
Vendredi 4 février 2022, 18h, Paris, 11e. Un (auto)apprentissage entrepris il y a quatre ans donne des gobelets soba choko satisfaisants.
Auteur/autrice : jlggb
Persister (La vie des objets. Ch. 107)

Mardi 2 février 2022, 16h30, Aix-les-Bains. Il est apparu sur le terrain Terrier, à Chindrieux. Pas une fouille, pas vraiment une recherche, mais une attention a fait reconnaître un fragment. Un pan scié, le clou, la trace d’un autre fer, indiquent un assemblage, une construction, une clôture, plus probablement un piquet de vigne, un piquet de tête, un amarrage. Les terrasses étaient un vignoble ; ça, on le sait.
Répéter (La vie des objets. Ch. 106)

Mardi 1er février 2022, 15h, Aix-les-Bains. Un moment d’enfance n’a cessé de se répéter, avec une même image prononçable, prononcée par jeu : « ocasin — ocasin ». Inscription de céramique, référence désormais absolue. Le modèle savant, rencontré dans ses citations répétées, est “A rose is a rose is a rose”, de Gertrude Stein, d’un poème de 1913 où il est dit : “Rose is a rose is a rose is a rose”. La chose est identique à elle-même, attachée à ses archétypes, à ses représentations répétées infiniment par le langage. Il y aura une suite de citations et de prolongements : “she would carve on the tree Rose is a Rose is a Rose is a Rose is a Rose until it went all the way around.” (The World is Round) ; “The sentence was heavily promoted by Stein’s life partner Alice B. Toklas ; for example, she sold plates with the sentence going all the way around.” William Burroughs wrote a linguistic variant: “the word for word is word.” Dans le jlggbblog3, le 1er octobre 2012, il est question du catalogue Frank Popper KunstLichtKunst, 1966, du titre écrit sur la couverture en quart de cercle : KunstLichtKunstLichtKunstLichtKunstLichtKunstLichtKunstLichtKunstLichtKunstLichtKunst, http://jlggb.net/blog3/?p=3944.
Aller et retour


Mardi 25 janvier 2022, 15h40 et 16h40, Lac du Bourget, Savoie. Le chemin — « Chemin lacustre » — qui borde la rive est du lac est un lieu d’exercice, un lieu de fréquentation du paysage dans ses lumières et ses brumes. Après 7000 pas vers le sud, on va attendre que le soleil qu’on a eu dans l’œil se cache derrière la Dent du chat. Puis on repartira pour 7000 pas vers le nord, dans un bleu qui s’assombrit en rose.
Un monument de poche

Lundi 24 janvier 2022, 11h, Aix-les-Bains. Au marché au puces de La Riponne, un dimanche à Lausanne, je n’ai pas hésité une seconde, un tel engrenage à vis sans fin est pour moi un modèle très ancien. Fabriqué par un élève qui a manifesté ainsi sa maîtrise de tourneur fraiseur, cet objet de 60 par 80 et 30 mm a les proportions d’un tableau, avec deux pieds pour être une sculpture. Il ne s’actionne que pour lui-même, pour célébrer un temps qui passe dont il est le monument.
Symétrie centrale
Le petit soldat

Mercredi 19 janvier 2022, Aix-les-Bains. On en parlait peu, mais parfois vivement, Michel Subor, acteur, vient de disparaître. Je l’ai identifié, c’était l’un des objets du film, au petit soldat du film de Godard, vu dans une « première » donnée par notre le Ciné Club Universitaire de Grenoble, probablement en 1965. Le tournage eu lieu en 1959, alors que À bout de souffle n’était pas encore sorti. On peut désormais comprendre pleinement, au regard de ce qu’a été l’œuvre de Godard, comment ce second film était l’antithèse du premier : Genève, la Suisse et non Paris, de très jeunes acteurs inconnus — Anna Karina et Michel Subor —, une histoire d’amour mais expressément politique et historique. Avec — ce qui est dans cette image — une ambiguité sous le régime du ET (et pas est), la marque de Godard. Pour le numéro 3 de La Recherche photographique, de décembre 1987, dédié à « Le cinéma, la photographie », il m’était venu à l’idée d’explorer les archives photographiques de la Cinémathèque française. À côté du fonds Fritz Lang, il y avait Le Petit Soldat, des photos de tournage dont l’auteur n’était pas connu [dr] mais exactement démonstratives de l’un des thèmes internes : la prise de vues comme relation. Cela devait donner un cahier de 16 photos carrées — Rolleiflex — et la couverture. Voir l’article de mars 2012 : http://jlggb.net/blog3/?p=1816
Décevoir (La vie des objets. Ch. 105)

Dimanche 16 janvier 2022, 11h, Aix-les-Bains. Il fut remarqué dans un hôtel de Lausanne, il y a quelques mois. Chez Duralex on connaît la compétition entre le Gigogne de 1946 et le Picardie de 1954. L’ordinaire, le populaire, l’historique irremplaçable, la modernité revendiquée ou nostalgique, ce jeu peut être aussi une position du luxe, du snob, du design Super Normal. On a connu des gobelets qui rebondissaient sur le carrelage, certains qui explosaient en petits fragments cubiques. Celui-ci a simplement glissé dans le lavabo — il faisait verre à dent — et il s’est cassé en révélant qu’il n’était peut-être pas en verre trempé. Un verre Universel, c’est son nom, avait le numéro 1. Il laisse la place au 1 bis.
Ce passage


Samedi 15 janvier 2022, 16h, chemin de Bellevue, Aix-les-Bains. L’indication se veut impérative mais le plus important pour ce sujet, plus encore que le mot rare qu’il n’est pas — géométrie, voltige aérienne, gymnastique, changement de camp ? —, c’est qu’il parle de lui à la troisième personne, c’est qu’il se désigne lui-même et prouve ainsi son existence.
Résistants en bordure


Vendredi 14 janvier 2022, 15h, Arbin, Savoie. Connaissant, du sculpteur Marius Mars Vallett, ses Deux enfants sous la neige, ses statues de Jean-Jacques Rousseau et de Lamartine, il nous intéressait de voir son monument aux fusillés. Le 21 juin 1944, dix résistants furent fusillés à Arbin, « dans un champ en bordure de la Nationale 6 » — célèbre route reliant Paris à l’Italie par le Mont-Cenis. En un lieu proche, ce monument leur fut dressé en 1948. En 1983, il était déplacé en « un meilleur emplacement » qui aujourd’hui est toujours en bordure, sur un parking de poids lourds. On l’a trouvé parce qu’on s’est trompés de route et extirpés d’une zone industrielle. Mais un ruisseau et ses arbres, le soleil couchant, lui donnent un paysage, et une image, honorables.
