Ambiance d’avant-guerre


Jeudi 14 juin 2012, 22h. Terrasse du Palais de Tokyo. On (re)découvre le bâtiment de 1937 désormais ouvert jusque dans ses profondeurs. Il hésite entre la ruine et l’inachevé. Là-dessus, des foules de personnes, jeunes, affairées et désinvoltes, peut-être en majorité féminines, qui boivent, qui fument, qui dansent quelque chose comme le swing. Dans la série des vues pseudo-Rolleiflex (appareil relancé ces derniers jours par la photographie officielle du président par Raymond Depardon).

Passage obligé


Jeudi 31 mai 2012, 13h, Nantes. Passage obligé dans ce court séjour, le passage Pommeraye (1841-1943). On l’avait visité au milieu des années 70 parce qu’on l’avait vu dans Lola, le film de Jacques Demy (1961, opérateur : Raoul Coutard). On avait donc vérifié ses qualités cinématographiques. Il n’était pas encore classé monument historique et avait une patine intéressante, en bon état mais plutôt désert.

En descendant du bus, une scène pittoresque


Vendredi 25 mai, 19h, rue du Faubourg Saint-Antoine, à l’angle de la rue des Immeubles industriels, Paris 11e. Descendant, comme souvent, du bus 86, nous trouvons le carrefour très animé par la présence des pompiers et de nombreux curieux. Ce qui fume abondamment sur le toit est une gaine d’aération. Comme on voit les cuisiniers du café l’Extra Old dans la rue, on peut se dire que c’est leur cuisine qui a pris feu. Rien de grave.

Rien à voir



Mercredi 23 mai 2012, 13h, Aix-les-Bains, passage Robert Doisneau. La décision de nommer « Robert Doisneau » plutôt que « Passage de la vieille poste » la « liaison piétonne avec escalier reliant la placette de la Chaudanne à la rue Davat » a été adoptée avec 25 voix pour et 7 contre lors des délibérations du Conseil municipal du 27 septembre 2007. On aimerait connaître les termes du débat. À mon avis, en dépit des stéréotypes, ce passage n’a rien à voir avec Doisneau. Les rosiers du premier plan habillent (joliment) les étages d’un parking public.

Rue de la Nouvelle Héloïse


Vendredi 4 mai 2012, 16h, à l’angle de la rue de la Nouvelle Héloïse et de la rue du Contrat social à Genève. Dans le quartier Saint-Jean, où neuf rues sont nommées en référence à Rousseau et à ses œuvres, un dispositif sur iPad permet de détecter la présence de ses livres dont les plaques de rues sont comme les couvertures (Rue des Confessions; Rue du Contrat social; Rue du Vicaire savoyard, Sentier du promeneur solitaire; Avenue du Devin du village; Rue d’Ermenonville; Avenue de Warens; Rond-point Jean-Jacques; Rue de la Nouvelle-Héloïse). L’image et la voix de la lectrice ou du lecteur sont retransmises à un deuxième iPad à quelque distance. Les performeuses et performeurs sont des élèves du collège Rousseau. Le projet est organisé par la Haute école d’art et de design. Pendant trois jours, il est basé à la galerie LiveInYourHead, dans le quartier « Rousseau ».
À ce moment là, le texte lu est :

Parmi les rochers de cette côte, j’ai trouvé, dans un abri solitaire, une petite esplanade d’où l’on découvre à plein la ville heureuse où vous habitez. Jugez avec quelle avidité mes yeux se portèrent vers ce séjour chéri. Le premier jour je fis mille efforts pour y discerner votre demeure ; mais l’extrême éloignement les rendit vains, et je m’aperçus que mon imagination donnait le change à mes yeux fatigués. Je courus chez le curé emprunter un télescope, avec lequel je vis ou crus voir votre maison ; et depuis ce temps je passe les jours entiers dans cet asile à contempler ces murs fortunés qui renferment la source de ma vie.
La Nouvelle Héloïse, Première partie, Lettre XXVI à Julie

Voir : « Des rues nommées Rousseau » du 8 mars 2011.

Rond-Point Jean-Jacques


Jeudi 3 mai 2012, 13h, le rond-point Jean-Jacques, Genève. Dans ce quartier où les rues sont nommées à partir de Rousseau, c’est comme un centre. Probablement, personne n’y habite. Les cartes ne le mentionnent pas. Toujours est-il qu’il est en chantier, dans une confusion (en vérité très active) qui est comme un hyper-monument, avec son mât de fête rousseauiste.

Visite architecturale : la Tour Bois le Prêtre, Paris 17e



Vendredi 30 mars 2012, 14h,Tour Bois le Prêtre, Paris 17e. Transformation à la fois radicale et élégante d’une tour construite en 1962, par ajout d’extensions chauffées, de jardins d’hiver et de balcons. Frédéric Druot, Anne Lacaton et Jean Philippe Vassal architectes. Cette opération, parallèle à celle de la rue Pierre Rebière (article précédent), a pu apparaître comme son versant critique, s’opposant à un « effet de collection narcissique ». On note un matériau innovant pour les rideaux isolants qui est à lui seul une proposition architecturale.

Visite architecturale : rue Pierre Rebière, Paris 17e






Vendredi 30 mars 2012, vers 14h, rue Pierre Rebière, Paris 17e. Sur une bande de terrain récupérée sur la rue elle-même, de 600 mètres de long sur 12 mètres de large, le long du cimetière des Batignolles, une série d’immeubles d’habitation se terminent. Dans cet espace particulier, neuf équipes de « jeunes architectes » ont expérimenté des formules d’habitat social qui semblent agréablement habitables, en dépit du bruit du périphérique proche. Des jeux de renfoncements et de terrasses contournent l’interdiction de placer des fenêtres donnant directement sur le cimetière pour bénéficier malgré tout de ses 900 arbres. Ainsi l’immeuble conçu par Stéphane Maupin présente deux gradins de balcons se faisant face dans l’épaisseur du bloc. Visant à augmenter les vues et la lumière de chaque pièce, l’atelier japonais Bow-Wow a multiplié les ouvertures en leur donnant systématiquement un balcon, où l’on se tient debout, où l’on s’assoit, où l’on se met autour d’une table.
À écouter, les émissions de François Chaslin sur la rue Pierre Rebière des 27 novembre 2011 et 18 décembre 2011 : première partie et deuxième partie.

La Jonction



Jeudi 22 mars 2012, 16h, Genève. En marge du projet Rousseau retrouvé avec le collège Rousseau dans le quartier Saint-Jean (voir : http://circonstances.net/Rr/). C’est de la passerelle du Bois de la Bâtie, qui double le pont de chemin de fer, que l’on voit vraiment ce site magnifique qu’est la rencontre — la Jonction — entre le Rhône et l’Arve (le Rhône, institutionnel, est filtré par le Léman. L’Arve, sauvage, vient tout droit des glaciers du Mont Blanc). Il y a un projet de la Ville de construire ici un centre « associant arts et neurosciences », à la place notamment des ateliers d’artistes et de designers installés dans l’ancienne usine de robinetterie Kugler. Il va falloir être très fort et très subtil pour être à la hauteur de ce qui se fait de mieux en matière de coopération entre l’histoire et la nature.