De la bibliothèque : La Chambre claire, 1980



Page 155. Roland Barthes, La Chambre claire, Seuil, 1980. Édition originale. Collection JLggB.
Jeudi 17 mars 2011, 16h19. C’est le « C’est elle ! C’est bien elle » du billet précédent qui nous fait retourner au livre de Roland Barthes. Ce n’est pas LE livre sur la photographie (qui éclaire cependant la photographie); c’est un roman sur la mort de la mère.
Le livre a jauni. Son pelliculage se détache. Il n’a jamais été beau, décevant pour un livre de cette importance. Mal imprimé, mal façonné : l’édition à la française.

Des rues nommées Rousseau



Mardi 8 mars 2011, midi. Nouveau repérage dans le quartier Saint-Jean de Genève, des rues nommées à partir de Rousseau : Rue des Confessions; Sentier du Promeneur solitaire; Rue du Contrat social, Avenue de Devin du village; Rue du Vicaire savoyard, Rue d’Ermenonville; avenue de Warens; Rond-point Jean-Jacques. Il est question d’un projet de « réalité augmentée » où les plaques-titres joueraient véritablement d’embrayeurs à la lecture des textes dans leurs lieux. Ceci pour le 300e anniversaire de Rousseau, en 2012.

Dégage ! Version Helvetica


Reconstitution d’un panneau repéré sur Internet dans le blog d’un jeune Tunisien (développeur web et vidéo-bloggeur) en date du mercredi 26 janvier 2011 (http://www.bullet-skan.com/2011/01/la-degage-attitude.html). L’« original » est composé en Arial, qui est la copie par Microsoft du caractère Helvetica. La prétendue « neutralité » suisse vient ici à l’appui d’une déclaration des plus littérales. L’Helvetica est réputé n’avoir aucun « contenu », « aucune connotation », si ce n’est précisément cet ordinaire élégant de convention, ce minimalisme puritain qui, dans les années 50, est l’affirmation d’un renouveau moderne (et éternel ? — Forever). On note que l’Helvetica est contemporain de l’Égypte de Nasser. L’ouvrage Helvetica forever. Story of a Typeface, publié chez Lars Müller en 2009, pour célébrer le cinquantenaire de sa création en 1957 par Max Miedinger chez Haas, Bâle, montre comment ce caractère s’est assimilé à des marques :  Geigy, Migros, Lufthansa, Knoll, Le Piccolo Teatro de Milan. On ajoutera Art Press, Orange, Microsoft et Comme des garçons… Le Super Normal de Morrison et Fukasawa ne pouvait s’écrire autrement (voir : http://jlggb.net/blog/?p=433).

C’est désormais une évidence, le numérique fait émerger des conditions radicalement inédites pour la politique et la société, principalement avec Internet et les réseaux sociaux. L’imprimante aussi, et la typographie numérique entre les mains de chacun. Dans les manifestations, les mouvements de protestation et de lutte, il y a, depuis quelques années, autre chose que les banderoles « collectives » : de simples feuilles imprimées tenues ou brandies par des individus, à mettre en relation avec les innombrables téléphones devenus appareils de saisie et de transmission d’images. Au fond, si les mots adoptent le support éminemment physique qu’est la feuille de papier, ce n’est qu’un passage pour rencontrer les corps, la rue, les lacrymogènes, pour s’incorporer à des sujets. Mais leur destin est de retourner à l’espace virtuel qui est leur théâtre d’opération « naturel ». Car il faut bien comprendre que le « virtuel » est tout aussi actif que son alter ego constitutif du réel : l’« actuel ». Qui plus est, qui irait prétendre que Facebook, Twitter, les ordinateurs, ne sont pas des opérateurs matériels. S’ils sont porteurs d’idées, d’appels, de mots d’ordre, ils ne sont pas moins matériels que des tracts ou messages transportés dangereusement par des agents de liaisons. S’il y a une nouveauté, chaque jour plus surprenante, c’est leur rapidité, leur synchronisme, leur ubiquité.


