S’ils sont porteurs d’idées, d’appels, de mots d’ordre, ils ne sont pas moins matériels que des tracts ou messages transportés dangereusement par des agents de liaisons. S’il y a une nouveauté, chaque jour plus surprenante, c’est leur rapidité, leur synchronisme, leur ubiquité.


Manifestants de la place Tahrir, Le Caire, les 8 février 2011. [©Joseph Hill-Nebedaay-Flickr]

« Dégage! », mot qui engage de Tunis au Caire, via Paris
Publié dans L’Express.fr le 11/02/2011 à 11:30. Par AFP

PARIS – Dégage! : de la Tunisie à l’Égypte en passant par la France et l’Italie, cette injonction « à peine méchante », dit un linguiste, s’est imposée avec la force d’un tsunami libertaire, métaphore lointaine d’un petit mot germain à l’origine positif. « C’est le mot qui court de révolte en révolte! », lançait Marianne dans son dernier numéro, s’arrêtant sur ce « mot-projectile » passé dans le langage courant au XXe siècle, selon Alain Rey, spécialiste de la langue française. « Dégage Ben Ali! » : la Tunisie a ouvert la voie dans la langue de Molière, renversant mi-janvier le président et le régime dont elle ne voulait plus. L’Égypte a suivi avec un slogan identique en arabe adressé au président Hosni Moubarak.
En France, c’est la démission de la ministre des affaires étrangères Michèle Alliot-Marie qui est désormais ainsi réclamée: « Dégage MAM ! ». Ce slogan fait l’ouverture, parmi d’autres, de la page d’accueil du site du MoDem d’Eure-et-Loir et porte le nom d’un groupe de citoyens en colère sur Facebook. […]
L’origine du mot est pourtant germanique, dit Alain Rey : wad (caution, gage) date du Moyen Age. Dégage renvoie à de l’argent donné en échange de quelque chose, qu’on ne peut dépenser à sa guise. Si on le dé-gage, il devient libre. On dégage d’abord des choses, puis, par métaphore, on libère quelqu’un d’un engagement, explique Alain Rey. L’expression devient familière, voire grossière, dans la première partie du XXe siècle : on dégage pour sortir d’une situation dans laquelle on est coincé ou pour s’en prendre à quelqu’un qui ne veut pas partir, poursuit-il. L’effet produit reste, mais le contexte est totalement retourné. Politique et familiarité se sont rejointes une fois de plus, dit Alain Rey, constatant un glissement répandu de la communication familière réservée à la sphère privée dans la sphère publique. Mais, ajoute-t-il, Dégage! c’est familier, mais ce n’est pas méchant. Avant, on aurait dit À bas! ou Va-t-en! .