Le monde post-manettes



Samedi 10 mars 2012, 20h, Yverdon, Maison d’Ailleurs, inauguration de l’exposition Play Time sur les jeux vidéo. Parmi les œuvres et les documents, une collection de manettes depuis 1982. La dernière case est vide car elle renvoie à la Kinect, une caméra qui capte les gestes du joueur. « Dans le monde post-manettes, la relation avec votre avatar peut devenir si fluide que sourire avec votre visage et sourire à l’écran constitueront virtuellement la même action » écrit le catalogue. En attendant, Laura, étudiante en design des nouveaux média à Genève, vérifie les vertus ludiques et relationnelles du déguisement.

Des archives : Doisneau 1/4




Lundi 14 février 2012. Cette année est le centenaire de Doisneau. Des archives : photographies inédites dans leur cadrage original. 1981, une idée nous est venue : monter une exposition des photographies de Robert Doisneau en Chine. Yann Pavie, qui a travaillé au Musée d’art moderne de la ville de Paris à l’exposition de Doisneau « Les Passants qui passent », du 11 juin au 2 septembre 1978, puis l’a montrée à la Maison de la culture de Grenoble, du 26 septembre au 16 novembre 1980, organise un rendez-vous au 46 place Jules Ferry à Montrouge dans le courant du mois de juin 1981. On verra dans de prochains billets comment les choses vont se passer. Photos ©jlggb 1981.

Des pages d’histoire


Mercredi 8 février 2012; 13h30. Grand froid, temps gris. Je passe au métro Charonne et je photographie le livre d’Alain Dewerpe, Charonne 8 février 1962, Anthropologie historique d’un massacre d’État, Folio histoire inédit, 2006, que j’ai acheté en lu en grande partie en 2006 — il fait 898 pages (son éditeur est donc aussi « le mien », Éric Vigne). Mon camarade Alain Frappier (nous faisions de l’agitprop ensemble il y a près de 40 ans) vient de sortir une bande dessinée, Dans l’ombre de Charonne, Editions du Mauconduit. Ce soir, présentant Aalam Wassef, artiste égyptien engagé dans la Révolution au Caire (et sur Internet), que j’ai connu chez Gallimard en 1999-2000  à l’époque de Moments de Jean-Jacques Rousseau, invité par l’Observatoire des nouveaux médias, j’ai cité ce 50e anniversaire en disant que le 8 février 1962 avait eu tendance à masquer le 17 octobre 1961, date noire qui vit le massacre de plusieurs centaines d’Algériens dans Paris et à ses alentours. Un autre de mes camarades, Jean-Luc Einaudi, avait écrit un livre historique sur Octobre 1961 et il eut notamment le mérite de gagner son procès contre Maurice Papon (le préfet de police lors de ces deux événements) à l’époque où celui-ci était poursuivi à Bordeaux pour sa culpabilité dans la déportation de Juifs. En 1963, mon camarade de lycée Gérard Bois me montra le film de Jacques Panigel, Octobre à Paris, qui était interdit. Des années plus tard, mon ami André Iten me raconta comment il avait obtenu ce même film pour sa collection au Centre pour l’image contemporaine de Genève.

Des archives/De la bibliothèque : une année studieuse


Des archives : photographies inédites (ou non) dans leur cadrage original, Avignon 1967, suite. Maurice Béjart au Verger d’Urbain V au tout début août 1967. Photo ©jlggb 1967. Cette photo sera publiée dans le carnet-programme N°1 de la Maison de la culture de Grenoble pour son inauguration en février 1968. En juillet et août 1967, je photographie plusieurs spectacles et leurs répétitions. Les Ballets du XXe siècle de Béjart créent Messe pour le temps présent.


Interview de Maurice Béjart à propos de Messe pour le temps présent. Journal télévisé du 4 août 1967. 3mn 10s. Archives INA. (J’assistais à cette répétition.)



Reliant Béjart et Godard (et quelques moments dont je me souviens), cette page du récent livre d’Anne Wiazemski, Une Année studieuse, Gallimard, 2012. Voir aussi : Jean-Luc Godard au Verger d’Urbain V. Samedi 14 janvier 2012, 23h59.

Dossier : Sori Yanagi (1915-2011)