Manifestants de la place Tahrir, Le Caire, les 8 février 2011. [©Joseph Hill-Nebedaay-Flickr]

« Dégage! », mot qui engage de Tunis au Caire, via Paris
Publié dans L’Express.fr le 11/02/2011 à 11:30. Par AFP

PARIS – Dégage! : de la Tunisie à l’Égypte en passant par la France et l’Italie, cette injonction « à peine méchante », dit un linguiste, s’est imposée avec la force d’un tsunami libertaire, métaphore lointaine d’un petit mot germain à l’origine positif. « C’est le mot qui court de révolte en révolte! », lançait Marianne dans son dernier numéro, s’arrêtant sur ce « mot-projectile » passé dans le langage courant au XXe siècle, selon Alain Rey, spécialiste de la langue française. « Dégage Ben Ali! » : la Tunisie a ouvert la voie dans la langue de Molière, renversant mi-janvier le président et le régime dont elle ne voulait plus. L’Égypte a suivi avec un slogan identique en arabe adressé au président Hosni Moubarak.
En France, c’est la démission de la ministre des affaires étrangères Michèle Alliot-Marie qui est désormais ainsi réclamée: « Dégage MAM ! ». Ce slogan fait l’ouverture, parmi d’autres, de la page d’accueil du site du MoDem d’Eure-et-Loir et porte le nom d’un groupe de citoyens en colère sur Facebook. […]
L’origine du mot est pourtant germanique, dit Alain Rey : wad (caution, gage) date du Moyen Age. Dégage renvoie à de l’argent donné en échange de quelque chose, qu’on ne peut dépenser à sa guise. Si on le dé-gage, il devient libre. On dégage d’abord des choses, puis, par métaphore, on libère quelqu’un d’un engagement, explique Alain Rey. L’expression devient familière, voire grossière, dans la première partie du XXe siècle : on dégage pour sortir d’une situation dans laquelle on est coincé ou pour s’en prendre à quelqu’un qui ne veut pas partir, poursuit-il. L’effet produit reste, mais le contexte est totalement retourné. Politique et familiarité se sont rejointes une fois de plus, dit Alain Rey, constatant un glissement répandu de la communication familière réservée à la sphère privée dans la sphère publique. Mais, ajoute-t-il, Dégage! c’est familier, mais ce n’est pas méchant. Avant, on aurait dit À bas! ou Va-t-en! .

De la bibliothèque : Livre culte, 1957-2010


Mythologies Roland Barthes, édition illustrée par Jacqueline Guittard, parue le 14 octobre 2010, Paris, Le Seuil (EAN13 : 9782021034479), 256 p., 39 €.
J’ai lu pour la première fois Mythologies dans une édition parue en 1963, que j’ai gardée. L’exemplaire sur la photo est probablement l’édition originale, imprimée en mars 1957. Je l’ai acheté pour quelques francs aux puces de Plainpalais à Genève, le 10 juillet 1999. À côté de moi, Jean Starobinski consultait aussi les livres d’occasion.

Mythologies se termine ainsi :

Il semblerait que nous soyons condamnés pour un certain temps à parler toujours excessivement du réel. C’est que sans doute l’idéologisme et son contraire sont des conduites encore magiques, terrorisées, aveuglées et fascinées par la déchirure du monde social. Et pourtant c’est cela que nous devons chercher : une réconciliation du réel et des hommes, de la description et de l’explication, de l’objet et du savoir.
Septembre 1956
Julia Kristeva, extrait d’un article du Monde, « Autour des Mythologies de Roland Barthes », 12 octobre 2010 :

Jugement ? Révolte ? Nausée ? Non. La vigilance de l’ironie, plutôt : version élucidée du goût. Et cette délicate étrangeté aux conventions sociales, où se tient le style (« dimension verticale et solitaire de la pensée ») devenu une écriture (« acte de solidarité historique »). Une voix qui révèle, sous le futur sémiologue, le romancier freiné et le tragédien pudique […]. Aucune « déclinologie » pourtant dans ces démystifications. Quand il déplie les significations figées en mythe et déstabilise tout « arrêt sur image » par une cascade d’interprétations où le sens côtoie le non-sens, c’est la « profondeur du langage » que Barthes cherche, réhabilite et savoure avec un bonheur contagieux. Il n’y aurait pas d’autre solution à la menace des croyances absolues, des idéologies totalitaires, du nihilisme ? Tel est le sens de son a-théisme : face aux mythes opaques des uns et à la perte du sens des autres, « la question posée au langage par le langage » peut retourner « la carence du signe en signe ».

De la bibliothèque : Andy Warhol, Stockholm, 1968

Catégorie « De la bibliothèque ». Dossier N°1 réalisé le jeudi 23 décembre 2010.



Sur cette photo par Billy Name, Viva (Janet Susan Mary Hoffmann) et Piero Gilardi (voir : http://jlggb.net/blog/?p=5658 et https://jlggb.net/blog2/?p=2595)


Phrase d’Andy Warhol (avec traduction en suédois), page 10.

