La lisibilité du monde (détail)


Dimanche 1er septembre, 19h, 45 rue de Lancry, Paris 10e. Ce qui attire d’abord l’attention, ce sont les grandes plantes sèches dressées sur la terrasse, qui lancent le regard vers le haut. L’immeuble moderne qui est derrière est beau par la régularité de sa façade dont les fenêtres hautes et étroites sont toutes des portes-fenêtres avec garde-corps métalliques. La réglementation sous Pompidou a interrompu la règle hausmannienne : les immeubles pouvaient être plus hauts, à condition qu’ils soient en retrait, de façon à ce que, de la rue, ils semblent alignés avec les plus anciens. Un effet littéralement collatéral est la présence d’une terrasse et de ces grands murs nus qui n’ont pas pu être mitoyens. Puis est venu le temps, qui dure depuis trente ans, des tags et des graffs, qui donnent lieu à des compétitions et à des exploits, souvent dangereux. L’écran publicitaire qui défile et qui affiche un iPad ouvrant lui-même sur l’image d’un clavier virtuel en semble l’antidote. Mais il n’est au fond que la version industrielle, clean et démultipliée à l’échelle de ses dizaines de millions d’exemplaires, du même désir. On le voit, la lisibilité n’est pas réservée aux mots, ni même aux signes. Auteur de La Lisibilité du monde, le philosophe Hans Blumenberg est évoqué par Georges Didi-Huberman dans Atlas ou le gai savoir inquiet (Minuit, 2011), page 15, pour dire : « Lire le monde est une chose bien trop fondamentale pour se trouver confiée aux seuls livres ou confinée en eux : car lire le monde, c’est aussi relier les choses du monde selon leurs ‘rapports intimes et secrets’, leurs ‘correspondances’ et leurs ‘analogies’. » (Cité par L. dans son blog Übersicht.)

Décors parisiens avec de vrais morceaux de ciel




Lundi 27 août 2012, 19h-20h30, Paris 11e. Dans un quartier traversé à l’excès depuis 40 ans, des vues qui s’imposent dans une lumière spéciale de fin du jour. Lieux : angle de la rue Saint-Bernard et de la rue de Charonne, angle du passage Josset et du passage de la Bonne Graine, angle de l’avenue Ledru-Rollin et de la rue de Charonne. À Paris, dans ce Paris déjà de l’Est où les époques coexistent malgré tout, on ne parlera pas de skyline, mais, de nouveau, de contre-forme, de découpages de ciel.

À Cabourg




Mardi 31 juillet 2012, vers 14h, 16h et 18h, Cabourg. Marche sur la plage vers l’est : quelques personnes suivent la mer qui se retire pour aller pêcher. L’extrémité de la dune. Dans l’après-midi, le soleil s’est installé et il y a progressivement beaucoup de monde sur la digue et sur la plage. Dans la ville ancienne au plan rayonnant autour du Casino et du Grand Hôtel, toute une collection de villas construites à la fin du XIXe et au début de XXe siècle, et presque que ça. Sur la place, un bel exemple du style néo-normand, dont l’architecte pourrait être Émile Mauclerc, vers 1910. Je suis venu pour la première fois à Cabourg en 1970, invité par un ami dont la famille possédait une maison ici sur la digue, et aussi une autre grande maison avec un parc à Trouville. Ce fut l’un de mes contacts avec la grande bourgeoisie parisienne.

Aubervilliers, où es-tu ?


Mercredi 25 juillet 2012, 16h. En revenant de Saint-Denis en voiture, une visite de curiosité à ce centre commercial, récemment ouvert Porte d’Aubervilliers « au bord de l’eau » (une branche du canal de Saint-Denis), dans la nouvelle zone d’activité du Millénaire (« 300 entreprises et 12 000 salariés en moins de 10 ans »). Architecture de hangars, rien de nouveau, sauf peut-être dans le parking : une voix de synthèse (Alphaville) prononce automatiquement trois fois le numéro de votre emplacement.


Gentils enfants d’Aubervilliers, extrait du film d’Eli Lotar (1905-1969), 1946, avec un commentaire et trois chansons, mises en musique par Joseph Kosma, de Jacques Prévert.

Un chantier urbain




Dimanche 15 juillet 2012, 18h. Le chantier du tramway — une double gare de part et d’autre du cours de Vincennes, Paris 20e et 12e — est libre d’accès le dimanche. « Constructivisme » attractif sous une belle lumière. On dit que le granit taillé — qui décidément s’installe un peu partout dans Paris, conséquence d’une politique écologique ? — vient de Chine. À quel prix financier ? À quel prix humain ? Le pont du chemin de fer de la Petite Ceinture a été soigneusement restauré et repeint. Il faut savoir que ce type de reportage est un effet collatéral des marches de santé (une heure par jour, au minimum, c’est la recommandation).

Cinquante ans de tourisme



Vendredi 13 juillet 2012, 18h30, la rue Soufflot (architecte du Panthéon) et le Panthéon, Paris 5e. Ayant retrouvé et numérisé une diapositive que j’avais prise en juillet 1962 (autour du 14 juillet, d’après les drapeaux), j’ai fait un voyage spécialement vers ce lieu (qui m’est devenu très familier) pour y prendre, sous la pluie, une photo comparable. Il y a un peu plus de voitures et plus de piétons. Quels progrès avons nous connus ? Peut-être celui-ci : ne plus croire au progrès général.

Géométrie des siècles




Mardi 10 juillet 2012, 18h, Nantes, quai Turenne. On peut vérifier qu’il s’agissait d’un quai (jusque dans les années 1920), puisque les numéros se suivent : 12, 13, etc. Le N° 13 date de 1752 (architecte : François Perraudeau). Construits sur pilotis sur le sable de l’île Feydau, ils se sont déformés et se déforment sûrement encore. Dans la perspective, ça ne saute pas aux yeux, mais lorsqu’on photographie dans une stricte frontalité, c’est étonnant. Récemment, l’emplacement de l’eau a été reconstitué en forme de longue pelouse. Il semble que les habitants de ces belles maisons du XVIIIe siècle se plaignent du bruit et d’autres nuisances dus à cet espace de loisir.

Le faubourg Saint-Antoine


Dimanche 8 juillet 2012, 12h. Au numéro 37 du faubourg Saint-Antoine, Paris 11e, non loin de la Bastille, la démolition d’une devanture et d’une marquise d’un marchand de meubles fait apparaître la continuité de cinq arcs en plein cintre d’un immeuble qui a dû avoir belle allure. L’ensemble a été inscrit au titre des monuments historiques en 1996. On se pose la question : qui s’occupe de faire l’archéologie de tels chantiers ? Et relever par exemple les traces des révoltes et révolutions qu’a connues le Faubourg.

Rue des Haies



Jeudi 21 juin 2012 (Fête de la musique), 23h, 73 rue des Haies, Paris 20e. La galerie Plateforme, cycle Résurgences, présente, notamment, le film de Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon, War.


War est un montage de vidéos de soldats américains, trouvées sur Internet. Filmées par les soldats eux-mêmes, elles les montrent sur le terrain de guerre ou dans les casernes en Irak ou en Afghanistan, en train de danser sur de la musique pop. On peut imaginer la nostalgie de la culture populaire chez ces soldats dansants, qui semblent définitivement séparés du territoire, de l’histoire et de la culture dans laquelle ils se retrouvent projetés, coincés dans des guerres immobiles, d’usure, dont les images officielles effacent toute trace de sang, de violence, et qui nous reviennent sous la forme faussement joyeuse de parodies de vidéo clips. Du site : http://www.nogovoyages.com/projects.html