Platanes et Art déco shanghaïens



Lundi 19 novembre 2012, 11h, Shanghai, rue Maoming, visite de remémoration. L’ensemble résidentiel Grosvenor date de 1935. Il fait partie, avec l’hôtel Jinjiang, d’un ensemble qui est un haut lieu de la diplomatie et des affaires chinoises. Il se trouve que j’y ai logé au moins deux fois, en 1983 et en 1987. Ici à Shanghai, il est convenu de nommer « arbres français » (faguo wutong) les platanes, dont on dit qu’ils ont été importés par les Français au temps des concessions.

Shanghai Dasha



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Dimanche 18 novembre 2012, 20h30, Shanghai. Pour m’extraire du gigantesque centre commercial de Lujiazui, pour échapper aux gratte-ciel, il me vient à l’idée de prendre un taxi et de dire seulement : « Shanghai Dasha ». C’est le nom du premier gratte-ciel (skyscraper authentique) que j’ai connu. C’était à Shanghai en mai 1973, au terme de mon premier voyage en avion (plus de 24 heures, 10 escales), une chambre très haut dans cet hôtel redevenu hôtel l’année même. Au moment de sa construction en 1934 il se nommait Broadway Mansions. Il a retrouvé ce nom en 1996. Monument le plus visible et stratégiquement placé, il fut quartier général japonais de 1937 à 1945 (avec drapeau japonais à son sommet), puis quartier général américain de 1945 à 1949, puis quartier général de la propagande du gouvernement de 1949 à 1951. Les gardes rouges en firent le « Grand bâtiment anti-impérialiste » et il faut donc attendre ce tournant qu’est 1973 pour qu’il reprenne son nom de 1951, Shanghai Dasha (Grand bâtiment de Shanghai), Shanghai Mansions Hotel en anglais. Le moment de ce voyage était le début d’un changement — et ce voyage en faisait partie — dont on voit l’effet phénoménal aujourd’hui : le Shanghai Dasha est un gratte-ciel parmi des milliers d’autres plus grands que lui, réduit à un vestige, décor pour photos de mariage kitsch. Sort comparable pour son voisin, le glorieux pont métallique Waibaidu, construit en 1908, affublé récemment de diodes aux couleurs variables. Voir http://en.wikipedia.org/wiki/Broadway_Mansions et http://en.wikipedia.org/wiki/Waibaidu_Bridge


Au rez-de chaussée du Shanghai Dasha, un restaurant japonais : tasse japonaise, thé chinois, bière de Tsingtao.
Sur une photo prise en 1973 (voir : https://jlggb.net/blog3/?p=4794) on remarque que le bas de l’hôtel est grillagé.

Shanghai Power Station of Art



Samedi 17 novembre 2012, 11h-17h, Shanghai. Au bord du Huangpu, au sud-est de la ville, La Power Station of Art est une ancienne centrale thermique transformée pour l’exposition internationale de 2010 puis inaugurée en gigantesque centre d’art pour la 9e biennale de Shanghai. Les néons sont une œuvre de Claire Fontaine, The House of Energetic Culture, 2007, qui reprend les enseignes de la maison de la culture de Pripyat, « ville modèle » proche de Tchernobyl, abandonnée après la catastrophe.

Une vieille connaissance en parle dans son blog de Mediapart : http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-hudelot/261012/la-shanghai-power-station-art-joue-dans-la-cour-des-grands

Petites maisons par Paul Chemetov





Jeudi 1er novembre 2012, 19h20, Cité de l’architecture, Palais de Chaillot, Paris. Chacun sa maison est le titre de l’exposition de ses 17 projets de maisons et ateliers que Paul Chemetov reprend d’un livre-jeu de son père, le dessinateur Chem, publié par les Albums du Père Castor en 1933. On connaît Chemetov (né en 1928) pour ses aménagements de quartiers et ses bâtiments institutionnels. On découvre là un travail sensible d’apparence modeste. Son petit « mazet » (2007-2009) de Labeaume, dans l’Ardèche, est une réhabilitation qui ne touche pas aux murs de pierres sèches en leur ajoutant un toit métallique, une boîte en tôle d’acier galvanisé et une boîte en contreplaqué de peuplier. C’est une manière de « cabanon » de Le Corbusier. La « maison Ohana » (2006-2009), à Asilah, au sud de Tanger, au bord de l’Atlantique, se déploie en terrasses et en jardins autour d’un olivier centenaire. Ce sont ses maîtres d’ouvrage, Esther et René Ohana (opticien rue du Pas de la Mule, près de la place des Vosges à Paris — voir « Où la musique rivalise avec l’optique » du 8 juin 2012 : https://jlggb.net/blog3/?p=2671) qui nous ont invités à voir l’exposition. La « maison Rebérioux », que voulait faire construire dans le Haut-Jura le fils de Madeleine Rebérioux (grande historienne et militante que nous avons connue à Paris 8), est restée à l’état de maquette.

Nicolas Schöffer


Mardi 2 octobre 2012, 17h50, Institut hongrois, 92 rue Bonaparte, Paris 6e. À l’occasion de son centenaire, une exposition consacrée à Nicolas Schöffer (1912-1992). Toujours dans le registre des coïncidences, ou d’une attention particulière orientée par les projets, retour de l’artiste-architecte, visionnaire cybernétique, qui ne fut pas suivi et souvent à juste raison critiqué, mais dont les utopies ont aujourd’hui une réalité. Je l’ai rencontré par l’intermédiaire de Frank Popper à la fin des années 60 et au début des années 70. J’aimais plutôt ses constructions d’aluminium équipées de moteurs électriques et de lampes. Elles ont une espèce de naïveté anti-esthétique. Centre de loisirs sexuels et Université verticale de 1 km, dessins, (dates ?).

« Un des loisirs les plus importants qu’il s’agit de valoriser esthétiquement et spirituellement, à l’inverse des quartiers réservés habituels. Sa forme de sein et sa couleur rosée le font reconnaître de loin dans le paysage. »
« La circulation d’une unité à l’autre se fait verticalement en quelques minutes et horizontalement par tapis roulants. Un campus d’un kilomètre de long induirait une pollution visuelle, olfactive, sonore et esthétique. L’espace au sol dégagé est réservé à la nature et à la promenade. »

Voir : http://www.olats.org/schoffer/

Pas pendant la prière


Samedi 8 septembre 2012, 13h, 145 rue Saint-Honoré, Paris 1er, temple protestant (de tendance libérale) de l’Oratoire du Louvre. Ayant un peu de temps avant un rendez-vous près de la rue Jean-Jacques Rousseau, pour la première fois j’entre dans cette église. Construite entre 1621 et 1630 puis de 1740 à 1745, elle s’inspirait, comme Saint-Paul — Saint-Louis (ci-dessous), de l’église du Gésù de Rome. Il y a un mariage. Au moment de prendre la photo, j’entends qu’on me dit « Pas pendant la prière. ». Vingt secondes plus tard, le Notre Père est dit et je peux déclencher.