Andy Warhol, ouvrage conçu par by Andy Warhol, Kasper Konig, Pontus Hulten et Olle Granath (conservateur du musée — Billy Klüver a aussi contribué à l’exposition), Moderna Museet, Stockholm, février-mars 1968, 21 x 27 cm, environ 500 pages (elles ne sont pas numérotées) dont 15 pages de texte. Édition originale, imprimée à Malmö en 1968. Malheureusement, l’emboîtage en carton a été perdu dans un déménagement. Comme dans tous les exemplaires connus, la reliure (pages collées sans couture) est en train de céder : certaines pages sont détachées (depuis, une nouvelle technique de colle permet les livres à la fois très épais et très souples, comme dans les collections « Bouquins » ou « Quarto »). Mais c’est une rareté, malgré son tirage massif (on l’annonce de 800 à 1600 euros dans les librairies de livres d’artistes). Plusieurs des aphorismes prêtés à Warhol proviennent de ce catalogue, dans ce beau caractère (Falstaff de Monotype, 1931). Le livre entier est imprimé en typographie sur rotative, ce qui donne aux photographies un rendu et un toucher étonnants, sur un papier frictionné très fin de magazine. Ce livre est resté pour moi la référence absolue d’un « album », où les photos s’enchaînent sans légendes, une par page.

Ce catalogue a été réédité en 2008 à l’occasion de l’exposition du quarantenaire à Stockholm :

Andy Warhol
Other Voices, Other Rooms
9 february – 4 May 2008

Willem de Rooij on Andy Warhol
Text from the catalogue. Written after telephone conversations with Kasper König and Olle Granath, 3 and 4 September 2007

Andy Warhol’s first European museum solo show took place at the Moderna Museet in Stockholm from February through March 1968. Pontus Hultén curated the exhibition together with Olle Granath. The exhibition came with a catalogue that was, like the show, named ‘Andy Warhol’.

Kasper König, who worked for the Moderna Museet as an intern of sorts in New York, developed a basic concept for the book. Reading Warhol’s work in the context of On Kawara and other conceptual contemporaries, König had produced a radical grid that consisted of four groups of images: one group documenting Warhol’s artworks, two groups documenting Warhol’s social and professional milieu, and one group documenting a selection of particularly outraged Warhol reviews clipped from provincial American newspapers. After Warhol had given his approval to this first proposal, König proceeded to create a dummy. Ivan Karp, who worked with Warhol’s dealer Leo Castelli, gave König access to their documentation archive. König produced a sequence of pages on the gallery’s Xerox machine that mimicked as well as documented Warhol’s work: many of the available images were photocopied by König several times, and ended up in the book as self-elaborations. Thus a repetitive structure was created that expands beyond Warhol’s (serial) artworks. Here is where the book started to become a piece (a multiple) rather than a catalogue, because the mode of production as well as the formal outcome mirrored procedures and politics that were at work at the Factory at the time. In the final version of the book, only Karp’s original documentation images are titled; König’s photocopies are not. Most of the works documented in this first image section were not shown in Stockholm; they merely served as source material.

For the second and third sections of the book König commissioned Billy Name, chronicler and inhabitant of the Factory, and Stephen Eric Shore, a teenage Warhol groupie at the time. Both Name and Shore composed rhythms of their own sequences, and neither of them added any captions: they felt the images should speak for themselves. This absence of text contributed to the object-status of the book.

Name’s sequence consists of 274 images, each bleeding off an entire page. The sequence functions as a record of how Warhol and his collaborators lived, worked and celebrated, in – and outside the Factory. Most of the images have an informal character, like snapshots. Many are overexposed, unfocused or tilted, making for a visual dynamic that derails into a delirious storyboard. This series too, can be seen as an autonomous (time-based?) piece, more than a documentary exercise.

Shore’s sequence consists of 170 images, one per page. His images are more formal in their framing than Name’s. In comparison his approach seems detached, his images of the Factory uncharacteristically quiet and concentrated. Each image is reproduced in its entirety, the edges of the negative emphasized by white borders. Shore’s se-quence thus reads like an exhibition, not like a single piece.

When König returned his dummy to the Factory, Warhol scrutinized it carefully but made only a small number of changes. Contrary to what Warhol wanted to be popular belief, those who produced input at the Factory were carefully monitored.

