Article reproduit

lemondefr_moy_bl.gif

« Un rêve, deux facs »
Article paru dans l’édition du 30 Mai 2008
Mai 68 a donné naissance à deux universités, celle de Vincennes, devenue Saint-Denis, et Dauphine, à Paris. Quarante ans plus tard, l’une est la fac des plus pauvres, l’autre celle des plus riches

Incroyable mais vrai : la fac qui sélectionne ses étudiants, celle dont les diplômés peuplent les entreprises du CAC 40, est née en 1968. Dauphine, qui a accueilli ses premiers étudiants il y a quarante ans dans les quartiers chics du 16e arrondissement de Paris, est bien la sœur jumelle de Vincennes, déplacée en 1980 à Saint-Denis, enfant terrible du mouvement de Mai, dont on sait mieux à quel point elle bouscula les codes universitaires. Continuer la lecture de Article reproduit

INOP (+TNP) 1958

inop_2008.jpg

25 mai 2008, 41 de la rue Gay-Lussac, Paris 5e. Une image, l’un des tout premiers souvenirs des premières heures de la première visite à Paris (une nuit dans le train), au printemps 1958, il y a 50 ans, et avant, à travers le nom entendu L’inope (INOP), le souvenir enfantin, lui aussi premier, d’une situation familiale mystérieuse dont Paris était le pôle lointain, attracteur et sournois. Depuis plus de dix ans maintenant, elle peut être saisie au passage chaque semaine, à quelques pas de l’école du 31 rue d’Ulm.

Un style : une certaine alliance de modernité ambigüe, « front populaire » et « collabo », d’entrelacs et de verticales, de bleu-noir et de doré. Ce caractère (Cassandre, 1937), jamais perdu de vue depuis, pour son élégance trop française (l’attache du R par exemple), pour son abandon hors normes des bas-de-casse distinctes, pour la plupart, des capitales (pas visible ici), pour son écho au Palais de Chaillot dans les phrases de Valéry elles aussi en lettres d’or (datées de « Arts et Techniques dans la Vie moderne », l’exposition internationale de 1937. L’INETOP s’est installé rue Gay-Lussac en 1939).

peignot.jpg

Caractère Peignot (Cassandre pour Deberny & Peignot, Paris, 1937).

Le même soir, Chaillot justement, et le TNP : Ubu mis en scène par Jean Vilar, avec Georges Wilson et Rosy Varte. Là, c’est le caractère Chaillot, de Jacno (1951). Une référence personnelle, sans équivoque. De nouveau le catalogue Deberny et Peignot. Le collègue Félix Müller en a fait faire récemment une version numérique.

 

ubu_tnp_1958.jpg

Alfred Jarry, Ubu, texte de la pièce créée au TNP en mars 1958. Exemplaire personnel authentique.

Section de biologie végétale

ecolenormale.jpg
Cour intérieure du 31 rue d’Ulm, lundi 7 avril 2008, 16h30. Il était question d’une promenade publique traversante, l’ENS n’en a pas voulu, les grilles sont restées. Vu de l’Ensad, le jardin de l’ENS avoue difficilement qu’il fut celui de la Section de biologie végétale. Pascal Cribier, paysagiste, écrit dans le petit livre publié par l’Ensad au moment de la réouverture de bâtiment de la rue d’Ulm, après les travaux, en novembre 2004 : « Le jardin de l’ENS révèle la présence de végétaux inattendus en plein cœur de paris. Planté à l’origine par les chercheurs de la section de biologie végétale de l’ENS, il a été progressivement abandonné en raison de l’évolution de cette branche vers la biologie moléculaire. » Sont mentionnés, les plantes et arbres suivants : lamier blanc, chélidoine, mauve, herbe à taupe, fougère mâle, lune terrestre, pervenche à grosses et à petites feuilles, muguet des bois, géranium sanguin, armoise pontique, aster d’Amérique, polygonum de Chine, fraisier des montagnes, lierre panaché, colombine, bleuet des montagnes, faux fraisier, coucou, bouillon blanc, eupatoire, plante de teinturier, iris des marais, ellébore, marronnier, érable sycomore, catalpa commun, faux acacia, arbre de l’amour, chêne de Hongrie, orme d’Amérique, peuplier blanc, frêne commun, pommier, noyer, prunus rouge, if, cyprès d’Italie, pêcher, peuplier d’Italie, fusain du Japon, fusain de Corée, cotonéaster, mahonia à feuilles de houx, églantier, lilas.

21 mars 1968

21_03_1968_affiche_langlois_grenoble
« L’Affaire Langlois, Grenoble, 21 mars 1968 », affiche, 36×54 cm, impression offset, bichromie.

Le 21 mars 1968, se tient à Grenoble, au cinéma Le Rex, une « Réunion d’information sur l’affaire Langlois ». De nombreux cinéastes et acteurs viennent à la tribune (François Truffaut, Claude Chabrol, Claude Lelouch, Marie Dubois, Michel Simon, etc.). Cette manifestation est organisée notamment par les Amis de la Cinémathèque de Grenoble (une antenne de la Cinémathèque française qui organise, depuis plusieurs années, plusieurs projections par semaine), le Ciné-club universitaire de Grenoble (avec notamment Jonny Ebstein, Alain Bouverot, Michel Warren). L’affiche est signée Boissier + Boucher. Elle est imprimée à l’Association générale des étudiants de Grenoble.

pierre_moinot.jpg

Pierre Moinot (1920-2007)

Note pour la dialectique de l’histoire : l’affaire est menée au ministère de la culture par Pierre Moinot (directeur des arts et des lettres), lui même acteur central de la création des maisons de la culture. Le poste de graphiste-imprimeur-photographe à la Maison de la culture de Grenoble, occupé à ce moment là et jusqu’en juillet 1968, lui est donc indirectement dû. Quinze années plus tard commencera une collaboration avec Martine Moinot au Centre Pompidou (Les Immatériaux, « Les Chemins du virtuel », La Revue virtuelle) et l’on rencontrera ce fils d’instituteurs, résistant, haut fonctionnaire, militant de la culture et des droits de l’homme, écrivain, académicien.