Courbet le géologue



Mardi 14 août 2012, 12h30, Neue Galerie, Kassel. Au détour d’une salle, dans les collections du musée qui accueille aussi des œuvres de la Documenta, un magnifique Courbet, Prairies près d’Ornans, 1862. Ce qui nous fascine est cette façon qu’a la peinture de Courbet de dégager, sous le vert, l’ossature calcaire de la montagne et la façon dont elle va vers les ombres noires. On a dit que c’était la version la plus puissante de son autoportrait, pas seulement parce qu’il s’agit de sa région, pour la conjonction du géologique, du morphologique et du psychologique. J’en témoigne, j’ai toujours ressenti les falaises calcaires de mon enfance — le Vercors, le Royans — comme des révélations des origines du monde.

Frankfurt-am-Main HBF


Lundi 13 août 2012, 13h18. La gare centrale de Francfort (construite en 1888, restaurée après la guerre puis de 2002 à 2006), est l’une des plus impressionnantes constructions métalliques que l’on connaisse. On ne l’aperçoit aujourd’hui que très rapidement car, dans le trajet de Paris à Kassel, on n’a que quelques minutes pour passer du TGV à l’ICE.

À Cabourg




Mardi 31 juillet 2012, vers 14h, 16h et 18h, Cabourg. Marche sur la plage vers l’est : quelques personnes suivent la mer qui se retire pour aller pêcher. L’extrémité de la dune. Dans l’après-midi, le soleil s’est installé et il y a progressivement beaucoup de monde sur la digue et sur la plage. Dans la ville ancienne au plan rayonnant autour du Casino et du Grand Hôtel, toute une collection de villas construites à la fin du XIXe et au début de XXe siècle, et presque que ça. Sur la place, un bel exemple du style néo-normand, dont l’architecte pourrait être Émile Mauclerc, vers 1910. Je suis venu pour la première fois à Cabourg en 1970, invité par un ami dont la famille possédait une maison ici sur la digue, et aussi une autre grande maison avec un parc à Trouville. Ce fut l’un de mes contacts avec la grande bourgeoisie parisienne.

Alvar Aalto : la maison Louis Carré








Dimanche 29 juillet 2012, 15h-17h. Visite de la maison Louis Carré, construite par Alvar Aalto à Bazoches-sur-Guyonne, Yvelines, en 1959. Le guide met beaucoup l’accent sur le luxe des matériaux et des objets, sur le style bourgeois du propriétaire, Louis Carré (1897-1977), marchand d’art à Paris, dont on apprend aussi qu’auparavant il habitait l’immeuble Le Corbusier de la rue Nungesser et Coli. Alvar Aalto (1898-1976) a construit beaucoup d’établissements collectifs et publics et l’on peut constater qu’il voit dans la commande d’un client fortuné, comme l’avait fait Le Corbusier, l’occasion d’une œuvre totale. Finalement, on s’intéressera d’abord à divers types de luminaires, notamment ceux destinés à éclairer les tableaux (aujourd’hui dispersés).

Le Corbusier : l’appartement-atelier










Samedi 28 juillet 2012, 16h30-17h30. Visite de l’appartement-atelier de Le Corbusier aux 6e et 7e étages de son immeuble du 24 rue Nungesser et Coli, Paris 16e, construit entre 1931 et 1934 (L’immeuble Clarté à Genève est construit entre 1930 et 1932. La Cité-Refuge de l’Armée du Salut, Paris 13e, est de la même période). L’ensemble de l’espace est travaillé par la lumière et les murs de couleurs. Une tranche d’arbre sur trois pieds en fers plats : une table comparable, mais plus basse, exposée à Tokyo en 1941, apparaît dans l’ouvrage Charlotte Perriand et le Japon, Paris, 2008, p. 145. Au dernier étage, on entre dans la chambre en poussant un placard pivotant. Elle est occupée par un lit dont la hauteur permet de voir le paysage vers l’ouest, par une douche aux formes arrondies et un vestiaire en bois. Le luminaire a lui aussi son équivalent (Potence, 1938) chez Charlotte Perriand. Dans la cour intérieure du sud, un palan monte-charge. Le Corbusier se plaît probablement à se donner en exemple, à séduire pour ses principes.