The final edits on the dummy were made in Stockholm by Olle Granath. He compiled a small selection of Warhol quotes and aphorisms from a stack of books and clippings collected by Hultén and placed them in the book as an introduction before the image sections. The graphic design was by John Melin and Gösta Svensson. Melin produced the typography in a style he had previously used for the Moderna Museet’s catalogues and posters. Because the idea was to print a large edition (eventually: 200.000), for a low price (eventually: $1), Andy Warhol was printed like a newspaper on the rotary presses of the Sydsvenska Dagbladets; an additional signed deluxe version with gilded fore-edge was produced in a small edition. The newsprint used was not only cheap, but also gave the book an ephemeral quality that appealed to the editors. All images are rendered in black-and-white, except the cover, on which a flower motif derived from Warhol’s paintings is printed in five colors. The envisaged press-clippings section had to be dropped: the book would have become too heavy to be efficiently stored at the distributors.

The exhibition in Stockholm attracted a relatively small number of visitors, due to the extremely cold winter, but also to the fact that leftist radicalization increasingly drove the Museets public to mistrust anything American or consumerist. There was no space yet for a more complex reading of Warhol’s relation to consumption. The book, however, became very popular: its enormous edition allowed it to be distributed in nightclubs and record stores, not only museums. A timeless update on the latest from New York, it first became a cult object, then a collector’s item.

Ce texte provient du site du Moderna Museet de Stockholm :
http://www.modernamuseet.se/en/Stockholm/Exhibitions/2008/Andy-Warhol—Other-Voices-Other-Rooms/Willem-de-Rooij-on-the-Andy-Wa/

Voir aussi :
http://www.modernamuseet.se/en/Stockholm/Exhibitions/2008/Andy-Warhol—Other-Voices-Other-Rooms/With-Andy-Warhol-1968-text-Ol/

Nancy Huston


Mercredi 15 décembre 2010, 20h30, auditoire de la HEAD, Genève. Nancy Huston parle de son livre L’espèce fabulatrice, de la fiction et du réel.

Nancy Huston, L’espèce fabulatrice, Actes Sud, 2008.
(Pas encore lu)

America by Car


Samedi 11 décembre 2010. Acheté lundi 6 décembre, le nouveau (grand) livre de Lee Friedlander, America by Car, D.A.P./Fraenkel Gallery, 2010. Plus de 200 photos faites en 15 ans, où se confirme l’affinité de l’appareil photo avec la voiture, comme véhicules, machines de vision, instruments de cadrage, dispositifs de construction, de collecte et d’assemblage d’images. Friedlander revisite l’histoire de la photographie américaine (Ansel Adams, Walker Evans, Robert Frank, etc.) et sa propre photographie (monuments, bâtiments, enseignes, pancartes, arbres, branchages, grillages, visages, miroirs, ombres, autoportraits, etc.)


Lee Friedlander, Montana, 2008, de la serie America by Car, 1995-2009. Gelatin silver print, 38.1 x 38.1 cm. Collection of the artist; courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco © Lee Friedlander, courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco.


Documents intéressants à propose de l’impression du livre le 16 juin 2010 chez Meridian Printing (East Greenwich, Rhode Island) sur une presse Heidelberg Speedmaster (DR) : en lien ici.


Lee Friedlander par Richard Avedon.


L’appareil employé par Friedlander, un Hasselblad Superwide, avec un angle de vue en diagonale de 91 degrés.

Un article du New York Times sur « America by Car », exposition à New York au Whitney Museum of American Art, automne 2010 :

ART REVIEW
Slide show : http://www.nytimes.com/slideshow/2010/09/02/arts/design/20100903-cars-slideshow.html
Landscapes Framed by a Chevy
By KAREN ROSENBERG
Published: September 2, 2010

If you were a serious photographer in the 1960s, a Robert Frank or a Garry Winogrand crisscrossing the country on a Guggenheim grant, you needed a car as much as your Leica. But what if Mr. Frank, or Winogrand, had never left the wheel? That perverse thought seems to have inspired a recent series by another photography great, Lee Friedlander. Mr. Friedlander’s “America by Car” has just been published in book form and, starting on Saturday, will be on view at the Whitney Museum of American Art.
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Lubok Verlag


Vendredi 18 juin 2010, 15h, Art Basel, « Art Unlimited », section des livres d’artistes. Basé à Leipzig, fondé par le peintre Christoph Ruckhäberle et le graveur Thomas Siemon, Lubok Verlag est un éditeur de livres d’artistes — http://www.lubok-books.com/ — dont la particularité est l’usage d’une presse typographique (modèle Präsident, 1958) et de la linogravure. De grand format, sur un beau papier, reliée « à la chinoise », la revue frappe par la vigueur de ses encres — et de leur odeur.
Voir : http://www.spinnerei.de/print-graphic-text-media.html et http://www.carpe-plumbum.de/