Géométrie des siècles




Mardi 10 juillet 2012, 18h, Nantes, quai Turenne. On peut vérifier qu’il s’agissait d’un quai (jusque dans les années 1920), puisque les numéros se suivent : 12, 13, etc. Le N° 13 date de 1752 (architecte : François Perraudeau). Construits sur pilotis sur le sable de l’île Feydau, ils se sont déformés et se déforment sûrement encore. Dans la perspective, ça ne saute pas aux yeux, mais lorsqu’on photographie dans une stricte frontalité, c’est étonnant. Récemment, l’emplacement de l’eau a été reconstitué en forme de longue pelouse. Il semble que les habitants de ces belles maisons du XVIIIe siècle se plaignent du bruit et d’autres nuisances dus à cet espace de loisir.

28 juin 1712



Jeudi 28 juin 2012, Panthéon, Paris 5e, inauguration de l’exposition Jean-Jacques Rousseau et les Arts pour le 300e anniversaire. L’invitation est au nom du président du Sénat, de la ministre de la Culture, de la présidente du Centre des monuments nationaux, de l’administrateur du Panthéon. Mais il semble qu’il n’y ait pas eu de discours (ni de musique). Du champagne à volonté et pas mal de petits-fours salés, puis sucrés. On cherche en vain une relation à la fête rousseauiste. Une petite foule dans laquelle nous ne connaissons personne et dont, à vrai dire, on se demande qui la compose. Deux volumes autographes pour la Maréchale de Luxembourg de La Nouvelle Héloïse sont exposés, avec leurs dessins originaux par Moreau le Jeune. Rousseau et le dessinateur rivalisent de finesse et d’élégance dans le trait : « monuments » magnifiques. Le buste en terre cuite daté de 1779 par Jean-Antoine Houdon (Musée du Louvre) est d’une présence extraordinaire, on peut le photographier comme un visage vivant. Des cartes à jouer où Rousseau a inscrit des ébauches des Rêveries sont prêtées par Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel. On avait eu l’occasion de les toucher en les reproduisant, en 1999, pour les besoins du CD-Rom Moments de Jean-Jacques Rousseau (Gallimard, 2000) — sans utiliser ces prises de vues, finalement. Au dos de cet as de trèfle :

La honte accompagne (ordinairement, biffé)
l’innocence, le crime ne la connaît plus.

Je dis tout naïvement mes sentiments, mes opinions,
quelque bizarres, quelque paradoxales qu’elles puissent être;
je n’argumente ni ne prouve parce que je ne cherche à persuader personne et
que je n’écris que pour moi.

Rue des Haies



Jeudi 21 juin 2012 (Fête de la musique), 23h, 73 rue des Haies, Paris 20e. La galerie Plateforme, cycle Résurgences, présente, notamment, le film de Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon, War.


War est un montage de vidéos de soldats américains, trouvées sur Internet. Filmées par les soldats eux-mêmes, elles les montrent sur le terrain de guerre ou dans les casernes en Irak ou en Afghanistan, en train de danser sur de la musique pop. On peut imaginer la nostalgie de la culture populaire chez ces soldats dansants, qui semblent définitivement séparés du territoire, de l’histoire et de la culture dans laquelle ils se retrouvent projetés, coincés dans des guerres immobiles, d’usure, dont les images officielles effacent toute trace de sang, de violence, et qui nous reviennent sous la forme faussement joyeuse de parodies de vidéo clips. Du site : http://www.nogovoyages.com/projects.html

Le futur passe par là ?



Samedi 16 juin 2012, 15h-18h, CentQuatre (ancien Service municipal des pompes funèbres), Paris 18e. « Futur en Seine » se veut ici « dédié aux nouvelles pratiques innovantes et collaboratives » capables, « demain, de polleniser (sic) l’écosystème industriel ». Il y a un côté salon, où l’on comprend qu’on peut passer de stand en stand, et des ateliers inspirés des « modèles d’innovation ouverte et horizontale de l’internet » que l’on peut prendre pour des activités de jours de pluie pour adolescents. Voir : http://www.reseaufing.org/

Les roses blanches de la vengeance



Mercredi 16 mai 2012, 14h30, Institut Curie, rue d’Ulm, Paris 5e. Ici, hier, le jour même de son investiture, en déposant une gerbe de roses blanches devant la statue de Marie et Pierre Curie, le président Hollande a fait un geste qui nous venge. Je m’explique. Dans Libération du 27 avril 2012, Mathieu Lindon écrivait : « Certes, Nicolas Sarkozy a l’expérience de la fonction présidentielle, mais nous aussi, on a l’expérience de Nicolas Sarkozy président, et ça n’en a pas été une bonne. À l’intérieur de « la France qui souffre », il y a une France d’envergure, celle qui souffre de Nicolas Sarkozy. » Lisant cela, j’ai pensé : une fois au moins, j’ai eu à souffrir directement du président Sarkozy. C’était en découvrant le discours insultant et d’une vulgarité de ton inouïe où il s’en prenait aux chercheurs et universitaires, au Palais de l’Élysée, le 22 janvier 2009, à l’occasion du lancement d’une « réflexion pour une stratégie nationale de recherche et d’innovation ». Ce discours resta celui de : « Y’a de la lumière, c’est chauffé ». La vidéo est encore en ligne : minute 15.

