
Mardi 22 mai 2012, 18h52, TGV de Genève vers Paris — et Paris, samedi 26 mai, 18h. Je suis passé ici des centaines de fois. Cette fois je me décide à prendre quelques clichés des vignobles. Dardagny est la dernière commune avant la frontière française. Les vignes de Dardagny sont associées pour moi depuis « toujours » au nom de Jean Hutin, qui fut un proche camarade du Théâtre des Drapiers de Strasbourg et du Théâtre populaire romand de La Chaux de Fonds, à la fin de l’année 1968 et en 1969. Je pourrais retrouver de nombreuses photos de lui : j’ai photographié des pièces où il jouait, L’Importance d’être d’accord, de Brecht, Quinze Rouleaux d’argent de Günther Weisenborn (d’après une pièce classique chinoise); il a été acteur dans le film 16mm pour F3 et dans deux de mes films en super 8 « expérimentaux », Deux manières de passer le temps, en février 1969 à la Chaux-de-Fonds (sur la chanson Eloise de Barry Ryan et avec le livre jaune Garnier de La Nouvelle Héloïse dans la poche — photogramme), Nécessité de quelques transitions en juillet 1969 à Cannes. Car, après le théâtre, revenant à la propriété familiale, il s’associa à son frère Pierre pour produire des vins de qualité, contribuant à porter les vins de Genève parmi les meilleurs de Suisse. Le Domaine des Hutins est dirigé maintenant par sa fille Émilienne. Je ne l’ai pas revu depuis quarante ans, sauf sur Internet : ici, ou là et là, etc.
Étiquette : Genève
Numéro 45

Mardi 22 mai 2012, 8h, hôtel Adriatica, 21 Rue Sautter, Genève. Avec « Métissage » du 3 mars 2011 et « Qu’est-ce qu’un seuil suisse ? » du 14 juin 2011, cet hôtel situé face à l’hôpital de Genève avait eu les honneurs du blog. Les numéros de portes, leur style (une manière de Futura) et leur matériau (l’aluminium, qui ne devrait pas être vernis en jaune comme le contreplaqué), sont des détails qui réveillent la nostalgie de la modernité.
Rue de la Nouvelle Héloïse

Vendredi 4 mai 2012, 16h, à l’angle de la rue de la Nouvelle Héloïse et de la rue du Contrat social à Genève. Dans le quartier Saint-Jean, où neuf rues sont nommées en référence à Rousseau et à ses œuvres, un dispositif sur iPad permet de détecter la présence de ses livres dont les plaques de rues sont comme les couvertures (Rue des Confessions; Rue du Contrat social; Rue du Vicaire savoyard, Sentier du promeneur solitaire; Avenue du Devin du village; Rue d’Ermenonville; Avenue de Warens; Rond-point Jean-Jacques; Rue de la Nouvelle-Héloïse). L’image et la voix de la lectrice ou du lecteur sont retransmises à un deuxième iPad à quelque distance. Les performeuses et performeurs sont des élèves du collège Rousseau. Le projet est organisé par la Haute école d’art et de design. Pendant trois jours, il est basé à la galerie LiveInYourHead, dans le quartier « Rousseau ».
À ce moment là, le texte lu est :
Parmi les rochers de cette côte, j’ai trouvé, dans un abri solitaire, une petite esplanade d’où l’on découvre à plein la ville heureuse où vous habitez. Jugez avec quelle avidité mes yeux se portèrent vers ce séjour chéri. Le premier jour je fis mille efforts pour y discerner votre demeure ; mais l’extrême éloignement les rendit vains, et je m’aperçus que mon imagination donnait le change à mes yeux fatigués. Je courus chez le curé emprunter un télescope, avec lequel je vis ou crus voir votre maison ; et depuis ce temps je passe les jours entiers dans cet asile à contempler ces murs fortunés qui renferment la source de ma vie.
La Nouvelle Héloïse, Première partie, Lettre XXVI à Julie
More than meets the eye

