Markus Raetz, No, Yes, etc.



Samedi 14 janvier 2012, 17h, galerie Farideh Cadot, 7 rue Notre Dame de Nazareth, Paris 3e. Parallèlement à l’exposition de la BNF-Richelieu, une belle exposition de Markus Raetz (c’est le dernier jour), gravures, sculptures, mobiles. Un classique de l’artiste, visible à l’envers depuis la cour, une petite sculpture qui, selon deux angles de vue à 90 degrés, se voit comme Yes ou No (mais les autres angles sont intéressants aussi). La personne qui entre est le directeur du Musée national d’art moderne.

Autoportraits de Munch


Edvard Munch, Autoportrait devant La Mort de Marat, 1930, épreuve gélatino argentique d’après le négatif original, Munch-museet, Oslo. Détail.




Edvard Munch, Dessins d’illusions d’optique, aquarelle et pastel sur papier, Munch-museet, Oslo. Détails.

Samedi 31 décembre 2011, 13h-15h, Centre Pompidou, exposition Edvard Munch, l’œil moderne. À l’âge de 67 ans, en 1930, Munch connaît une altération de son œil droit. Des dessins restituent ce que voit cet œil malade et sont donc des manières d’autoportraits. C’est une situation étonnante, où l’instrument du regard devient son propre objet.

Edvard Munch, photographie et peinture


Edvard Munch, Rosa Meissner à l’hôtel Rohn à Warnemünde, 1907, épreuve gélationo-argentique, Munch-museet, Oslo.


Edvard Munch, Femme nue en pleurs, 1930, crayon gras sur papier, Munch-museet, Oslo.


Edvard Munch, Femme en pleurs, 1907-1909, huile sur toile, collection Stenersen, Bergen Kunstmuseum, Norvège.


Détail de cette première peinture.


Edvard Munch, Femme en pleurs, 1907, huile et pastel sur toile, Munch-museet, Oslo.

Samedi 31 décembre 2011, 13h-15h, Centre Pompidou, exposition Edvard Munch, l’œil moderne. Clément Chéroux, commissaire de l’exposition, dit dans un entretien filmé : « C’est un motif dont on ne sait pas à vrai dire ce qu’il représente. Est-ce un souvenir d’enfance, une scène primitive, un souvenir érotique ? Ou bien est-ce une sorte d’archétype de lamentation ? » On a parlé d’une allusion à la scène de l’Annonciation, ou encore d’une Ève chassée du Paradis. Ce qui m’intéresse c’est ce qu’on a pu dire de la place de la photographie dans ce processus de la série d’une jeune femme nue debout, devant un lit, dans une chambre. En l’espace de quelques mois, six versions en peinture, un dessin, une photographie, des lithographies, et une sculpture. On a dit que la photographie ne précédait pas nécessairement les peintures. En photographe, il me semble pouvoir avancer que si. Quand l’on part d’une photographie, c’est pour s’en éloigner de plus en plus mais c’est aussi pour maintenir et déformer des indices singuliers. C’est le cas, je pense, de la position du modèle par rapport aux lignes du plafond et par rapport au lit, des ombres sous le bras gauche du modèle, de la posture de la tête, de la jambe gauche légèrement pliée, de l’absence des pieds conservée dans la première peinture. Si le modèle avait été photographié au cours de la pose pour un dessin ou une peinture, on n’aurait pas une telle prégnance du motif du papier peint. Le dessin est différent, mais il a été fait 23 ans plus tard. Mais peut-être faut-il trouver l’indice photographique dans le titre même de l’œuvre. Car, s’il existe un écart manifeste entre la photographie et la série des tableaux, c’est bien dans le passage d’une femme qui manifestement ne pleure pas à la figure effacée d’une femme que le titre nous désigne en pleurs. Le négatif a connu deux expositions — accidentellement ? L’image de la sœur de Rosa Meissner, Olga, peut passer inaperçue. Mais, dès qu’on s’y attache, on devine qu’elle s’essuie le visage, peut-être avec un mouchoir. Le titre viendrait alors de cette deuxième figure spectrale ? Autre chose encore : Munch a acheté en 1902 un appareil photo Eastman fournissant des négatifs de format 9×9 cm à tirer par contact. Ce peut être l’origine des formats carrés des premières peintures de la série. Enfin, on dit que seules deux de ses relativement nombreuses photos ont une parenté directe avec ses toiles. Cette parenté a tout d’une origine, au sens du matériau visuel que, précisément, on cherche dans une photographie.

Autre chose : on peut penser au film de Jacques Doillon, avec Dominique Laffin, La Femme qui pleure, 1978. Voir : « Captures » du 15 mars 2011 : http://jlggb.net/blog2/?p=4467 et « Signalétique », du 5 décembre 2009 : http://jlggb.net/blog2/?p=51.

Remarque : c’est une bonne chose que l’on puisse photographier désormais couramment dans les musées et les expositions. On peut craindre que les visiteurs photographient sans voir, là comme ailleurs. Mais il faut comprendre que c’est pour eux une manière de regarder, avec un certain investissement. Et puis les appareils et les logiciels permettent des reproductions « en amateur » plutôt convaincantes — bien qu’ici, je ne sois pas sûr des couleurs.

