Genet, où es-tu ?

Jean Genet, L’Atelier d’Alberto Giacometti,
avec 33 photographies d’Ernest Scheidegger, L’Arbalète, Marc Berbezat, édition originale de 1963.
Archives JLggB

Les livres vieillissent mieux que les lieux.

À mon arrivée à Paris, je logeais au métro Villiers et il m’arrivait de manger au self-service qui occupait le sous-sol du Théâtre de l’Empire, avenue de Wagram, Paris, 17e. On accédait tout droit à cette très vaste salle rectangulaire, sans fenêtres, haute de plafond. Il y avait des centaines de tables et chaises en formica rangées en allées. Un jour, au début de l’année 1970, je vis Jean Genet qui mangeait là tout seul. Je n’étais pas certain que ce fût lui; mais depuis je m’en suis persuadé. Le théâtre de l’Empire, qu’on a vu à la télévision avec l’École des Fans de Jacques Martin, a été détruit et a fait place à un assez beau bâtiment, l’hôtel Marriott, dont l’architecte est Christian de Portzamparc, inauguré il y a un an, en avril 2009.


Vendredi 16 avril 2010, 15h. Au sous-sol du 41 avenue de Wagram, c’est désormais un « concept store » Silvera, dont l’architecte-designer est le très à la mode Patrick Jouin (les stations Vélib, les nouvelles sanisettes, etc).

Sciences politiques


Vendredi 26 mars 2010, 16h40, café Le Basile, 34 rue de Grenelle, à l’angle de la rue Saint-Guillaume, Paris 7e. Un observatoire du monde selon Sciences Po. Photo dans les miroirs teintés jaunes. La conversation entre les deux jeunes gens à droite est d’un sérieux effarant (il y est question de l’exercice du pouvoir sous De Gaulle). Les trois autres personnes parlent de façon plus animée et souriante, mais de choses importantes. Ce que la photo ne montre pas, c’est que la jeune femme, au centre, allaite son bébé.

Lien : Au cours du vernissage de l’exposition de l’école d’art du Havre, le maire de la ville, Antoine Ruffenach, et son adjointe à la culture, voyant notre scène de l’allaitement maternel inspirée par Rousseau, ont amené la conversation sur le livre récent d’Elisabeth Badinter, Le conflit : la femme et la mère. Sans entrer dans la discussion, je ne me suis amusé à dire à quel point j’avais été agacé, il y a des années, par la préface violemment hostile à Rousseau qu’elle avait donnée — en féministe du XXe siècle plutôt qu’en spécialiste du XVIIIe — pour un catalogue consacré à l’iconographie rousseauiste du Musée de Chambéry (Rousseau, Révolution, Romantisme, République, catalogue d’exposition au Musée Savoisien, Chambéry, 1989).


Moments de Jean-Jacques Rousseau, scène « Le lacet », CD-ROM, Gallimard, 2000, copie d’écran.

Vivre sa vie

Extrait de Jean-Luc Godard, Vivre sa vie, 1962. Photographie : Raoul Coutard. Chanson de Jean Ferrat. Anna Karina, Jean-Paul Savignac, Jean Ferrat.

Jean-Luc Godard est né le 3 décembre 1930. Jean Ferrat est né le 26 décembre 1930. « Cela commence tôt, dès sa rupture avec une famille de la grande bourgeoisie protestante. […] Jean-Luc Godard se rêve tantôt juif, tantôt palestinien » (Jacques Mandelbaum, Le Monde, 11 mars 2010, à propos du livre Godard, Biographie d’Antoine de Baecque, Grasset, 944 p., 2010). « Jean Ferrat, né Jean Tenenbaum, perd son père à 11 ans, lorsque ce juif émigré de Russie est déporté à Auschwitz » (Libération, 13 mars 2010).

Godard veut qu’elle soit Louise Brooks. Anna Karina, au moment du film Vivre sa vie, a 22 ans. Elle connaît une crise dépressive, elle fait une tentative de suicide, le tournage s’arrête une semaine. C’est ce que je suis en train de lire, dans la biographie de Godard achetée hier, quand s’affiche sur mon iPhone le message « Dernière minute. Le chanteur Jean Ferrat est mort »

Samedi 13 mars 2010, vers 16h. Écran du iPhone.


Antoine de Baecque, dans Godard, Biographie, page 207, souligne que Brecht devient, à l’occasion de Vivre sa vie, une référence majeure pour Godard, ce dont témoigne son emploi de la chanson de Jean Ferrat, Ma môme, 1960.

