30 000

30000
Samedi 15 août 2009, vers 16h, le compteur des visites de jlggbblog affiche 30 000 (décompte lancé environ un an plus tôt, le 5 août 2008).

Qui sont ces visiteurs (et éventuels lecteurs) ? Le plugin Stat Press indique, par exemple :

terms
v-effekt


Aucune publicité particulière n’étant faite pour le blog, on y arrive avant tout par les moteurs de recherche. Il y a des termes généraux comme épicerie de nuit et nuit des musées, ou des vedettes comme YSL ou Rodin. Mais les termes caractéristiques sont ceux de « niches » dont jlggbblog s’est fait la spécialité : polychromie, crassula, ou V-Effekt. Avec des leurres amusants comme dimorphisme sexuel (voir dimorphisme sexuel chez la Swatch).

350230600
Il se trouve qu’aujourd’hui nous sommes dans les chiffres ronds.

Chalets ?

chalets-thermes-t

Mercredi 22 juillet 2009, 16h30-17h30, chalet d’alpage à Vals. Ci-dessous : vue inverse de la photographie ci-dessus, le village de Vals. Vue de la vallée de Vals, Grisons, Suisse, depuis les thermes de Zumthor. Au bout du trait rouge : le chalet photographié ci-dessous. Il il y a de nombreux chalets presque identiques sur les deux versants, du village jusque très haut. Dans cette vue, on en compte une trentaine. Ils sont toujours utilisés comme granges à foin. Ils comportent au niveau bas une étable et parfois une habitation.

chalet-2a

chalet-3a

chalet-4a

chalet-5a

chalet-7a

chalet-9a

chalet-8a

Le Grand Robert de la langue française donne : chalet [?al?] n. m.

ÉTYM. 1723, mot dialectal répandu en français central par J.-J. Rousseau; chaletus, 1328, chaslet, 1408, challet, 1419 en Suisse romande; mot suisse romand, du lat. cala «  abri  ».

Autour de l’habitation principale (…) sont épars assez loin quelques chalets (…) [en note : chalet, sorte de maison de bois où se font les fromages et diverses espèces de laitage, dans la montagne].
Jean-Jacques Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, première partie, lettre 36.
Ainsi, le mot chalet, et les chalets eux-mêmes, ont été mis en vogue par l’« épisode du chalet » de La Nouvelle Héloïse. Les constructions de vals sont-elles des chalets ? Le mot n’est pas toujours employé, mais il peut l’être car, en langue allemande, on dit aussi chalet.
Dans le Val Lumnezia rhéto-roman, Vals constitue un îlot linguistique où l’on parle le dialecte suisse allemand de Vals. Les Valsers sont des Haut-Valaisans qui, il y a environ 700 ans, peuplèrent les vallées les plus élevées des Grisons. Source : Site de Vals.

À lire : Un article de Géofac sur Vals.

Die erste Stadt am Rhein (feuilleton Huthaken)

 

ilanz-eisenwaren

huthaken-ilanz-magasin

huthaken-ilanz

ilanz-train-valser

ilanz-train-timber

Lundi 20 juillet 2009, vers 11h10, Ilanz, Suisse. Le problème ayant été posé et résolu sur le plan théorique, il pouvait trouver une issue pratique. Il suffisait d’attendre. Le moment clé avait été celui d’un mot : Haken (voir : http://jlggb.net/blog/?p=1233). Le vecteur Rhône-Rhin (voir : http://jlggb.net/blog/?p=4368) portait, dimanche 19 juillet, jusqu’à Ilanz, bifurcation dans la haute vallée du Rhin pour monter à Vals. Une matinée disponible permettait un tour sans but dans la petite ville. Eisenwaren a retenu l’attention. Visiblement la quincaillerie reste ici une institution centrale. Et c’est toujours intéressant : des tourne-vis, des verres, des arrosoirs. À la sortie, retour sur les pas :  « Hacken » a ici un sens, dans la « erste Stadt am Rhein » on  parle allemand plus que romanche. Ça marche : le modèle est là, simplement dans son casier, parmi d’autre crochets et porte-manteaux.
Ilanz, Grisons, lundi 20 juillet 2009, vers 10h30, quincaillerie Zinsli.
Le rayon des crochets et porte-manteaux.
Huthaken d’aluminium (voir http://jlggb.net/blog/?p=1120 et la suite).
La gare est un centre d’activité ouvert et vivant. Les trains de marchandises montrent deux commerces : l’eau de Vals, le bois (voir les billets suivants sur Vals). On remarque que la direction des rails est celle de l’axe souligné de rouge dans la carte ci-dessous.