 

Salle des Reflets Infinis (emplie de l’Éclat de la Vie), 2011


Vendredi 30 décembre 2011, 20h55, Centre Pompidou, galeries contemporaines : Yayoi Kusama, Infinity mirror Room (filled With the Brillance of Life) — Salle des Reflets Infinis (emplie de l’Éclat de la Vie) — 2011, environnement, miroirs, métal, Plexiglas, lampes bulbes électriques, bois, placoplâtre, plastique, eau, 300 x 617,5 x 645,5 cm, collection de l’artiste. L’exposition ferme dans 5 minutes, les gardiens disent : « photos interdites », mais tout le monde photographie. Voir : le dossier de presse, le site de l’artiste et les photos de l’exposition, le billet jlggbblog du 26 juin 2009, http://jlggb.net/blog/?p=4134.

Note : Coïncidence, au même emplacement dans le Centre Pompidou, j’ai vu, en 1981, lors de l’exposition de Piotr Kowalski, exposée à côté de la Time Machine II, la sculpture Le Miroir. Dans son très bon livre consacré à Piotr Kowalski (Hazan, 1988), Jean-Christophe Bailly confronte cette pièce à la Time Machine dont le projet est de renverser le temps. Deux miroirs à double face et en angle droit, tournant rapidement sur leur axe d’intersection vertical, donnent du regardeur une image non inversée. Mais, dans sa description et dans son commentaire, il fait une grave erreur : « Ce double inconnu qui nous contemple crée un vertige. Jamais encore nous ne l’avions rencontré, jamais encore nous ne nous étions vus comme un autre nous voit. Qu’on ralentisse la rotation du plateau et l’immobilise, et l’image redevient normale, c’est-à-dire inversée. » (p. 85) Faire tourner l’ensemble élargit uniformément le champ à 360 degrés et donne au reflet un aspect fantomatique et volumique, qualités importantes de cette œuvre. Mais, chacun l’a sans doute vérifié lui-même, par exemple dans le décor d’un café : deux miroirs formant un angle droit produisent deux symétries qui s’ajoutent et qui annulent donc l’inversion, indépendamment de toute rotation. C’est pour cela que, où que l’on soit, on se voit toujours coupé par l’angle — comme le photographe dans l’environnement de Yayoi Kusama.


Piotr Kowalski, Le Miroir, 1979, Ronald Feldman Gallery, 31 Mercer Street, New York (dr).

Une artiste résolument contemporaine

Dimanche 18 décembre 2011, 16h, galeries du quai Malaquais (les Beaux-Arts), exposition 2001-2011 : soudain déjà qui « présente les œuvres de jeunes artistes ayant fréquenté l’École nationale supérieure des beaux-arts au cours de la décennie 2001-2011 ». Émilie est née en 1980 à Noisy Le Grand. Elle est diplômée des Beaux-Arts en 2005 après avoir été « mon étudiante » à Paris 8 et à l’Atelier de recherches interactives de l’Ensad (maîtrise et DEA, avec « L’effet Larsen » et « Fatal Error », 2001-2003). Elle vit et travaille (comme on dit) à Paris et à Berlin. En 2010, elle a obtenu l’Audi Talents Awards. Si elle a été un temps une « artiste numérique » (pour ma part, je n’emploie jamais cette expression), elle a rompu avec cette catégorie pour appartenir résolument à « l’art contemporain ». Reproduction (on voit le reflet du photographe) : Neue Oder, 2010, impression sur papier ancien, 29 x 27 cm, collection PPP, Paris (on lit trop vite, en allemand : « neue Order » — ordre nouveau —, au lieu de « neue oder » — nouveau, ou bien).

Le tour du monde avec un moteur de recherche


Samedi 17 décembre, 17h-18h30, Paris, Musée du quai Branly, bibliothèque (salon de lecture). Gwenola W. fait ici une nouvelle présentation, sous forme de performance-conférence, de son Globodrome, un tour du monde dans le monde du Web (Google Earth, Street View, YouTube, etc.), qui est aussi un film bientôt publié, inspiré du Tour du monde en 80 jours de Jules Verne. Voir : http://globodrome.com/.

La dérive du code-couleurs ou le réel selon les arts


Jeudi 15 décembre 2011, 12h. Saint-Denis, Université Paris 8, bâtiment A. Ces bâtiments, construits à la hâte en 1980 pour accueillir l’Université forcée à quitter le Bois de Vincennes (voir : http://jlggb.net/blog2/?p=7005), furent convertis en partie — de façon plutôt réussie — après la construction de la nouvelle bibliothèque universitaire (inaugurée en 1998). Les architectes (Jacques Moussafir et Bernard Dufournet, voir : http://www.culture2000.tee.gr/paris/projets/93/93_10/index_en.htm et http://www.pavillon-arsenal.com/img/conference/25/cp/PAV_25_CP.pdf) furent contraints par une structure existante de mauvaise qualité et par un budget restreint. 1°. On constate la dérive du code couleurs, des disciplines artistiques vers le tri des ordures. 2°. On rappelle que l’art, et l’enseignement de l’art, devaient s’alimenter au contact avec le réel. Le problème, c’est que, paraît-il, pour sentir le réel, il faut des terrains vagues, des dépotoirs, des poubelles.