Jean Ferrat. Disque 45 tours Decca, 1960.

Le lieu et le moment


Il y a des années, dans un cours sur la prise de vue, on citait le parapet du Petit Pont, face à Notre Dame, comme un endroit usé par les coudes des photographes. Aujourd’hui, sur Flickr, il y a 240 000 photos avec le tag « Paris Notre Dame », dont pas mal prises d’ici.


Mardi 2 mars 2010, midi. Le point en question se trouve marqué d’une balise Messpunkt (point de mesure — pourquoi en allemand ?).


La vue principale. Après la tempête, le ciel est très bleu, la lumière très parisienne.


Le contre-champ : midi sonne à la cathédrale, gendarmes et policiers sont postés là pour le passage du convoi officiel du président russe Medvedev, dans quelques minutes.


12h 27, pont Notre Dame. Le cortège du président Medvedev venant de l’Hôtel de Ville.

Serrurerie


Mercredi 17 février 2010, 17h30, rue des Fossés Saint-Jacques, Paris, 5e. On avait eu une enseigne « constructions métalliques » (voir : http://jlggb.net/blog/?p=2315). Ici aussi, de façon moins voyante mais non moins convaincante, il y a coïncidence entre le mot et la façon, entre la façon et ce qu’elle désigne. Et l’on peut apprécier la typographie qui en résulte.

Couleurs actives

Carlos Cruz-Diez, Transchromie mécanique A, 1965-2009.

Carlos Cruz-Diez, Couleur additive, 2008.

Samedi 23 janvier 2010, 16h30, galerie Lavignes, Paris 11e, exposition de Carlos Cruz-Diez (son site : http://www.cruz-diez.com/). En 1968, j’avais employé une composition de lui pour l’affiche et le catalogue de Cinétisme, spectacle, environnement, l’exposition de Frank Popper à la Maison de la culture de Grenoble (ci-dessous). On peut noter la coïncidence des couleurs de Buren (billet précédent) et de celles — historiques — de Cruz-Diez; sans parler des rayures… Il y a en outre dans le travail ancien de Cruz-Diez, à l’exemple des cabines colorées installées à Noël 1969 sur la place du métro Odéon (à laquelle j’ai un peu contribué comme assistant de Frank Popper, commissaire de la manifestation) qui trouveront un écho dans les plexiglas colorés du Buren des années récentes.

Carlos Cruz-Diez, environnement, déc. 1969, bld St-Germain, métro Odéon, Paris. (dr)

Cinétisme, spectacle, environnement, Catalogue, Grenoble, 1968. (JLggB)

Pique-nique à l’Ile verte, Grenoble, le 11 mai 1968, pour l’ouverture de l’exposition Cinétisme, spectacle, environnement à la Maison de la culture. On reconnaît notamment : à gauche, avec lunettes, Carlos Cruz-Diez, au centre, Aline Dallier, à droite, avec cravate, Enzo Mari. (Photo JLggB © 1968)
Voir une autre photo du même moment : https://jlggb.net/blog2/?p=2440

Araki Archeology

L’idée était de trouver un truc pour faire monter l’audience de ce blog volume 2. Sur le volume 1, l’apparition du mot manga (et aussi du nom rue Keller) accompagnant une photo de deux jeunes adeptes du cosplay (« Bastille manga », 26 août 2009), puis d’une référence à l’artiste japonais Takahiro Iwasaki à la Biennale de Lyon (« Montagne », 20 septembre 2009), avaient fait doubler le nombre de visiteurs. La réponse se trouvait sous mes yeux et en restant à ma table pour faire trois photos : une figurine en pendeloque d’un chat-araki (offerte par Hajime T.; il faudrait expliciter, à partir de diverses traditions japonaises, pourquoi les nœuds et autres amulettes ont de telles proportions au Japon, au point qu’on ne puisse pas fabriquer un téléphone, un briquet, un sac, etc. sans prévoir un orifice ou une boucle pour les attacher). De Nobuyoshi Araki (荒木経惟) on est passé au numéro d’octobre 1990, « Japon », de La Recherche photographique (dont j’étais le directeur artistique), puis à un CD-ROM rarissime du même Araki, 1997, qui hélas ne peut pas être lu sur les ordinateurs d’aujourd’hui. On verra le résultat. Mais c’est déjà un assemblage vite fait et attrayant.




Nobuyoshi Araki, figurine, 1999; Nobuyoshi Araki, de la série « Tokyo Nude », 1989, La Recherche photographique N°9, Paris, 1990; CD-ROM « Digitalogue Home Museum Series-13 », Tokyo, 1997.

