La gare de l’exil



Samedi 10 mars 2012, 11h. Juste avant l’arrivée du TGV venant de Paris, une grande gare déserte, à la frontière. Il y a non seulement de larges escaliers qui mènent du passage souterrain vers les voies mais aussi un escalier monumental pour sortir de la gare, car elle est construite sur la pente, au-dessus de la petite ville de Vallorbe. Ce que les photos ne peuvent pas montrer : la police suisse des frontières surveille; autour de la gare, sur les parkings, le long de la route, à la lisière du bois, des Africains en nombre. Un bâtiment préfabriqué, devant la gare de marchandises, annonce une association d’aide aux « exilé(e)s ».

Ballast précieux


Vendredi 9 mars 2012, 10h-13h, Aix-les-Bains. Ramassée en marchant le long de la voie ferrée Aix-Annecy, à Grésy, une pierre teintée de rouille qui relance le private joke « ballast précieux ». Il vient d’une notice de médicament croisée avec la culture SNCF, au début des années 90, entre Berlin et le Val-de-Travers.
Remarque : c’est aussi une figure de la Dent du chat.


Origine de l’échantillon.

Voir le 25 décembre 2025 : https://jlggb.net/blog10/2025/12/30/ballast/

Le Café du marché à Plainpalais


Jeudi 8 mars 2012, 18h, 16 avenue Henri Dunant, Genève. Le Café du marché a été fondé en 1902*. L’architecture de son immeuble, une manière de chalet en béton armé, est étonnante et devrait faire l’objet d’un billet. Tellement stamm qu’on peut même y venir seul. Boiseries, table et chaises vernies dans des tons de jaune et de rouge, s’accordent à la lumière bleue de la plaine de Plainpalais par des vitres très hautes. Et ce pan de mur habillé de bois, juste contre la porte au centre de la vitrine, qui organise, sans en avoir l’air, à la fois l’espace et la clientèle.
* En 2002, pour son centenaire, j’y suis venu le jour où les prix étaient divisés par cent !

La vitrine modèle du modélisme


Jeudi 8 mars 2012, 17h, boulevard Georges Favon, Genève. Trains miniatures, voitures en modèles réduits. C’est le genre de vitrine qui attire les enfants attardés et les pères. Je me souviens avoir acheté là, pour É., il y a 20 ans, une berline décapotable grise américaine. Malgré un store pas raccord et des vitrines extérieures ajoutées, c’est quand même un modèle de design et de typographie.

Le mémoratif réflexe


Mercredi 7 mars 2012, 15h28. Dans le tgv, je me réveille, je sors l’appareil et je déclenche. Pour une fois, je parlerai d’instant et non de moment. Ce repère du paysage Rousseau (la cascade de Couz, près de Chambéry) est désormais inscrit et agit en réflexe. Il faut dire qu’il a été réactivé quelques jours plus tôt par la découverte d’une carte postale (envoyée en 1903). Il n’y a rien de plus profondément mémoratif qu’une chute d’eau. Duchamp le savait lorsqu’il a pris une vue de Chexbres (non loin de Vevey) pour la mettre dans Étant donnés… Et l’on sait (c’est L. qui l’a retenu de Éphémérides, catalogue de la rétrospective Duchamp à Venise, Jennifer Cough-Copper, 1993) que Duchamp avait Rousseau en tête pour imaginer une cascade, ce qui nous valut, en 1996-1997, d’aller non seulement à Couz, mais à Chexbres — et à Môtiers (pour Moments de Jean-Jacques Rousseau).

Enfin, la rue de Montreuil en travaux


Lundi 5 mars 2012, 16h. Parce que, depuis le néolithique, la rue de Montreuil, Paris 11e, est restée un axe de circulation pour entrer dans Paris, on ne l’a pas touchée et l’on a laissé s’y installer une circulation rapide. Les trottoirs y sont souvent dangereusement étroits et inconfortables. Il semble que les choses sont en train de changer : élargissement du trottoir nord sur plusieurs longueurs, piste cyclable protégée au sud. Les travaux ne sont pas révolutionnaires, mais on apprécie cet acte raisonnable qui s’est fait tellement attendre.

Godard, 1977 : Quand la gauche aura le pouvoir, est-ce que la télévision aura toujours aussi peu de rapport avec les gens ?


Samedi 3 mars 2012, 15h15, Musée national d’art moderne, cycle « Vidéo vintage 1963-1983 » (commissaire : Christine van Assche). Réalisée en 1977, une vidéo de Jean-Luc Godard pour la télévision : Faut pas rêver, sur la chanson de Patrick Juvet et Jean-Michel Jarre, 3mn 42s. Elle comporte deux plans fixes : le premier où l’on voit un enfant mangeant une pomme et écoutant, hors champ, une émission de télévision qui diffuse la chanson, tout en répondant aux questions de sa mère; le second où s’affiche, ligne après ligne, le texte : « Quand la gauche aura le pouvoir, est-ce que la télévision aura toujours aussi peu de rapport avec les gens ? »