Image officielle de l’architecture et des couleurs attribuées aux différentes disciplines artistiques (photo Georges Fessey).

Livre imprimé, film du livre lu à deux voix, chutes de papier imprimées d’aplats de couleurs, caractères en plomb, plomb fondu







Samedi 3 décembre 2011, 18h30-20h30, « finissage » de l’exposition de Fabien Giraud à la galerie Rosascape, square de Maubeuge, Paris 9e. L’œuvre de Fabien Giraud Le La Mort est coproduite par Rosascape (Paris) et Forde (Genève). Elle est composée de quinze livres imprimés en linotypie. « Chaque ouvrage est coupé en son milieu par un second livre contenant le script d’une conversation entre Fabien Giraud et Vincent Normand. À la fois commentaire et origine des œuvres, ce dialogue, intitulé Metaxu, est le point central de l’exposition ». Voir les livres ici. L’intégralité du texte (en pdf) est ici. Si le long texte original (la conversation sous forme de vidéo dure 107 mn) est la matière de la proposition, cette matière est présente aussi dans des caractères en plomb, et dans les barres de plomb fondu de certains paragraphes, dans les rubans de papier, chutes des rognures des aplats de couleurs du livre imprimés par un procédé numérique.

Texte de la page photographiée :
Très vite, la courbure du verre s’accentue, et toute une série de foyers optiques se développe entre l’œil et l’objet de son regard. Le microscope, comme il s’invente au milieu du XVIIe siècle avec le savant hollandais Antoni van Leeuwenhoek, est doté d’un dispositif à vis pour la mise au point. Le microscope révèle alors que la surface d’un objet n’est pas sa correspondance à l’échelle de sa forme globale, mais qu’il abrite en lui-même, dans l’ombre de sa matière, une infinité de mondes et de vies insoupçonnées jusqu’alors. La chair du monde se fendille et se creuse. Tout un univers profond, dans les crevasses et les pores, remonte à la surface des formes. Et seules la limite de la courbure des lentilles, la netteté de son grain de verre et la précision d’un pas de vis semblent pouvoir arrêter cette avancée dans les strates infimes du monde. C’est alors, pour l’homme étourdi du XVIIe siècle commençant, l’ouverture à deux démesures de la vision. L’une amenée par le télescope et le décentrement du monde, l’autre, par le microscope et la profondeur infinie de la matière. Une sphère éclate au contact du sol quand une boule de verre tombe de toute la hauteur d’une table. Une sphère éclate également quand, avec un petit objet dur et pointu, on applique sur elle une force qui, par pression concentrée en un point unique, vient à en éventrer la membrane. Il faut voir le double geste de Galilée et de Leeuwenhoek comme une équivalente brisure. Ils ouvrent le savoir à la dé-mesure, au sens véritable et complet d’une défaite de la mesure.

Présentation de l’appartement-galerie :
Rosascape est également un lieu d’exposition situé dans un appartement. Cet espace d’exposition s’intéresse entre autres à la question de la représentation dans un espace privé (l’espace intérieur, non neutre, vs l’espace public, le « white cube »), hors des normes classiques de l’accrochage.

 

Conservées



Vendredi 2 décembre 2011, 12h, Paris, rue Buffon, Muséum d’histoire naturelle, locaux provisoires du Musée de l’Homme. Une caisse de nos jouets de terre collectés dans le nord de la province de Shaanxi en Chine au début des années 80. L’envers de deux semelles brodées au point de croix (cadeau de mariage) qui proviennent de cette même campagne, comportent les inscriptions suivantes : 永乡, Yongxiang, canton Yong (éternité); 红卫一队, Hongwei yidui: 1ère brigade Hongwei (gardes rouges); 冯雪梅, Feng Xuemei (le prénom Xuemei veut dire Prunus de neige); traduction par Y.X. Les 229 pièces de la collection d’art populaire chinois données au Muséum ont été décrites, mesurées, étiquetées, inventoriées et conditionnées pour être conservées.
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Tout ça a été, pendant six semaines, le beau travail d’Hélène C., stagiaire qui suit la formation « Entretien des collections » du Lycée professionnel régional Corvisart-Tolbiac.

Le professionnel de l’entretien des collections du patrimoine est un assistant technique chargé des conditionnement, présentation, prévention et restauration des collections patrimoniales, sous la responsabilité d’archivistes, archéologues ou conservateurs, avec lesquels ils travaillent. Aptitudes : Habileté manuelle; Intérêt pour le travail soigné; Aptitude pour le travail en équipe; Adaptabilité au changement; Autonomie dans le travail. Voir : http://www.corvisart.com/fmcentretien.html