La presse française n’a pas mentionné, me semble-t-il, la mort de Sori Yanagi (柳宗理) le 25 décembre dernier. Je l’apprends en écoutant l’émission d’architecture de François Chaslin sur France culture, ce dimanche 8 janvier 2012. Au milieu des années 90, L. avait fait acheter pour le département d’arts plastiques de Paris 8, des tabourets Elephant (1954) — encore fabriqués en résine de polyester armée de fibre de verre. Je connaissais son nom et certains de ses objets (le tabouret Butterfly, une célèbre théière, etc.) quand, en octobre 2000, ayant donné un entretien pour la télévision NHK, j’ai reçu en cadeau un écrin de 10 couverts Yanagi « de luxe » — avec manches en bois. Je remarquais alors des objets de lui un peu partout au Japon (une bouilloire, des ustensiles, des couverts, des tasses). J’ai vu, en 2001, au grand magasin Parco d’Osaka, une tasse de porcelaine fine bone china (1990) de taille moyenne, fabriquée par Nikko à Kanazawa. C’était La Tasse par excellence. J’en ai acheté une pour le 88e anniversaire de mon père. En 2002, j’ai acheté des couverts pour tous les jours. En novembre 2003, à Tokyo, L. et moi avons acheté d’autres tasses blanches, et des petites aussi. En février 2011, visitant le Mingei Kan (musée d’art populaire à Tokyo) fondé par le philosophe Soetsu Yanagi, le père de Sori Yanagi, j’ai choisi de rapporter une assiette en céramique noire et verte qui est un classique des emprunts de Sori Yanagi aux arts traditionnels populaires.

Voici donc le dossier de jlggbblog propose en hommage à ce grand designer.


Extrait de l’émission Métropolitains de François Chaslin consacré à Sori Yanagi le 8 janvier 2012, cliquer ici : Yanagi-Chaslin-2012


Sori Yanagi Design en Europe


« Une assiette à deux couleurs d’émaux juxtaposées de Sori Yanagi »


« Mingeikan »


« L’esprit Mingei au Japon »


« Super Normal »


Vidéo du 19 janvier 2007, mise en ligne à l’occasion de l’exposition Sori Yanagi au Musée national d’art moderne de Tokyo.

Sur les sites Domus, ou Designboom, on trouve ce témoignage de Jasper Morrison :

Jasper Morrison has sent us a tribute to sori yanagi, a key figure in the reconciliation among craft and industry who died on dec. 25, 2011. Over the course of a career that spanned more than 60 years, Yanagi created a vast array of industrial objects for a quotidian use with an emphasis on simplicity, practicality and natural beauty.

Sori Yanagi, the japanese designer famous for his butterfly stool, made from two identical plywood mouldings, has died in Tokyo aged 96. His career spanned a period which saw the birth of post war japan’s industrialisation and it’s relatively recent surrender to Korea and China as factory floors for the world’s electronic goods.

Yanagi was born in Tokyo in 1915 and grew up in the Japanese equivalent of an arts and crafts house across the street from the Mingei Kan (japanese crafts museum) which his father Soetsu established together with the ceramicists Shoji Hamada and Kanjiro Kawai. Their understanding of korean and japanese folk art was based on an intuitive appreciation of the beauty of things made unselfconsciously, and the discussions which their discoveries provoked, led to a cultural awakening in pre-war japan which had long been absent.

The inadequacy of industrial production and the importance and superiority of objects made by hand for unpretencious everyday purposes was a constant theme of his father’s essays and looking at the hundreds of everyday objects which resulted from yanagi’s six decade design career, from manhole covers to tea cups and drinking water fountains, it seems the message was well received, each one of them having about it all the spirit an object needs to overcome the orphan-like disadvantages of an industrial birth.

His students days were marked by the teaching of Charlotte Perriand, the french designer responsible for most of the furniture attributed to Le Corbusier, who travelled to japan in the 1940’s on a government grant with a mission to inspire young Japanese designers. In 1957 he travelled to Milan, then in its hey day as the design capital of the world, for the 11th Milan triennale where he exhibited his butterfly stool. Back in Tokyo his design office finally settled in the studio where he was to continue working for the last 4 decades of his career.

I was lucky enough to visit Sori Yanagi’s studio, a half submerged day-lit cube in a modernist building of the 1970’s. The room was no bigger than 40 square metres, and manouvreability limited to narrow passages between islands of models, books and industrial samples. at the time, assistants were busy modelling saucepan handles, while I took in the atmosphere. It was evident that for sori yanagi a design needed to be modelled, in the original sense of the word, before it could be drawn up for production.

In recent years his kitchenware designs have attracted something of a cult following, appreciated for there usefulness as much as their beauty. It seems probable that sori yanagi spent his life trying to invent a future for his father’s appreciation of things, reconciling the two worlds of craft and industry by adapting the benefits of the handmade with the advantages of industrial production, with a mind and an eye trained from an early age to know how to do it.

His recent decline in health combined with a certain lack of attention from Europe’s design media and institutions, denied the west the retrospective exhibition and magazine coverage he deserved. Though he rarely made public appearances in later years, in 2006 he attended an exhibition curated by Naoto Fukasawa and myself called Super Normal, which featured a number of his pieces.

Wandering among the exhibits he stopped to appreciate some of them, finally settling on a salad bowl with combined strainer that he had designed several years earlier « it’s beautiful, who did it? » he asked with a slight smile and twinkling eyes.


Sori Yanagi’s salad bowl with combined strainer.