Jeudi 3 mai 2012, 16h, galerie LiveInYourHead, 4 rue du Beulet, Genève. Maurizio Nannucci, More than meets the eye, néon, 55 x 1000 cm, 2012. Maurizio Nannucci (Florence, 1939) est l’un des premiers artistes à avoir produit des textes en néon (1967), souvent à la demande d’architectes. Ses travaux concernent les relations entre diverses formes du langage dans les performances, les techniques d’impression, le son et la musique électronique, la vidéo et le livre d’artiste.
Cette pièce est exposée dans La Radio Siamo Noi, « un événement qui propose une plate-forme d’échange sur les médias auto-organisés, sur l’activisme dans les médias, sur la « magie radiophonique » et sur les pratiques artistiques qui leur sont attachées autour des années 70 en Italie, ainsi qu’une réflexion sur l’impact et les conséquences de cet ensemble de concepts innovants aujourd’hui. » Voir : http://www.laptopradio.org/LTRblog/
Rond-Point Jean-Jacques

Jeudi 3 mai 2012, 13h, le rond-point Jean-Jacques, Genève. Dans ce quartier où les rues sont nommées à partir de Rousseau, c’est comme un centre. Probablement, personne n’y habite. Les cartes ne le mentionnent pas. Toujours est-il qu’il est en chantier, dans une confusion (en vérité très active) qui est comme un hyper-monument, avec son mât de fête rousseauiste.
Vol par astuce



Lundi 23 avril 2012, 22h25 et après, gare Cornavin, Genève. Descendant du train de Paris, lorsque je suis arrivé vers la sortie de la gare, un homme m’a interpellé dans une langue que je n’ai pas comprise, pour me proposer un mouchoir en me faisant signe de nettoyer dans le dos. Il y a un mois, arrivant par le même train, c’était Masaki F. qui s’était fait asperger, sans réagir outre mesure, d’un liquide gluant et blanchâtre. J’ai donc perçu une embrouille et j’ai changé de chemin, prenant l’escalator vers la galerie qui est sous la place Cornavin. Là, j’ai vu trois policiers, ce qui m’a rassuré. J’ai voulu voir ce que j’avais dans le dos. Je me suis plaqué, avec ma valise lourdement chargée de matériel, mon sac d’ordinateurs et de iPads, mon sac en bandoulière, contre une vitrine. J’ai posé mon petit sac à bandoulière (Porter, de Tokyo) pour quitter mon anorak et j’ai vu qu’il est largement enduit d’une substance marron dégoûtante, quelque chose comme du chocolat fondu. Là-dessus, l’homme revient et je lui montre la veste. Il me montre le plafond. Trois dames sont juste à côté mais les policiers sont loins. Elles me disent : « ils ont pris le sac ! ». Un deuxième homme que je n’ai pas vu du tout vient en effet de me voler le sac de mes papiers, de mes cartes, de mes lunettes, de mon super appareil photo (le Ricoh GR IV dont je suis très fier, le même que Moriyama Daido et Ai Weiwei, acheté à Taiwan). Après avoir porté plainte à la Gendarmerie des Paquis, rue de Berne (l’expression officielle est : vol par astuce), je suis retourné sur les lieux et j’ai fait deux photos (au iPhone) où l’on voit le mouchoir du crime. Puis une autre depuis l’hôtel Bernina où l’on voit la place où j’ai tenté de courir après le voleur (pendant que les trois dames gardaient ma valise).
Des collections : pour les 50 ans des Accords d’Évian