Génération Mitterrand



Mercredi 16 mai 2012, 14h, place du Panthéon, Paris, au lendemain de l’investiture de Hollande. Je le dis dans le précédent billet, nous passâmes plusieurs heures, à la fin de l’après-midi du 21 mai 1981, derrière ces herses de la façade de la faculté de droit. L’attente et l’excitation, le désordre d’une foule et la splendeur du lieu, le ciel changeant, le bruit de la pluie sur le toit de plastique recouvrant une musique grandiose, la menace de ces pointes de fer tournées vers nos ventres alors que L. était enceinte… Tout ceci allait se cristalliser pour nous dans cette expression : « Génération Mitterrand ».

C’est maintenant !



Dimanche 15 avril 2012, 15h-17h30, esplanade du Château de Vincennes, Paris, 12e. Le ciel à 16h au-dessus de la foule — on parlera de 100 000 personnes, mais c’est en réalité beaucoup moins —, pendant le discours de François Hollande. Une demi-heure après la fin du meeting, François Hollande est ressorti de sa tente et parle aux personnes qui sont restées. On entend, hors champ : « Les sandwiches, c’est maintenant ! » — marqué comme tout le monde par le mot répété et écrit partout, un vendeur cherche à écouler ce qui lui reste. Je me souviens qu’en 1981, dans la révolution mitterrandienne, le slogan — ou le demi-concept — « ici et maintenant » était très couru. Il a fallu tout ce temps pour se débarrasser du « ici ». La prochaine fois, on évitera le « maintenant ».

Nixon in China



Jeudi 12 avril 2012, 20h-23h, Théâtre du Châtelet, Paris. Opéra en trois actes de John Adams, Nixon in China (projet amorcé en 1982, créé en 1987). Le livret d’Alice Goodman, un long poème changeant, subtil, agençant fragments de documents authentiques, citations, paroles ordinaires et oniriques, apparaît comme l’élément central capable d’articuler la musique — apparentée au minimalisme, mais elle aussi riche en références historiques et en effets dramaturgiques très efficaces — et la mise en scène des chanteurs et des danseurs. Très beau travail des lumières, des couleurs et des costumes avec l’intervention tranchée de Shilpa Gupta, une jeune artiste indienne que nous avions déjà remarquée. Que la mise en scène et la chorégraphie soient de Chen Shi-Zheng, formé en Chine à l’opéra chinois, amplifie sans doute encore la complexité multicouches d’un propos à la fois sérieusement historique et ouvertement satirique. Il évite la pure parodie pour donner à voir une dialectique et une distanciation fondées sur une gestuelle que l’on sait provenir de l’opéra chinois, y compris révolutionnaire. Ce télescopage est des plus troublants pour nous qui avons connu non seulement l’événement Nixon en Chine mais aussi fréquenté simultanément deux mondes étrangers : la scène minimaliste américaine (Philip Glass, Steve Reich, Terry Riley, Bob Wilson, Lucinda Childs, Peter Sellars) et la Chine de ces années-là (1973, 1974, 1976, 1978, 1979, 1980, 1981, 1983, 1985, 1986, 1987, 1988, 1989).


Retransmission de la représentation du 18 avril 2012 sur Arte Web (jusqu’au 15 juillet 2012)

Sur le site de John Adams : Nixon in China.

Des archives : Doisneau 3/4










Vendredi 6 avril 2012. Des archives : photographies inédites. Suite de la publication ayant trait à Robert Doisneau — Voir Doisneau 1/4 et Doisneau 2/4. Palais des Beaux-Arts de Pékin, 3 mai 1983. Tandis qu’une petite exposition Picasso est inaugurée par François Mitterrand, la grande exposition (120 tirages 40×50) Robert Doisneau est inaugurée par Claude Cheysson, ministre des Affaires extérieures, et par Jack Lang, ministre de la Culture. Photos © jlggb 1983. Une fois dehors, je saisis le passage de montreurs d’un singe savant.

Des archives : Doisneau 2/4


Lundi 2 avril 2012. Des archives : photographies inédites. Suite de la publication ayant trait à Robert Doisneau — Voir Doisneau 1/4, 14 février 2012. Le 28 janvier 1983, ayant eu la demande par le ministère de la Culture de préparer une exposition de Robert Doisneau en Chine (Pékin et Shanghai) pour le prochain voyage de François Mitterrand, je rencontre Doisneau à Montrouge, accompagné par Chantal P. qui va traduire en chinois la biographie, le texte d’introduction et les légendes. Descendus dans la rue pour faire un portrait original du photographe, il nous photographie. Photo © jlggb 1983.


Photo Robert Doisneau N° 17150-28A. Montrouge, angle avenue Gambetta, rue Victor Basch, rue de la Solidarité.


Le portrait à l’entrée de l’exposition au Palais des Beaux-Arts de Pékin, le 3 mai 1983. Photo © jlggb 1983. Au Rolleiflex.



Le lieu de ces photos à Montrouge aujourd’hui (Google Street View – 2011).