Le Corbusier : la maison La Roche










Samedi 28 juillet 2012, 15h-16h. Visite de la maison La Roche, 10 square du Docteur Blanche, Paris 
16e, construite en 1923-1925. On y fait l’expérience de la « promenade architecturale » revendiquée par Le Corbusier, de la polychromie — dont : le vert de Paris, le bleu ceruleum moyen, le brun rouge, le Sienne naturelle moyen, claire et pâle —, du jeu des relations entre intérieur et extérieur redoublé par celui des vues qui s’ouvrent sur l’intérieur lui-même. La série des villas pour des clients de « la bourgeoisie éclairée » est le moyen d’une remise en question et d’une expérimentation. La maison La Roche fait écho pour moi à la vision de la maison Schroeder par Rietveld à Utrecht, il y a des années. J’en trouve la confirmation dans le livre de Jean-Louis Cohen, Le Corbusier. La planète comme chantier, Textuel, 2005, p. 66 : « Alors que ses articles commencent à attirer l’attention de l’ensemble des architectes européens, c’est à Paris qu’il est fortement impressionné, à l’automne 1923, par l’exposition des architectes du groupe néerlandais De Stilj à la galerie Léonce Rosenberg. Les surfaces planes et les articulations orthogonales des maquettes de Theo Van Doesburg et Cornelis van Eesteren l’amènent à reconsidérer ses projets du moment, comme la maison La Roche. » La partie d’habitation est minimaliste, discrète et fonctionnelle, alors que la partie galerie est complexe et surprenante. Le fauteuil signé Charlotte Perriand, Le Corbusier et Pierre Jeanneret — ici dans sa version « molle » en cuir — a été créé en 1928. La bibliothèque est en béton et fait garde-corps. Le vide du hall agit comme liaison des étages et des deux composantes de la maison.

Fondation Le Corbusier : http://www.fondationlecorbusier.fr/

La façade du 15 rue Malebranche


Lundi 23 juillet 2012, 16h30. En plein cœur du Quartier latin, au numéro 15 de la rue Malebranche, Paris 5e  (non loin de la Sorbonne où Malebranche étudia la théologie : « L’homme n’est pas à lui-même sa propre lumière. »), la façade est brûlée (parce qu’il y a en dessous un emplacement où l’on gare les scooters et que l’on met le feu à ces scooters). C’est aussi le siège de CNRS Éditions.

Rapprochement


Gerhard Richter, Verkündigung nach Tizian (Annonciation d’après Titien), 1973, huile sur toile de lin, Hirshorn Museum, Washington D.C., photographiée le dimanche 8 juillet 2012 dans l’exposition Gerhard Richter, Panorama au Centre Pompidou. La notice dit, qu’avec cette œuvre, « l’une des rares confrontations avec l’art religieux », « l’artiste reconnaît humblement l’impossibilité de peindre aujourd’hui à la manière de Titien. » Je pense qu’il faut replacer ce tableau, du fait même de sa singularité, dans la peinture, à la fois d’histoire et familiale, de Richter.


Alfred Manessier, L’Otage, 1987, huile sur toile, collection particulière, photographiée (sans autorisation) au Centre culturel de rencontre de l’Abbaye de Saint-Riquier, le jeudi 19 juillet 2012. Dans un texte hommage du catalogue Alfred Manessier. Le tragique et la lumière, Joëlle Brunerie-Kauffmann rapporte comment son père, Pierre Brunerie, a connu Manessier en architecture aux Beaux-Arts de Paris, comment il lui commanda en 1957-1958 des vitraux pour la chapelle Notre-Dame de la Paix au Pouldu, et comment son mari, Jean-Paul Kauffmann, fut soutenu, lors de sa longue détention au Liban, de 1985 à 1988 — voir Ina —, par le peintre et à travers son tableau : L’Otage.


JLB, Les Perspecteurs, installation vidéo interactive, 2004-2010, ici à l’École supérieure d’art du Havre (voir : http://jlggb.net/blog2/?p=1418). Si la bande-son — que le spectateur peut retrouver en agissant, par le truchement du personnage de Marie qui écoute un iPod — contient des phrases de Daniel Arasse sur la perspective des Annonciations en peinture, elle cite également Joëlle Brunerie sur la lutte pour la contraception. Ce choix est aussi un hommage à ma propre mère, à son attitude morale et militante en faveur du planning familial dès les années soixante.

La Justice


Dimanche 15 juillet 2012, 18h30. L’une des deux colonnes de l’enceinte des Fermiers Généraux, place de la Nation. Celle-ci, au nord-ouest, présente une allégorie de la Justice. On peut rappeler, puisque nous sommes au 14 juillet, que les colonnes admirables de Claude-Nicolas Ledoux, construites en 1797, furent des cibles de la Révolution. Elles furent dénaturées sous Louis-Philippe, en 1843, par l’adjonction de cannelures, des deux statues de rois, et de divers trophées. Il reste qu’elles ont été très bien restaurées (pratiquement reconstruites) récemment et qu’elles sont des repères de notre paysage.


La Barrière de Vincennes par Palaiseau, 1819, dessin, gallica.bnf.fr


Les colonnes en travaux le 4 janvier 2010.

Cinquante ans de tourisme



Vendredi 13 juillet 2012, 18h30, la rue Soufflot (architecte du Panthéon) et le Panthéon, Paris 5e. Ayant retrouvé et numérisé une diapositive que j’avais prise en juillet 1962 (autour du 14 juillet, d’après les drapeaux), j’ai fait un voyage spécialement vers ce lieu (qui m’est devenu très familier) pour y prendre, sous la pluie, une photo comparable. Il y a un peu plus de voitures et plus de piétons. Quels progrès avons nous connus ? Peut-être celui-ci : ne plus croire au progrès général.