Jeudi 22 mars 2012, 17h44, Genève. Il y a une image du film de Godard, Le Petit Soldat, repérable dans le film, mais que je gardais pour moi. En 1987, en préparant le numéro de la revue La Recherche photographique, numéro 3, intitulé « Le cinéma, la photographie » j’avais trouvé dans le fonds de la Cinémathèque française un ensemble de photographies du tournage du Petit Soldat (sans pouvoir identifier leur auteur, y compris auprès de Madame de Beauregard). Elles ont ce charme particulier d’appartenir aux vues du film (travail admirable de Raoul Coutard, avec la pellicule photo Agfa Record que seule la caméra Cameflex acceptait) tout en s’en distinguant. De format carré, probablement faites au Rolleiflex, elles sont à la fois posées, emblématiques et révélatrices du tournage lui-même (au demeurant, « tout film est un documentaire sur son propre tournage » aurait dit Jacques Rivette). J’avais donc fait tirer, sans la publier, la photo de la voiture filant le long du lac depuis le Pont du Mont-Blanc, avec cette figure de platane, tentaculaire et taillé, que j’affectionne. Tourné fin 1959, début 1960 à Genève et dans ses environs, Le Petit Soldat est interdit par la censure jusqu’en 1963. Louis Terrenoire, ministre de l’Information, déclarait : 1. Que ces tortures soient appliquées par des agents du FLN ne saurait modifier le jugement qui doit être porté contre ces pratiques et contre leurs représentations à l’écran. 2. À un moment où toute la jeunesse française est appelée à servir et à combattre en Algérie, il paraît difficilement possible d’admettre que le comportement contraire soit exposé, illustré et finalement justifié. Le fait que le personnage se soit paradoxalement engagé dans une action contre-terroriste ne change rien au problème. 3. Les paroles prêtées à une protagoniste du film et par lesquelles l’action de la France et en Algérie est présentée comme dépourvue d’idéal, alors que la cause de la rébellion est défendue et exaltée, constituent à elles seules, dans les circonstances actuelles, un motif d’interdiction. » (Wikipedia, repris de Lionel Trélis, La Censure cinématographique en France, mémoire, Institut d’études politiques de Lyon, juin 2001). Les 50 ans des Accords d’Évian (18 mars 1962) semblent n’avoir donné lieu à aucune commémoration ces derniers jours. J’y songeais depuis longtemps : l’anniversaire et un détour par le Quai du Mont-Blanc me donnent le prétexte pour publier la photographie restée inédite.
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Jean-Luc Godard, Le Petit Soldat, 1960, Anna Karina, Michel Subor, photo de tournage, fonds Cinémathèque française, négatif 1040. Épreuve : collection jlggb.
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La Recherche photographique, N°3, décembre 1987, Paris. Contient un portfolio de 16 photographies de tournage du Petit Soldat.
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Raoul Coutard et Jean-Luc Godard sur le tournage du Petit Soldat. Planche contact de la même série que les photos ci-dessus [dr].
La Jonction


Jeudi 22 mars 2012, 16h, Genève. En marge du projet Rousseau retrouvé avec le collège Rousseau dans le quartier Saint-Jean (voir : http://circonstances.net/Rr/). C’est de la passerelle du Bois de la Bâtie, qui double le pont de chemin de fer, que l’on voit vraiment ce site magnifique qu’est la rencontre — la Jonction — entre le Rhône et l’Arve (le Rhône, institutionnel, est filtré par le Léman. L’Arve, sauvage, vient tout droit des glaciers du Mont Blanc). Il y a un projet de la Ville de construire ici un centre « associant arts et neurosciences », à la place notamment des ateliers d’artistes et de designers installés dans l’ancienne usine de robinetterie Kugler. Il va falloir être très fort et très subtil pour être à la hauteur de ce qui se fait de mieux en matière de coopération entre l’histoire et la nature.
Match nul

Mercredi 21 mars 2012, 22h, Genève. L’hôtel Bernina, face à la gare Cornavin, s’invente, à l’occasion d’une rénovation à la va-vite en hôtel bon marché, un passé qui n’est pas le sien. C’était probablement (on en voit des indices intéressants) un solide établissement de standing à la mode genevoise qui ne devait rien à la Californie. Il reste que voici un fauteuil des époux Eames qu’on se sent obligé de collectionner en dépit du goût désormais convenu (vintage du modèle DAX avec piètement Lafonda, toujours édité).
Voir, par exemple, ici. Et les articles précédents : http://jlggb.net/blog2/?s=eames
It shakes !

Mardi 20 mars 2012, 20h, Genève, pont du Mont-Blanc. Masaki, mon collègue de Tokyo, m’a accompagné à Genève pour une rencontre avec CB au Mamco, où il a été question du livre que nous préparons. Ce soir, c’est DP qui nous invite au restaurant Les Voyageurs, aux Eaux vives. Masaki n’est pas venu à Genève depuis sept ans (c’était pour le projet Landing Home). Aujourd’hui, il me demande : « Qu’est-ce qui a changé à Genève ? ». Ma réponse : « Rien ». Mais, au fait, si : « Pourquoi a-t-on mis une gare de tramway sur l’Île Rousseau ? ». Je dis que c’est en effet consternant. Là-dessus : « It shakes ! », me dit-il d’une voix faussement inquiète. Le pont du Mont-Blanc oscille tellement, verticalement, que nous titubons en pensant : « Earthquake ».
Voir : « L’île Rousseau rénovée », https://jlggb.net/blog3/?p=917