Désaxée

saint-etienne-1
Dimanche 5 juillet 2009, 20h20 (comme on le voit à l’horloge), façade ouest de la cathédrale Saint-Étienne, Toulouse. On dit que l’assemblage désaxé de deux églises, l’hétéroclite de la construction (XIe-XVIIe, XIXe et début du XXe), ont intéressé les architectes modernes (Le Corbusier) et post-modernes (Robert Venturi).

1620-3
1620-2
1620-1
Mardi 7 juillet 2009, 16h, cathédrale Saint-Étienne, Toulouse, vue et détail en direction de la nef la plus ancienne.

Bonjour Monsieur Peirce !

chien
Toulouse, 7 juillet 2009, 13h. Trottoir de la rue Lakanal, tout près du Couvent des Jacobins. Charles Sanders Peirce (1839 – 1914) nous a appris qu’un signe peut être un indice, c’est-à-dire qu’il peut entretenir un lien physique à son objet : le cas le plus classique est l’empreinte; la photographie est plus problématique. Donc, ceci est un chien. Le problème, c’est que lorsqu’on a fait des efforts pour assimiler la théorie des signes de Peirce, on voit d’abord Monsieur Peirce — le signe est alors un symbole. Accessoirement, on peut voir des ouvriers passant la boucharde sur le ciment frais.

boucharde
Une boucharde [dr]

Volubilis non sinistrovolubile

Il est très difficile de décrire un mouvement hélicoïdal. C’est une ancienne plaisanterie que de demander à une personne ce qu’est un escalier en colimaçon et de s’amuser à la voir décrire un cercle du doigt en montant. Deuxième difficulté de la pensée : le sens d’un mouvement hélicoïdal. Un dictionnaire dit : « Sinistrovolubile : terme de botanique. Volubile à gauche. Le haricot est sinistrovolubile, c’est-à-dire que la tige en montant se dirige vers la gauche, en d’autres termes de droite à gauche. » Mais encore ? On peut très bien voir le mouvement de dévissage comme allant de gauche à droite. On dit visser ou dévisser : encore faut-il avoir ce sens dans la mémoire du geste. On se rabattra sur le sens des aiguilles d’une montre (= dextrogyre). Dans les loggias du Nice-Savoie, on observe le chèvrefeuille et le polygonum : sinistrovolubiles. Mais le volubilis (ipomée) n’est pas sinistrovolubile, il est l’inverse (voir figure). Au fait : comment cette tige a-t-elle trouvé le fil de fer (elle vient de l’autre balcon) et pourquoi s’attache-t-elle si soigneusement à cet endroit là ?

Sur un sujet voisin, voir l’article « Entrelacs ».

volubilis
Aix-les-Bains. Mercredi 17 juin 2009, 12h20.

Marketing de crise

Dans sa récente campagne de publicité (trois semaines, 41 chaînes) pour le lancement d’une gamme discount destinée à contrecarrer l’avancée du hard discount, la société Carrefour « positive » la crise. Voici ce que déclarent son site, ses affiches, ses spots :

Dans un contexte économique difficile, votre pouvoir d’achat est plus que jamais votre principale préoccupation. Mais vos besoins essentiels subsistent et vous cherchez en permanence les solutions pour y répondre au mieux.
C’est pourquoi aujourd’hui, nous lançons une offre sur mesure, une offre qui réponde à vos besoins essentiels tout en maîtrisant votre budget.
Pour vous, nous lançons la gamme Carrefour Discount.
Pour nous, vous êtes importants !
C’est pourquoi nous avons décidé de créer une campagne TV entièrement dédiée à nos clients.
Pour vous, nous baissons nos prix tout en gardant la garantie de qualité Carrefour.

carrefour-personnages
Lien vers le site Carrefour Discount (tant qu’il existe).