Correspondance :
La question posée à Miki O. du nom et de l’origine des pendeloques japonaises, sa réponse :

Ce truc s’appelle « strap » (ou keitai-strap, 携帯ストラップ, donc c’est en anglais, je pense qu’il n’y a pas de mot japonais), comme vous l’avez dit, cela a une histoire dans la culture japonais (plutôt chez les jeunes), et je crois que l’on pourrait faire quelques analyses intéressantes.
Il y a 10 ans ou à peu près, entre les filles, les lycéennes, les collégiennes, ça se développait : variation de thèmes et de dessin, influence de la sub-culture, etc. Autour de moi beaucoup de lycéennes mettaient trop de « strap » à leur portable (10 ou plus). Aujourd’hui cette mode est plutôt pour les garçons otaku puisque beaucoup de straps sont des personnages d’animations (ou nana sexy, femme en uniformes, etc.). En tous cas, c’est toujours à la mode, je crois.
Exemples : http://www.strapya.com/products/33022.html
Et le mien :

Exploration :
On trouve trace de la pendeloque Araki au moins deux fois sur le Web (à condition de partir des mots en japonais) :
http://www.elephant-picture.jp/araki/
Ou encore, dans un post du 15 avril 2006 où il est question d’une rencontre avec Araki :

http://blog.livedoor.jp/otani_arc/archives/50589092.html

Il est amusant de noter que cet araki-strap est toujours à sa place sur un clavier d’ordinateur.

Le genre (Vie des ojets. Ch.7)

sam hecht
Dimanche 20 décembre 2009, Nice-Savoie, Aix-les-Bains. Il était plus facile au petit disque dur, noir, compact et de poche, de rejoindre la balayette blanche, réputée pour sa stabilité, dans son lieu naturel. Leur communauté est visible, mais il faut quand même la mettre en scène. Peut-être par peur du ridicule, cette espèce de meeting a lieu discrètement. Il ne faudra pas s’étonner quand tous les objets de ce genre, plus maniérés que les autres, lanceront quelque chose comme la Design Pride. Plus sérieusement, il est bon de savoir qu’ils sont dessinés par un duo de designers :

kim colin & sam hechtIndustrial Facilities, Kim Colin & Sam Hecht (États-Unis, Grand Bretagne), ont signé le design du disque dur « Little Disk » pour LaCie (Japan Creative Award 2007/08; Industrie Forum Hanover Award 2008; Red Dot Award 2008, Idea Bronze Award 2008) et de la « Toilet Brush » pour Muji.

 

Signalétique : une suite qui fait peur

Paris, dimanche 6 décembre 2009, 16h. Coïncidence incroyable, troublante, qui fait presque peur… Pour compléter le tableau de « Signalétique » (billet d’hier), retour sur Street View avec cette fois l’adresse du Centre culturel suisse de Paris (32 rue des Francs-Bourgeois, 75003 Paris). Une vue du CCSP sera utile pour démontrer le caractère « stratégique » du carrefour rue des Francs-Bourgeois – rue des Hospitalières Saint-Gervais. On trouve à ce carrefour, sur l’une des vues, la silhouette d’un homme en noir qui, précisément, semble photographier l’entrée du Centre culturel (à moins qu’il téléphone ? ou bien les deux). Ce pourrait être la figure du rédacteur, sinon le rédacteur lui-même. Mais, venant vers lui, c’est une figure familière qui saute aux yeux : ce serait L. ? En avançant dans les images, c’est une évidence : « C’est elle. C’est bien elle ! »; «Oui ! C’est L., c’est bien L. ! » Le « photographe » et une autre personne à deux pas sur le trottoir ont regardé l’étrange caméra multi-objectif au bout d’une perche sur la voiture Google, mais pas L. La question lui est posée. Elle ne se souvient pas avoir vu ça.

Le plus surprenant : toute cette histoire était déjà dans la photographie Street View publiée hier : « Signalétique » 5 décembre 2009.

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Pour explorer directement les images en « live » : ouvrir Street View rue des Francs-Bourgeois à Paris.

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L. sur le trottoir face au Centre culturel suisse. Photos extraites de Street View.

Note : en rassemblant les souvenirs et en observant de près les images Street View, en particulier les affiches d’expositions et de spectacles, nous arrivons à dire — sans certitude — que cet événement a eu lieu le samedi 24 mai 2008, dans la matinée. Voir le billet : http://jlggb.net/blog/?p=316