L’enceinte de Philippe-Auguste et des élèves du lycée Charlemagne


Vendredi 6 janvier 2012, 13h47, devant le lycée Charlemagne, 14 rue Charlemagne, Paris 4e, du côté de l’enceinte de Philippe-Auguste — qui ressort particulièrement dans la lumière aujourd’hui. Pour une fois, la photo n’est pas un décor vide.
Autre chose : comme avec les arbres du Luxembourg d’il y a quelques jours, on teste un « faux Rolleiflex », une manière de faire des photos carrées par l’addition (logiciel Double Take) de deux photos format 4 x 3 prises avec le GR IV. Une façon de retrouver le grand style de l’époque où la photographie cherchait à inscrire véritablement le réel de façon auto-ordonnée (pour faire court : Doisneau plutôt que Cartier-Bresson). Je m’explique : ce qui est intéressant dans une image comme ça, c’est qu’on puisse voir, dans une même perspective, aussi bien les bâtiments se détacher sur le ciel que la façon dont de jeunes personnes font fonctionner leurs choix de chaussures dans leur milieu. Il faut donc le haut ET le bas.

On avait perdu de vue la Spatz Molla


Samedi 31 décembre 2011, 13h-15h, Centre Pompidou. Collections du 4e étage du Musée national d’art contemporain : Roger Tallon (1929-2011), Chaise Standard, Module 400 et Chaise Échiquier, 1966, fonte d’aluminium poli, mousse de polyuréthane alvéolée, édition galerie Lacloche, achat 2010. Je n’aurais pas photographié ces chaises sans l’accroche de la Spatz Molla. Car le « vrai nom » de cette mousse est Spatz Molla. Nous avions, dans les années 70, des matelas de camping en Spatz Molla, ce matériau ultramoderne de la maison Spatz, à Zürich : http://www.spatz.ch. Nous l’avions perdue de vue. C’était toute une époque.
Dossier de presse de la galerie Jousse Entreprise, 2005 : Le « Module 400 » (1965) fut conçu pour l’aménagement d’une boîte de nuit. Occupant un ancien garage, le lieu devait évoquer un tronçon d’autoroute. Tallon en quadrilla le sol de dalles métalliques de 400 x 400 mm de côté.
Roger Tallon est celui par qui on a entendu l’expression esthétique industrielle, avec précisément pour moi l’image de la caméra Sem Veronic 8mm (1957). Ensuite, on a connu l’escalier hélicoïdal (1964), le téléviseur Téléavia (1966), la maquette de la revue Art Press (1973), les dernières montres Lip (1973-75), les trains Corail, le TGV, l’Eurostar — mais Tallon devait déclarer en janvier 2011 à Télérama : « La SNCF détruit tout mon travail. Je ne lui pardonnerai jamais. » Il avait fondé en 1963 le département design de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs, où il enseigna pendant 30 ans.

Autoportraits de Munch


Edvard Munch, Autoportrait devant La Mort de Marat, 1930, épreuve gélatino argentique d’après le négatif original, Munch-museet, Oslo. Détail.




Edvard Munch, Dessins d’illusions d’optique, aquarelle et pastel sur papier, Munch-museet, Oslo. Détails.

Samedi 31 décembre 2011, 13h-15h, Centre Pompidou, exposition Edvard Munch, l’œil moderne. À l’âge de 67 ans, en 1930, Munch connaît une altération de son œil droit. Des dessins restituent ce que voit cet œil malade et sont donc des manières d’autoportraits. C’est une situation étonnante, où l’instrument du regard devient son propre objet.

Sur mon étagère : une femme et un enfant en figurine


Mardi 27 décembre 2011, 0h50, Paris. Sur mon étagère, il y a, « depuis toujours », une figurine qui habitait un quai de gare ou un wagon d’un train mécanique ou électrique de la marque Hornby. Achetée au début des années 50, elle faisait partie d’une boîte Hornby de sujets en matière plastique qui reprenaient — on apprend cela aujourd’hui sur Internet de la part des nombreux nostalgiques et collectionneurs, ou encore des vendeurs sur e-Bay, de ma génération, qui croient posséder des trésors — des modèles précédents en aluminium que j’ai vus lors de ma récente visite de l’exposition du Grand Palais, « Des jouets et des hommes ». Autre chose : je m’étais efforcé, au cours d’une série de photos entreprise à Noël 1967 à Marseille et poursuivie jusque dans les années 80 et au-delà, sous le titre : Marseille, jamais que pour ça — voir : 31 décembre 2007, http://jlggb.net/blog/?p=177, de placer cette femme et cet enfant avec bagages, cette dame et ce garçon, cette mère et son fils, dans la photo d’une sculpture allégorique du grand escalier de la gare Saint-Charles où ma mère, ma sœur et moi avions été pris en photo par mon père en 1951, lors d’un premier voyage à Marseille, le premier grand déplacement en train. Remarque : l’image de la trotteuse du réveil indique que le temps de pose a été de 8 secondes.



Marseille, escalier de la gare Saint-Charles en 1951 et le 31 décembre 2007 (la figurine se trouve véritablement posée là, ce n’est pas un montage).