Le faubourg Saint-Antoine


Dimanche 8 juillet 2012, 12h. Au numéro 37 du faubourg Saint-Antoine, Paris 11e, non loin de la Bastille, la démolition d’une devanture et d’une marquise d’un marchand de meubles fait apparaître la continuité de cinq arcs en plein cintre d’un immeuble qui a dû avoir belle allure. L’ensemble a été inscrit au titre des monuments historiques en 1996. On se pose la question : qui s’occupe de faire l’archéologie de tels chantiers ? Et relever par exemple les traces des révoltes et révolutions qu’a connues le Faubourg.

Une intense ligne de lumière rose qui respire


Vendredi 29 juin 2012, 21h, musée Mac/Val à Vitry-sur-Seine. Inauguration d’un nouvel accrochage. Nous avions vu dans la grande exposition Sarkis du Mamco de Genève (voir : http://jlggb.net/blog2/?p=5029) cette série de onze photos de films, onze enfants qui sont le plus souvent les personnages principaux de films de pays et de temps différents, confrontés à la cruauté du monde. Ici, la pièce est dans sa version la plus achevée et la plus impressionnante. Dans Trésors de la mémoire (les onze enfants de l’histoire du cinéma), 2002, un néon, dont la lumière monte et descend, faisant passer l’immense salle du noir au rose le plus intense au rythme de la respiration de l’artiste, relie les photographies les unes aux autres en passant par les yeux des enfants.

28 juin 1712



Jeudi 28 juin 2012, Panthéon, Paris 5e, inauguration de l’exposition Jean-Jacques Rousseau et les Arts pour le 300e anniversaire. L’invitation est au nom du président du Sénat, de la ministre de la Culture, de la présidente du Centre des monuments nationaux, de l’administrateur du Panthéon. Mais il semble qu’il n’y ait pas eu de discours (ni de musique). Du champagne à volonté et pas mal de petits-fours salés, puis sucrés. On cherche en vain une relation à la fête rousseauiste. Une petite foule dans laquelle nous ne connaissons personne et dont, à vrai dire, on se demande qui la compose. Deux volumes autographes pour la Maréchale de Luxembourg de La Nouvelle Héloïse sont exposés, avec leurs dessins originaux par Moreau le Jeune. Rousseau et le dessinateur rivalisent de finesse et d’élégance dans le trait : « monuments » magnifiques. Le buste en terre cuite daté de 1779 par Jean-Antoine Houdon (Musée du Louvre) est d’une présence extraordinaire, on peut le photographier comme un visage vivant. Des cartes à jouer où Rousseau a inscrit des ébauches des Rêveries sont prêtées par Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel. On avait eu l’occasion de les toucher en les reproduisant, en 1999, pour les besoins du CD-Rom Moments de Jean-Jacques Rousseau (Gallimard, 2000) — sans utiliser ces prises de vues, finalement. Au dos de cet as de trèfle :

La honte accompagne (ordinairement, biffé)
l’innocence, le crime ne la connaît plus.

Je dis tout naïvement mes sentiments, mes opinions,
quelque bizarres, quelque paradoxales qu’elles puissent être;
je n’argumente ni ne prouve parce que je ne cherche à persuader personne et
que je n’écris que pour moi.

Ambiance d’avant-guerre


Jeudi 14 juin 2012, 22h. Terrasse du Palais de Tokyo. On (re)découvre le bâtiment de 1937 désormais ouvert jusque dans ses profondeurs. Il hésite entre la ruine et l’inachevé. Là-dessus, des foules de personnes, jeunes, affairées et désinvoltes, peut-être en majorité féminines, qui boivent, qui fument, qui dansent quelque chose comme le swing. Dans la série des vues pseudo-Rolleiflex (appareil relancé ces derniers jours par la photographie officielle du président par Raymond Depardon).

Génération Mitterrand



Mercredi 16 mai 2012, 14h, place du Panthéon, Paris, au lendemain de l’investiture de Hollande. Je le dis dans le précédent billet, nous passâmes plusieurs heures, à la fin de l’après-midi du 21 mai 1981, derrière ces herses de la façade de la faculté de droit. L’attente et l’excitation, le désordre d’une foule et la splendeur du lieu, le ciel changeant, le bruit de la pluie sur le toit de plastique recouvrant une musique grandiose, la menace de ces pointes de fer tournées vers nos ventres alors que L. était enceinte… Tout ceci allait se cristalliser pour nous dans cette expression : « Génération Mitterrand ».

Rond-Point Jean-Jacques


Jeudi 3 mai 2012, 13h, le rond-point Jean-Jacques, Genève. Dans ce quartier où les rues sont nommées à partir de Rousseau, c’est comme un centre. Probablement, personne n’y habite. Les cartes ne le mentionnent pas. Toujours est-il qu’il est en chantier, dans une confusion (en vérité très active) qui est comme un hyper-monument, avec son mât de fête rousseauiste.

Le Café du marché à Plainpalais


Jeudi 8 mars 2012, 18h, 16 avenue Henri Dunant, Genève. Le Café du marché a été fondé en 1902*. L’architecture de son immeuble, une manière de chalet en béton armé, est étonnante et devrait faire l’objet d’un billet. Tellement stamm qu’on peut même y venir seul. Boiseries, table et chaises vernies dans des tons de jaune et de rouge, s’accordent à la lumière bleue de la plaine de Plainpalais par des vitres très hautes. Et ce pan de mur habillé de bois, juste contre la porte au centre de la vitrine, qui organise, sans en avoir l’air, à la fois l’espace et la clientèle.
* En 2002, pour son centenaire, j’y suis venu le jour où les prix étaient divisés par cent !