Images de clients, annoncés, dans une pré-campagne de teasing, comme VIP, c’est-à-dire « Very Important Pierrette », ou Pauline, Patrick, Pablo, les personnages des affiches sont aussi dans de spots télé. Ces scènes amusantes, humoristiques et gentiment populistes en deux volets, de 20 s puis de 8 s, commençent toutes par la déclaration solennelle : « Derrière cette grand marque discount, il y a des gens vraiment importants. » Les emballages des  produits, à fond blanc, sont d’un graphisme délibérément pauvre, ordinaire, dispersé. Les communiqués de Carrefour disent : « l’identité visuelle de la gamme Carrefour Discount a été pensée pour être simple, moderne et facile à repérer : le logo est facilement identifiable, le packaging des produits est blanc, sans artifice, avec une segmentation de couleurs très franche pour plus de lisibilité. » Les personnages aussi laissent du vide autour d’eux. Ils sont pâles, aimablement peu riches, bien décidés à continuer à consommer avec plaisir, mais pas trop.

carrefour
À l’angle de la rue de Montreuil et du boulevard Voltaire, mardi 26 mai 2009, vers 18h. Affichage sur un abribus. On le constate sur cette photo — pas spécialement étudiée —, la réalité de la rue est toujours plus compliquée, plus subtile, plus riche et plus difficile à lire que la publicité. Dans la moitié gauche, plutôt confuse, il y a 9 personnes (en n’oubliant pas le nourrisson). Dans la partie droite, claire, fade, le simple portrait d’une dame sympathique (on reconnaît vaguement une actrice), calme, modérément décidée à résister (les quatre personnages croisent les bras).

Marketing de crise. Même pas cynique. Au moins, on peut apprendre à quoi ressemblent les moyens-pauvres honnêtes.

pauline

Affiche dans le métro. 15 mai 2009. [Photo PK].

La maladie (Vie des objets. Ch.4)

mug_muji_reducMug Muji, septembre 2008.

Diagnostic : « Lésion consistant en une solution de continuité complète ou incomplète avec ou sans déplacement des fragments. » Il y a traumatisme, fracture. Mais la cause peut être interne, alors c’est perçu comme plus grave, incurable. Jusqu’où ira la maladie ? Ce qui est fâcheux, c’est qu’on ne sait pas comment c’est venu.
La roue tourne, ainsi va la vie des mugs. Il n’y a pas si longtemps, elle triomphait modestement (voir « La jalousie »). Le problème, c’est qu’il a fallu que deux de sa famille viennent s’ajouter. Elle aurait pu rester la perle rare de la transparence minimaliste et du « Super Normal ». Et puis on ne l’a plus distinguée. On a fini par dire qu’elles venaient de Chine, qu’elles se ressemblaient toutes, qu’elles étaient fragiles. D’ailleurs, c’est laquelle qui est malade ?

mugmalade
Jeudi 21 mai 2009, vers 13h30.

La coupe de temps retrouvée

jetee-sequoiaChris Marker, La Jetée, 1962, « Je viens de là ».

museum-coupe-statue

museum-coupe-frontal
museum-coupe-pompei
Mercredi 20 mai 2007, 12h30, Jardin des plantes, Paris, 5e. On était resté sur une interrogation relancée par deux billets récents : celui sur la coupe d’un tronc à Corbières, dans le parc de l’ancien climatérium; celui consacré à Chris Marker dans le défilé du 1er mai. Alors, à la première occasion, une investigation devait être tentée. La traversée du Jardin des plantes, presque hebdomadaire depuis une douzaine d’années, n’avait pas donné l’occasion de pousser cette porte marquée PHANÉROGAMIE. À l’entrée de l’Herbier du Muséum national d’histoire naturelle, a été retrouvée aujourd’hui un peu avant midi la coupe de séquoia de plus de 2000 ans que l’on voyait autrefois dans le jardin (probablement en 1962, peut-être après), sous un abri, et que l’on avait vue aussi dans La Jetée de Chris Marker.

Il y a un projet de rénovation de l’Herbier national (bâtiment construit en 1935). Le hall est encombré et dans la pénombre. Pour les besoins de la photographie, les lampes ont été allumées par la personne qui est à l’accueil.

Une plaque sur le socle de la coupe dit : En souvenir de leur amitié de tout temps qu’ils désirent perpétuer, le peuple de Californie et la Légion américaine, section de Californie, offrent aux anciens combattants français de la Grande Guerre ce témoignage d’estime et de camaraderie. Septembre 1927.

