Des collections : pour les 50 ans des Accords d’Évian


Jeudi 22 mars 2012, 17h44, Genève. Il y a une image du film de Godard, Le Petit Soldat, repérable dans le film, mais que je gardais pour moi. En 1987, en préparant le numéro de la revue La Recherche photographique, numéro 3, intitulé « Le cinéma, la photographie » j’avais trouvé dans le fonds de la Cinémathèque française un ensemble de photographies du tournage du Petit Soldat (sans pouvoir identifier leur auteur, y compris auprès de Madame de Beauregard). Elles ont ce charme particulier d’appartenir aux vues du film (travail admirable de Raoul Coutard, avec la pellicule photo Agfa Record que seule la caméra Cameflex acceptait) tout en s’en distinguant. De format carré, probablement faites au Rolleiflex, elles sont à la fois posées, emblématiques et révélatrices du tournage lui-même (au demeurant, « tout film est un documentaire sur son propre tournage » aurait dit Jacques Rivette). J’avais donc fait tirer, sans la publier, la photo de la voiture filant le long du lac depuis le Pont du Mont-Blanc, avec cette figure de platane, tentaculaire et taillé, que j’affectionne. Tourné fin 1959, début 1960 à Genève et dans ses environs, Le Petit Soldat est interdit par la censure jusqu’en 1963. Louis Terrenoire, ministre de l’Information, déclarait : 1. Que ces tortures soient appliquées par des agents du FLN ne saurait modifier le jugement qui doit être porté contre ces pratiques et contre leurs représentations à l’écran. 2. À un moment où toute la jeunesse française est appelée à servir et à combattre en Algérie, il paraît difficilement possible d’admettre que le comportement contraire soit exposé, illustré et finalement justifié. Le fait que le personnage se soit paradoxalement engagé dans une action contre-terroriste ne change rien au problème. 3. Les paroles prêtées à une protagoniste du film et par lesquelles l’action de la France et en Algérie est présentée comme dépourvue d’idéal, alors que la cause de la rébellion est défendue et exaltée, constituent à elles seules, dans les circonstances actuelles, un motif d’interdiction. » (Wikipedia, repris de Lionel Trélis, La Censure cinématographique en France, mémoire, Institut d’études politiques de Lyon, juin 2001). Les 50 ans des Accords d’Évian (18 mars 1962) semblent n’avoir donné lieu à aucune commémoration ces derniers jours. J’y songeais depuis longtemps : l’anniversaire et un détour par le Quai du Mont-Blanc me donnent le prétexte pour publier la photographie restée inédite.


Jean-Luc Godard, Le Petit Soldat, 1960, Anna Karina, Michel Subor, photo de tournage, fonds Cinémathèque française, négatif 1040. Épreuve : collection jlggb.


La Recherche photographique, N°3, décembre 1987, Paris. Contient un portfolio de 16 photographies de tournage du Petit Soldat.


Raoul Coutard et Jean-Luc Godard sur le tournage du Petit Soldat. Planche contact de la même série que les photos ci-dessus [dr].

La Jonction



Jeudi 22 mars 2012, 16h, Genève. En marge du projet Rousseau retrouvé avec le collège Rousseau dans le quartier Saint-Jean (voir : http://circonstances.net/Rr/). C’est de la passerelle du Bois de la Bâtie, qui double le pont de chemin de fer, que l’on voit vraiment ce site magnifique qu’est la rencontre — la Jonction — entre le Rhône et l’Arve (le Rhône, institutionnel, est filtré par le Léman. L’Arve, sauvage, vient tout droit des glaciers du Mont Blanc). Il y a un projet de la Ville de construire ici un centre « associant arts et neurosciences », à la place notamment des ateliers d’artistes et de designers installés dans l’ancienne usine de robinetterie Kugler. Il va falloir être très fort et très subtil pour être à la hauteur de ce qui se fait de mieux en matière de coopération entre l’histoire et la nature.

Ce qui est moderne s’accorde à la nature



Samedi 21 janvier 2012, 13h45, Auberge de Brison, Brison Saint-Innocent, Savoie. Un auvent de béton qui s’accorde à un platane. Pas de place entre la montagne et le lac. Pourtant, on y a logé la route et des haltes restaurants. Et en plus la voie ferrée, qui procure l’une des plus proches et des plus belles vues en travelling qui soient sur un lac.

Une maison d’avant-garde après le coucher du soleil



Vendredi 23 décembre 2011, 17h, après le coucher du soleil derrière la Dent du Chat. L’atelier Brès (Pierre-Guy Péguy-Brès *) à Brison Saint Innocent, a été conçu par Jean-Louis Chanéac en 1961. C’est un ensemble, tout en trapèzes et en triangles, particulièrement dessiné : son inscription dans le paysage et dans la parcelle, le croisement des deux pans de toits, etc., les arbres aussi semble-t-il. * Peintre, né en 1938, il reçoit en 1960 le premier Prix de la Fondation de la Vocation.

Les Bords du lac, immeubles de Jean-Louis Chanéac

Vendredi 23 décembre 2011, 11h-12h30, observation des immeubles construits par Jean-Louis Chanéac (voir sa maison d’Aix-les-Bains, 1976) entre 1972 et 1980 : 1, 3, 5, rue des Goélands à Aix-les-Bains. La suite de trois bâtiments séparés par de larges trouées est comme une montagne coupée de gorges. On peut voir cette « chaîne », dont les faces sont parallèles au plateau du Revard à l’est et à la ligne de crête de la Dent du Chat à l’ouest, comme leurs répliques à la fois concrètes et symboliques. La variation des volumes, comme la diversité des aménagements, sont remarquables. On remarque que des pièces situées à l’est, du côté de la ville et du Revard, ont malgré tout une loggia tournée vers le lac et la Dent du Chat. La première photographie montre la vue depuis « Les Bords du lac ».