Un chantier de la différance

deconstruction
Aix-les-Bains, rue Sir Alfred Garrod (du nom du rhumatologue anglais — 1819-1907 — auquel la ville thermale a rendu ainsi hommage en 1889), près de la gare, lundi 11 mai 2009, 18h50.

Chaque fois que l’on va à la gare, on passe devant en tirant notre duo de valises à roulettes. Curieusement, cette déconstruction en cours semble ne pas avancer, depuis des mois.

deconstruct-board1
Le panneau (fragment redressé de la photo).

logo_nantet
« L’entreprise est signataire de la charte de déconstruction »

« PRUDENCE ! Chantier en cours de déconstruction ». On peut l’entendre de deux façons : La déconstruction est en cours ou bien c’est le chantier qui est en train d’être déconstruit. Les retours à la ligne ne permettent pas de décider. Il faudrait aller voir s’il y a déconstruction au bout du passage. La lumière et le bleu y incitent. Les bandes zébrées rouge et blanc non. On doit encore noter que ces bandes, si elles n’arrêtent que symboliquement, sont là pour rendre visible l’obstacle de la grille qui l’est peu. Le noir sur fond jaune est réputé donner un maximum de contraste perceptif. La typographie — coïncidence, encore l’Univers 67 ! (voir Frutiger) — prétend aussi à un maximum de lisibilité.

deconst-univers

Une déconstruction : on y est attentif à la méthode, à l’ordonnancement, aux spécificités des différents composants, aux articulations et aux assemblages qu’il s’agit de défaire. Ce n’est pas un démontage : la chose aurait été montée à partir de pièces plus nettement séparées et, au démontage, pourrait succéder un remontage. Ce n’est pas une démolition : ce serait un acte brutal, destructeur, indifférencié, absolument irréversible.

Remarque 1 : La déconstruction se vend mieux désormais que la démolition. Désamiantage, traçabilité, la déconstruction est une démolition attentive aux matériaux et aux méthodes — de construction. La déconstruction, c’est la démolition durable. 

Remarque 2 : La signification philosophique est hors de propos ici. Mais on peut s’amuser à souligner que des expressions indiquant des différences ont été employées dans l’exercice ci-dessus. S’il s’agit de différencier, il peut s’agir aussi de différer, d’être activement différent. La déconstruction chez Derrida est un chantier de différence, une différance.

Remarque 3 : On ne s’étend pas non plus sur la vague postmoderne qui a justifié une mode vestimentaire déconstruite (se réclamant parfois de… Derrida).

Remarque 4 : Si l’on rappelle l’engouement et les polémiques qu’ont connus les États-Unis à propos de la déconstruction (philosophique), et si l’on en juge par l’emploi fréquent du mot dans le bâtiment en Amérique, on peut penser que les chantiers européens sont touchés par la vague en retour, déridienne.

jaques_derrida1Jacques Derrida

Exemple 1 : Le collège Jean Richepin a été construit en 1972. Le Conseil Général des Côtes d’Armor a entrepris un grand programme de restructuration qui a débuté lors de l’été 2005 par la déconstruction du bâtiment dit internat devenu hors norme de sécurité. Après le démontage et le tri de certains matériaux, un seul engin muni d’une pince puissante est venu à bout de cette barre composée d’éléments préfabriqués. Collège à Rennes.

photo_deconstruction3
Une dizaine de jours ont suffi pour déconstruire

Exemple 2 : Sensitive Deconstruction. Deconstruction is a method for proceeding with caution. Instead of demolition—a process which involves the destruction and wholesale dumping of materials as waste— deconstruction suggests the disassembling of building components for protection or reuse. http://www.bobvila.com, États-Unis.

deconstructionsalvage_01
Thanks to careful deconstruction, this ceiling cornice was found intact,
behind a drop ceiling in the Manhattan Brownstone.

Exemple 3 : This week I’m going to present another look that was huge on the runway for Spring/Summer… it’s a very wearable look that is easily adapted to any age and skin type. I call it Natural Deconstructed. Pro FX-Wanda Blog, États-Unis.

deconstruction-web
Natural Deconstructed.